•             Je n’ai pas encore trouvé le temps de lire l’ultime Supérieur Inconnu, numéro spécial Sarane Alexandrian. Parmi les nombreux textes en forme d’hommage se trouve le mien intitulé Rencontres avec Sarane Alexandrian :

    « Ma première rencontre avec Alexandrian est télévisuelle. Il est l’un des invités de l’émission Apostrophes pour son Histoire de la littérature érotique, un ouvrage que je me promets d’acheter sans tarder. Plusieurs années après, je trouve à L’Armitière, librairie rouennaise où l’on promouvait les revues, un des premiers numéros de Supérieur Inconnu. Je le feuillette, il m’intéresse, je l’achète et, de retour à la maison, constate que son directeur est Sarane Alexandrian.

    Je lui envoie quelques-uns de mes textes. Il me répond aussitôt, me disant qu’il aime mes histoires et qu’il en publiera certaines dans le prochain numéro de sa revue. C’est comme cela que je deviens un des collaborateurs (atypique) de Supérieur Inconnu.

     S’ensuivent un constant échange de lettres et une dizaine de visites rue Jean-Moréas où chaque fois Alexandrian m’accueille d’un chaleureux « Alors mon cher ? ». Il s’assoit derrière son grand bureau où sont empilées les traductions de ses livres. Je m’assois face à lui, tout à fait dans le style visite au grand écrivain. A sa demande, je lui dis un peu ce que je deviens mais surtout je l’écoute parler de ses projets et de ceux qu’il a fréquentés : Ghérasim Luca, Stanislas Rodanski, Matta, Bellmer, Clovis Trouille, Molinier, Breton, Victor Brauner et tant d’autres. Il a toujours une adresse ou une piste à me proposer pour la diffusion de mes textes. Il s’inquiète des siens, de ceux qu’il n’arrive pas à faire publier et espère en la postérité. Souvent, il regrette le temps d’autrefois où les artistes et les écrivains étaient soucieux les uns des autres puis passe à une anecdote croustillante, me narrant par exemple sa correspondance avec l’une de nos connaissances mutuelles, laquelle vient de lui envoyer un échantillon de ses poils pubiens.

    Nous avons rendez-vous chaque année au Salon de la Revue où je tiens la boutique de Supérieur Inconnu en attendant son arrivée. Là encore nous parlons de ce qui nous tient à cœur tandis qu’il se réjouit des deux ou trois numéros vendus dans une matinée, puis je laisse la place à l’un ou l’autre de ses amis, de ceux qui le tutoient et l’appellent Sarane.

    La seule fois où j’arrive en retard à un rendez-vous avec Sarane Alexandrian, c’est au crematorium du Père-Lachaise. Il est dix heures quinze le samedi dix-neuf septembre deux mille neuf. Une employée du cimetière m’accompagne jusqu’à l’escalier qui descend à la salle Mauméjean. Je pousse la porte, une bonne centaine de personnes sont là, certaines assises, les autres debout derrière. Je me glisse entre deux présents afin de voir Anastassia Politi, comédienne de la compagnie Erinna, qui, derrière un pupitre, dit un long extrait des Terres fortunées des songes, le roman auquel tenait tant son auteur. A côté d’elle est posé le cercueil.

    Anastassia Politi quitte son pupitre, elle se rapproche du cercueil, longue robe blanche et pieds nus, et posant une main sur le bois vernis, elle achève sa lecture en envoyant un baiser à celui qui repose là, puis disparaît côté jardin. Un officiant fait signe aux assis de se lever. Le cercueil disparaît lui aussi côté jardin.

    Sur le registre de condoléances, j’inscris mes quelques mots : « Cher Sarane Alexandrian, je suis triste de vous écrire ici ma dernière lettre » puis je quitte l’endroit souterrain et surchauffé sans avoir parlé à qui que ce soit.

    Je m’attarde un peu dans le cimetière sous quelques gouttes de pluie, ramasse un marron que je glisse dans ma poche, il est temps pour moi de rentrer à Rouen. Dans le train du retour, je lis Lieux-dits d’Hélène Ling, publié chez Allia. En exergue, cette phrase d’Honoré de Balzac Aujourd’hui, un homme qui ne fait pas un livre est un impuissant. Le père de la narratrice vient de mourir, l’enterrement aura lieu pendant les Journées du Patrimoine, elle déplia un plan du Père-Lachaise où se détachait, à l’encre rouge, la croix du rendez-vous pour lequel elle était revenue en urgence à Paris. »

    On peut trouver cet ultime numéro de Supérieur Inconnu dans toutes les bonnes librairies (comme on dit), à Paris essentiellement, pas à Rouen.

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  • Avant qu’elle ne se termine, je prends ma voiture jeudi matin pour aller voir l’exposition La Collection Clark (de Manet à Renoir) au Musée des Impressionnismes de Giverny. J’arrive pour l’ouverture en même temps qu’une troupe de moutard(e)s à gilets jaunes cornaqués par des animatrices de centre de loisirs. Quelques touristes âgé(e)s suivent.

    Je file directement à la fin dans la salle consacrée aux tableaux d’Auguste Renoir, le peintre préféré des collectionneurs américains Sterling et Francine Clark (née française), un artiste que pour ma part j’apprécie peu, trop de rondeur, trop de rose, mais ici je trouve parmi les vingt présentés (sur trente-huit) quelques tableaux à ma convenance : ses deux autoportraits, l’un de mil huit cent soixante-quinze, l’autre de mil huit cent quatre-vingt-dix-neuf (la barbe blanchie), Le Palais des Doges à Venise (qui me rappelle de forts souvenirs), Madame Claude Monet lisant (jeune encore), le portrait d’Alphonse Fournaise, Jeune fille endormie (en grand format), Baigneuse blonde et Une loge au théâtre (au concert) où sont deux jeunes filles dont l’une ressemble assez à la bouquiniste rouennaise des Mondes Magiques, me faisait remarquer l’autre dimanche mon voisin vendeur de livres à La Saussaye où une affiche vantait l’exposition, une sorte de portrait par anticipation.

    En remontant, j’arrive dans la salle où se trouvent essentiellement des Claude Monet dont quelques chefs-d’œuvre : A Sassenheim près de Haarlem, champ de tulipe, L’Aiguille de la falaise d’aval à Etretat et Printemps à Giverny. Il y a du monde et des groupes guidés mais c’est supportable.

    Une salle est dédiée aux natures mortes, bouquets, compotiers et cæteré, dont ne me touchent que les Oignons de Renoir.

    Les Clark n’ont pas collectionné que les Impressionnistes, aussi les pré Impressionnistes et les post Impressionnistes et les Académiques. Je regarde tout ça dans le désordre Corot, Sisley, Caillebotte, Manet, Pissarro, Carolus-Duran, Millet, Jongkind, Boudin, Mary Cassatt, Bouguereau and co, m’attardant devant L’attente de Toulouse-Lautrec, Danseuses au foyer de Degas (un format paysage au cadrage étonnant), Femme aux chiens de Bonnard (un deuxième choix), Jeune chrétienne de Gauguin (période Pont-Aven), Le bain de Berthe Morisot (qui appartenait à Monet).

    -C’est déjà fini ? s’interroge à voix haute une jeune fille accompagnant ses parents.

    -Mais tu ne te rends pas compte, lui répond sa mère, c’est une collection exceptionnelle digne d’un grand musée.

    -Cette collection, tu ne la verras qu’une fois dans ta vie, ajoute son père.

    Ils ont raison. Cela vaut la peine de refaire le tour de l’exposition itinérante du Clark Art Institute de Williamstown. Le Musée des Impressionnismes de Giverny est la seule étape française. Il n’a pas raté l’occasion. Un gardien me dit qu’il y a soixante-treize tableaux.

    Je repasse par le début. Près d’un nu de Bouguereau sont deux Gérôme devant lesquels sont assis les mômes à gilets jaunes écoutant les explications d’une guide du lieu : Charmeur de serpent (adolescent nu de dos autour duquel s’enroule la bête, il a un beau cul) et Marché d’esclaves (en pays maure, une jolie fille nue se fait tâter les dents), des peintures qui font rêver.

    *

    En rentrant, je m’arrête au restaurant routier Le Terminus, sis au Goulet, fréquenté par des travailleurs qui mangent par table de huit, quatre qui regardent les stupidités télévisuelles et les quatre d’en face qui regardent dans le vide. J’y déjeune fort bien pour douze euros tout compris : buffet d’entrées, langue sauce piquante frites maison, plateau de fromages dont le neufchâtel fermier au lait cru que j’achetais autrefois au Clos Saint-Marc le dimanche, gâteau basque et café. Deux verres de vin aussi.

    *

    Deux verres de trop. Après Igoville, c’est une glissière de sécurité qui me réveille contre laquelle frotte le côté droit de ma voiture. Je sais désormais ce que c’est s’endormir au volant. Ç’aurait pu être grave. Etre mon terminus.

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  • Mardi après-midi, au Café de L’Echiquier, je prends un café verre d’eau tout en lisant Prélude au désastre de Violet Trefusis dans l’édition Salvy. En sourdine, une mauvaise radio diffuse d’indigestes chansonnettes. A ma droite, deux filles et un garçon dans les vingt-cinq ans discutent, dont je n’entends pas la conversation. L’essentiel de la clientèle est dehors, en terrasse, jeunesse friquée du centre de Rouen en vacances de Toussaint.

    Soudain, le patron s’agite, regardant d’un air inquiet vers l’extérieur. Je me retourne et découvre la cause de son émoi : une quinzaine de branlotins dont on sait d’où ils viennent (casquettes à l’envers, couleur de peau foncée, gigotage bruyant).

    Certains sont vautrés contre la vitre de son commerce. D’autres sont grimpés ou assis sur le rebord d’un magasin voisin. D’autres font des allers et retours dans l’escalier qui descend au parquigne de l’Espace du Palais. Quelques-uns dragouillent les petites bourgeoises de sa clientèle.

    Le patron prend son téléphone. Quelques minutes après arrivent deux vigiles à pull rouge.

    -On va voir ce qu’on peut faire, lui disent-ils.

    Ils reviennent, annoncent qu’ils ont prévenu la police municipale, celle-ci va les filmer pendant un moment avant d’intervenir.

    -Mais ils ne font rien de mal, s’étonne l’une des deux clientes à ma droite.

    Ces suspects se photographient à l’aide d’un appareil fixé sur un pied quand je quitte L’Echiquier avec l’intention de ne plus jamais y remettre les pieds.

    *

    De moins en moins fréquentable, l’hypercentre de Rouen: privatisation de l’espace public par des terrasses de plus en plus vastes, caméras de surveillance, rondes incessantes de vigiles et de policiers municipaux, commerçant (e)s atteint(e)s par l’angoisse.

    Il en est de même dans la plupart des villes de province, que leur maire soit sarkoziste ou socialiste (comme ici), recto et verso de la même pièce.

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  • Les vacances de Toussaint touchent la ville, bien qu’y travaillent furieusement certains. Ainsi, ces ouvriers qui transforment la poussiéreuse boutique de jouets anciens de la rue de la Croix de Fer (fermée pour cause de retraite) en un magasin neuf dont j’ignore la destination. Ces hommes affairés ne parlent pas français. L’immatriculation de leurs camionnettes m’apprend qu’ils sont Polonais. Effectivement, ils travaillent comme des Polonais, sans doute pour un salaire de Polonais.

    *

    Comme la nature commerciale a horreur du vide, un nouveau magasin de jouets anciens, dont les gérants ont récupéré le stock du défunt, ouvre un peu plus loin, rue Saint-Nicolas, où se trouvait avant une boutique de vêtements et d’objets marocains (il me semble).

    *

    Rue Damiette, j’entre au café librairie Ici et Ailleurs que je ne fréquente jamais. C’est pour y voir les petits dessins fouillés de Lison De Ridder, présentés sous le titre Campagne à l’occasion de Rouen Impressionnée, ce fourre-tout qualifié de festival d’art contemporain. Exposer dans un café expose à devenir décoratif.

    *

    Sur la vitrine d’Ici et Ailleurs, cette inscription peinte : « Cours de caféologie et de thé ». L’archevêque n’a plus qu’à instituer des cours de théologie et de café.

    *

    Je passe chez lui, traversant la Cathédrale par le travers pour aller vendre quelques livres à la bouquinerie Thé Majuscule. C’est de nouveau possible maintenant que les travaux d’installation du nouvel autel sont terminés. Cet autel est un parallélépipède doré qui a coûté deux cent cinquante mille euros. Dieu doit être vachement content.

    *

    Chez les concurrents de la Nouvelle Acropole, on organise des conférences sur la musique, animées par un certain Philippe Riondet, m’apprend une affichette placardée sur la porte des Racines du Ciel, l’atelier de sculpture de la rue Martainville. Première de la série : Satie, le facétieux musicien rouennais. Satie Rouennais ? Satie raconséquence (comme on dit à Honfleur et à Arcueil).

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  • Ce dimanche, comme celle qui habite à Paris y est retenue par des raisons familiales, je prends dès six heures du matin la route de La Saussaye, village juché au-dessus d’Elbeuf-sur-Seine. Une Foire aux Livres y est organisée par l’association Mieux Vivre à l’Espace Animation, m’a appris le site Brocabrac. Pour une fois, je vais vendre et non acheter.

    Une vaste table m’a été attribuée, non pas dans la grande salle mais dans le couloir qui mène aux toilettes, la faute à mon inscription tardive. Je suis le dernier, près du radiateur qui ne chauffe pas. Mon voisin est un jeune homme que je croise souvent cyclotriportant dans les rues de Rouen, lorsqu’il travaille, et à la recherche de livres dans les vide greniers, le ouiquennede. Un peu plus loin, une vieille femme, qui dit vendre pour une association, déploie une nappe en papier jaune sur sa table avant d’y disposer ses livres et à l’autre bout, une femme courbée s’installe de façon assez bordelique : « Ah la la, j’en ai du bazar avec mon étudiante. Heureusement, maintenant elle est casée. Elle est clerc de notaire. Il lui en fallait des choses. » Outre les livres de classe de sa fille, cette dame vend  son missel, des numéros de Gala et d’Union qu’elle dit tenir de la première femme de son mari, des ouvrages abîmés qu’elle a trouvés dans des placards et des objets relatifs à Halloween et à Noël.

    -Il faut bien mettre un peu de décoration, se justifie-t-elle.

    -C’est une Foire aux Livres ici, pas un vide grenier, on va brûler votre table, la menace le jeune homme de ma connaissance.

    Vient nous saluer l’un des bouquinistes du Clos Saint-Marc qui aujourd’hui délaisse le marché pour vendre ici. « Je suis la femme du Gros Theil », lui dit la vendeuse bordelique. Comme chacun de nous sait que Le Gros Theil est un village du coin, nous ne lui demandons pas pourquoi elle appelle ainsi son mari.

    L’un des membres de Mieux Vivre passe par là, en route vers une salle voisine où dans la matinée est organisée une animation comme on en trouve à la campagne. Il s’agit de repasser son certificat d’études avec l’ancien directeur de l’école. La femme du Gros Theil regrette de ne pas pouvoir participer.

    -J’ai eu tous mes diplômes moi, même mon diplôme de vendeuse, j’avais intérêt parce que le pé, y rigolait pas.

    Mon voisin, délaissant son stand, va faire des emplettes. Il revient avec un livre dépenaillé préfacé par Pierre Le Trividic, peintre de la prétendue Ecole de Rouen, lequel a réalisé une aquarelle sur la page de garde. C’est une bonne affaire. Il me dit qu’il va le garder pour lui, pas le revendre, ce que je crois à moitié.

     C’est l’heure où arrivent les professionnels du livre, les officiels et les officieux, tous croisés dans les vide greniers. Ils n’achètent qu’à bas prix, ce ne sont pas des clients pour moi. Eux partis, c’est le calme plat. On accuse le match de rugby. L’organisation offre le café. La femme du Gros Theil nous fait ses confidences « On m’a enlevé l’ablation des seins. ».

    Quand le match est terminé, les clients n’arrivent pas pour autant. La femme du Gros Theil nous raconte comment son motard de gendre a rencontré sa fille « Il a sorti sa cylindrée, c’est comme ça qu’il l’a conquise ».

    A la fin de la matinée, j’ai vendu deux livres, mon voisin et mes voisines à peine plus. Les gens du cru ne sont assurément pas des intellectuels. L’épreuve du certificat d’études se termine. Les candidat(e)s, une dizaine, commentent les épreuves « Les quatre estomacs de la vache, je l’ai fait avec mes élèves juste avant de partir à la retraite ». Aucun ne s’intéresse aux livres.

    Un organisateur vient aux nouvelles, nous dit que l’an dernier il y avait du monde, on pouvait à peine passer dans les allées. On nous offre un kir et j’en bois un deuxième puisqu’il en reste, tout en mangeant mon sandouiche. Passe une femme avec un gros chien qui tire sur sa laisse « La prochaine fois, tu restes à la maison ». C’est ce que je ferai aussi, me dis-je.

    En début d’après-midi, ce n’est pas plus fréquenté. La femme du Gros Theil, que mon voisin surnomme Madame Coluche, nous fait le sketch du couple de La Saussaye comatant sur son lit après le repas trop arrosé du dimanche :

    Elle : J’irai bien faire un p’tit tour à la Foire aux Livres.

    Lui : Ah, j’ai pas envie.

    Elle : Ah bah, si t’y vas pas, j’y vais pas non plus.

    Entre seize et dix-sept heures, il y a un peu de monde. C’est le moment des familles avec grand-mère, chien et marmaille incontrôlée, venues se promener sans acheter. La femme du Gros Theil ne peut plus se faire entendre. Je fais les comptes. En dix heures, j’ai vendu huit livres et récolté trente et un euros, auquel je dois soustraire les six euros de location de table.

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  • Vendredi soir, c’est Bel Canto et Brass Band, concert de l’Opéra de Rouen hébergé dans l’auditorium du Conservatoire où je me réjouis d’avoir ma place préférée jusqu’à ce que s’installe à ma gauche la seule famille présente ce soir. Derrière moi, ce sont deux enseignantes guindées. L’une, à l’autre : « J’ai des élèves qui fréquentent le Conservatoire, il est assez réputé, hein, je crois. »

    En première partie s’expriment, accompagnées au piano, trois élèves sopranes des classes de chant du lieu. J’apprécie surtout les deux dernières : Vanessa Boulard (Pace, pace, mio Dio ! de Verdi) et Marion Lapert (Il mestero du même), puis l’on passe au brass band Æolus dirigé par Bastien Stil dont l’une des qualités est d’être le tubiste attitré de l’Orchestre de l’Opéra de Rouen Haute-Normandie depuis deux mille, lequel attaque avec l’ouverture du Barbier de Séville. Les moutards, fille et garçon, en oublient de s’agiter mais leur père, un médecin, n’en continue pas moins à renifler comme un cordonnier mal chaussé. A l’issue, Bastien Stil donne des explications pédagogiques (nous sommes au Conservatoire).

    Cette musique tonitruante plaît beaucoup autour de moi. Pour ma part, tous ces cuivres ne m’enchantent pas et quand s’y superpose la voix du ténor Patrick Kabongo chantant Rossini, Tosti, Donizetti, Bellini et cæteri, je regrette qu’elle soit parfois écrasée par tout ce métal clinquant.

    Æolus termine en fanfare avec une ouverture de Berlioz, supplément à un programme qui satisfait tout le monde « C’est une bonne soirée » « Ça change », sauf moi qui trouve que le brass band, c’est de la musique de bourrin, mais je garde cette opinion pour moi-même.

    *

    Retour sur le retour à Rouen, la semaine dernière, de Mehdi Walerski, devenu danseur et chorégraphe de renommée internationale. Une mienne connaissance m’indique qu’il a appris la danse à l’Espace Culturel François Mitterrand de Canteleu, puis Sébastien Bailly, évoquant mon texte sur le site d’information Grand Rouen ajoute : « Pour répondre aux questions de Michel Perdrial : l’enfant du pays a quitté Canteleu à 14 ans pour Paris. « Et c’est la meilleure chose que j’ai faite », nous confia-t-il en tirant, déjà, lors des répétitions, sur une cigarette devant l’entrée des artistes. »

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  • Elle est enfin ouverte, place de la Croix de Pierre, cette cantine bibliothèque rouennaise visitée au début des travaux, il y a plus d’un an, avec celle qui travaille à Paris. Je l’apprends un peu tard, j’ai raté les festivités du départ.

    Ce vendredi midi, je me décide à l’essayer. Premier arrivé, je discute avec deux des membres de l’association qui la gère. J’apprends que les livres sont à vendre au prix de l’occasion, qu’il s’agit de bouquinerie, non de bibliothèque. On y trouve les meilleurs auteurs, en littérature, sciences humaines et subversion. Côté repas, le menu est à dix euros, entrée plat dessert café, et le plat du jour est au prix du kebab. En cuisine, où semblent s’agiter des filles, on est un peu à la bourre.

    Je prends place au bout de l’une des grandes tables. Arrivent divers(e)s affamé(e)s : des infirmières de Céhachu, des profs de Bozart, des abonnées d’Opéra, un porteur de guitare et des non identifié(e)s, dont deux femmes me côtoyant.

    En entrée, c’est velouté d’épinard, fort bon et réchauffant. Pour la suite, il y a deux options. Sur le conseil du serveur « c’est le meilleur plat de la maison », je choisis les pâtes tièdes avec plein de choses naturelles dedans plutôt que la tourte au bœuf. Lorsqu’elles arrivent, mes pâtes sont hélas plus froides que tièdes. Je n’en fais pas une histoire, tout le monde débute ici et de plus est bénévole. Cependant, quand se montre, à l’autre bout de la table, la tourte au bœuf, je me rappelle qu’on a toujours tort de suivre les conseils. Mes voisines pensent comme moi, qui mangent leurs pâtes en zyeutant sur l’assiette de leurs voisins. Je suis à nouveau content avec le dessert, une excellente mousse au chocolat rehaussée de caramel. Le café est bien aussi.

    Nul doute que je reviendrai à La Conjuration des Fourneaux, et dès que possible avec celle qui ne peut être avec moi que le ouiquennede. Cela lui rappellera d’anciennes vacances en Corrèze.

    *

    La grande table est l’un des inconvénients du communisme.

    *

    Du potimarron dans mes pâtes, un légume encore inconnu quand je faisais du jardinage (on ne risque pas de m’y reprendre).

    Ouiquipédia m’apprend qu’il s’agit d’« une variété de courge voisine du potiron ». Dans deux jours, je l’aurai oublié.

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  • Ce jeudi soir, j’ai juste le temps de voir les images confuses du lynchage de Kadhafi par les révolutionnaires libyens avant de filer à l’Opéra de Rouen où l’on danse et comme il s’agit d’un spectacle du festival Automne en Normandie, il y a foule. J’ai la chance d’avoir une assez bonne place grâce à la gentillesse des guichetières, un peu de côté mais pas trop.

    Derrière moi, de récentes retraitées parlent de quelqu'un qu’elles sont fières de connaître « un journaliste d’Automne en Normandie ». Des scolaires (comme on dit) font une bruyante entrée, déçus de ne pouvoir continuer à faire troupeau « Ah merde, on n’est pas ensemble », se moquant de la malheureuse qui se retrouve assise avec trois dames d’âge mûr. L’une demande un catalogue à l’ouvreuse qui lui apprend qu’on appelle ça un programme.  Automne en Normandie s’y vante d’accueillir « pour la première fois en Normandie » le Nederlands Dans Theater, « ballet d’exception » créé par Jiří Kylián « génial chorégraphe ».

    Quand le noir se fait, la jeunesse applaudit comme à un concert de rock. Le rideau s’ouvre sur un plateau nu. Au fond, un rideau de fils verticaux sur lequel s’inscrit en vidéo le titre de la chorégraphie signée Jiří Kylián Mémoires d’oubliettes puis six mots extraits de ce titre « Mères, émoi, doutes, mortes, restes, oubli ». Trois couples les illustrent talentueusement sur une musique originale avec déchirures sonores de Dirk Haubrich (citant Charles Ives et Samuel Beckett) et balayages de déchets métalliques.

    A l’entracte, je côtoie des néophytes désemparés dont la conversation me réjouit :

    L’une : « A mon avis, c’est une parodie du ballet classique. »

    Un autre : « De toute façon, il y avait un balai. »

    On reprend avec le solo Double You, chorégraphié et scénographié par Jiří Kylián et dansé par Mehdi Walerski, dont l’une des qualités est d’être né à Mont-Saint-Aignan. Le torse humide, il évolue sur la Suite en ré majeur pour clavier de Jean-Sébastien Bach devant deux boules se balançant en opposition. Les applaudissements sont nourris.

    Un rideau volontairement mal baissé permet de voir les préparatifs de la suite : Underneath, une chorégraphie de Mehdi Walerski, l’enfant du pays, une première en France. Une danseuse réalise un rond à l’adhésif sur le sol. Deux danseurs déroulent un revêtement en bordure de scène. Un autre s’assoit face au public qui bruisse, le considérant froidement. Ça démarre discrètement et le rideau se lève, provoquant quelques applaudissements de branlotin(e)s. Quatre garçons et quatre filles, soutenus par le Quatuor à cordes numéro huit  rebaptisé Symphonie en chambre de Dimitri Chostakovitch, y vont d’une belle énergie, difficile d’en dire plus, c’est très bien dansé (comme disent mes voisines de derrière).

    Après les applaudissements copieux et les cris de la jeunesse, un organisateur s’époumone côté cour pour inviter à une rencontre « au bord du plateau » avec Mehdi Walerski. Je ne reste pas et croise celui-ci devant l’entrée des artistes où il tire nerveusement sur une cigarette. Je songe à lui demander combien de temps il a vécu ici et ce que ça lui fait de revenir mais je n’en fais rien.

    *

    Kadhafi le dictateur, je l’ai vu de mes yeux à l’époque où il était l’ami de Sarkozy. Que ses ennemis aient employé les mêmes méthodes que lui pour le supprimer fait redouter la suite.

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  • Arpenter les rues de Rouen après une semaine à Paris, c’est immédiatement se poser la question : Où sont donc les habitants ?

    Eh bien, ils sont là, mais si peu nombreux en comparaison des foules côtoyées dans la capitale. Occupés à pas grand-chose, ils errent d’une boutique à une autre, parlant de sujets sans intérêt, d’une finale de coupe du monde de rugby ou d’une étape de Tour de France : « Qu'est-ce que tu fais ? Mais tu tapines en bourg ? Pas du tout, c'est l'arrivée du Tour ! »

    C’est que le Tour de France arrivera à Rouen l’année prochaine grâce à Valérie Fourneyron, Députée Maire, ex future Ministre des Sports, laquelle se réjouit de dépenser plein d’argent dont profiteront les commerçants, les restaurateurs et les hôteliers.

    Commerce et sport sont les deux mamelles du socialisme à la rouennaise.

    *

    Je lis que les drogués du vélo iront d’Abbeville à Rouen le mercredi quatre juillet et de Rouen à Saint-Quentin le jeudi cinq juillet.

    Passer par Rouen pour aller d’Abbeville à Saint-Quentin, sont pas très malins ces sportifs.

    *

    Sur les panneaux Decaux de l’hypercentre de Rouen, inscrit à la peinture blanche lessivable « La pub apprend à obéir ». Ceux qu’on appelle les déboulonneurs sont passés par là.

    Ils ne s’intéressent qu’à la publicité. Qu’on ne compte pas sur eux pour écrire sur les murs des stades et des gymnases « Le sport apprend à obéir ».

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  • Ce mardi soir Le Mexique est en fête à l’Opéra de Rouen, j’ai une place sur l’une des chaises devant la scène. Trop près, je le constate, pour bien voir le copieux matériel présent sur le plateau. Heureusement pour moi, le public est clairsemé et, à l’heure de la fermeture des portes, je peux reculer de plusieurs cases tout en prenant de la hauteur.

    Un responsable de la maison annonce, qu’après le concert, il y aura rencontre avec Thierry Pécou (Ensemble Variances), Gérard Lecointe (Percussions Claviers de Lyon) et la compositrice mexicaine Gabriela Ortiz.

    Ledit Thierry Pécou entre en scène avec sa chemise de maître de cérémonie et ses complices de l’Ensemble Variances. Il se met au piano pour la transcription faite par lui-même de Paseo de la reforma de Guillermo Diego, tonique musique qui met en train, puis est donné de lui-même pour violoncelle et piano Soleil-Tigre, bien applaudi aussi.

    Trois des membres de l’Ensemble Variances reviennent sur scène, accompagnés des quatre joueurs et de la joueuse des Percussions Claviers de Lyon. Thierry Pécou les suit, un micro en main, dont le fil le rejette soudain en arrière (rires dans la salle). Il reste digne, dit en quelques mots son attachement pour le Mexique, pays dont il fait peut-être sa première patrie, et se félicite de la présence de Gabriela Ortiz dont va être joué en création Rios.

    Cette musique exubérante réjouit et provoque même des applaudissements précipités. Gabriela Ortiz monte sur scène pour se faire applaudir.

    C’est l’entracte, pendant lequel la spectatrice quinquagénaire assise derrière moi téléphone à je ne sais qui pour raconter que c’est bien, qu’elle est contente d’avoir trouver une place tout près pour se garer et qu’elle n’aime pas trop marcher dans la rue le soir. Elle rappellera taleure.

    Le concert reprend avec L’Arbre à fleurs de Thierry Pécou, une commande à lui faite par les percussionnistes lyonnais qui terminent sur le même instrument (à nouveau des applaudissements intempestifs entre les deux parties) puis Danzón du même pour flûte solo (joué et dansée par Anne Cartel, beau succès) et enfin une nouvelle version de Tremendum, concerto carnaval pour piano, flûte, saxophone, violoncelle et cinq percussions, de et avec Thierry Pécou (on est arrivé au Brésil et ça déménage, comme on disait autrefois). Tout le monde revient sur scène pour l’applaudissement final et je rentre sans tarder et content, pas envie d’en savoir plus.

    *

    Le concert de ce soir aurait pu trouver place dans le programme de l’Année du Mexique si celle-ci n’avait pas été annulée par le gouvernement de là-bas suite aux déclarations fanfaronnes du Tout Puissant de la République qui n’a toujours pas réussi à faire revenir Florence Cassez en France.

    *

    Apparemment oubliée Florence Cassez. Sarko, le fat sot, se la garde peut-être sous le coude pour juste avant les élections. Sinon, ce sera à Fanfan la Tulipe d’agir.

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