• N’ayant pas voté au premier tour de la Présidentielle, mais ayant voté au second, je me prépare à faire le contraire pour la Législative. Le dix juin, je donnerai ma voix au Parti de la Décroissance ou au Parti Pirate, l’un et l’autre présentant des candidat(e)s à Rouen. Le dix-sept juin, je bouderai l’urne.

    Sans doute est-ce que je ne partage pas toutes les idées des Pirates et des Décroissant(e)s, mais au moins il s’agit de faire autrement de la politique. Ce que ne font plus les écolos, lesquels sont maintenant en plein dans la politique spectacle : ovation debout de leurs célébrités, demande d’autographes aux mêmes, photographies des obscurs en compagnie de l’une ou l’autre de ces têtes connues (ainsi le candidat écolo rouennais avec l’arriviste Cécile Duflot).

    J’ai encore une dizaine de jours pour choisir entre ces Pirates et ces Décroissant(e)s et comme il appert que les premiers ne pourront mettre que peu de leurs bulletins dans les bureaux de vote, je prends les devants ce mardi après-midi en me rendant rue des Bons-Enfants chez Cheval Cheval, boutique où Benoît Sourd-Blévin, le Pirate candidat, m’en remet un, tout en discutant au téléphone avec je ne sais qui du rapprochement de tous les Partis Pirates européens.

    *

    Le Pirate rouennais écrit que seront valables les bulletins de vote faits à la main, à condition qu’y figurent les noms du candidat et de son suppléant, je crains qu’il ne se trompe.

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  • Ce mardi soir, je suis à l’Opéra pour la deuxième soirée de présentation de la saison deux mille douze deux mille treize, assis sur une chaise devant la scène, sans voisinage, ce n’est pas complet.

    Frédéric Roels, Directeur de la Maison, commence par excuser l’absence d’Alain Le Vern, Président de la Région Haute-Normandie, retenu par une réunion, ce qui nous permet d’échapper au discours du politicien. La suite est l’égrenage du programme que chacun(e) a en main, agrémenté de pauses musicales, d’entretiens, d’auditions de disques et de visionnages de vidéos. C’est assez ennuyeux.

    L’audace de l’année est la création mondiale de l’opéra Lolo Ferrari de Michel Fourgon, œuvre relatant la vie édifiante et tragique de l’actrice de porno à gros seins, une initiative déjà puissamment relayée par des médias locaux tout émoustillés.

    Pour le reste, je note la sempiternelle présence d’accentus, du Poème Harmonique, d’Oswald Sallaberger, de Thierry Pécou, de Christophe Queval, du Ballet de Hanovre, du Ballet de Genève, ce programme deux mille douze deux mille treize pourrait aussi bien être celui de l’année dernière ou celui de l’année prochaine, c’est dire s’il est rouennais.

    A l’issue, petits fours et champagne me sont comme une consolation, que je consomme entouré de coups de soleil de Pentecôte, en solitaire, mes rares connaissances ayant préféré la première de samedi dernier.

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    Quand même quelques venues d’artistes renommé(e)s à l’Opéra de Rouen la saison prochaine, ainsi la pianiste Vanessa Wagner et le violoncelliste Jean-Guihen Queyras. S'y ajoute le retour pour un soir d’Alexandre Tharaud mais hélas à une date où je serai ailleurs.

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    Donc je ferai l’abonné une année encore et retrouverai les autres, peut-être pas tous. Cette année, la disparition du mélomane caractériel prénommé Jean-Marie m’est restée inexpliquée (je me souviens de la fois où il avait presque frappé son voisin qui applaudissait entre les mouvements). Serait-il mort ? Pas sûr, la femme aux multiples chapeaux d’un galeriste bien connu ne fréquente plus l’Opéra, mais je la croise encore dans les rues de la ville.

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  • Ce lundi de Pentecôte, je retrouve ma voiture là où je l’ai garée, devant le bar des Fleurs et elle me mène de Rouen à Cailly par l’autoroute. En ligne de mire, j’ai l’admirable boule rouge du soleil qui promet une belle journée. Je me gare à l’entrée du village où se tient un vide grenier étendu. Les vendeurs professionnels occupent l’essentiel des emplacements des rues. La plupart des particuliers sont relégués sur un terrain de sport à l’une des sorties.

    Je découvre Cailly, très beau village entouré de collines bien vertes où paissent des vaches et où dorment les morts. J’en admire l’église massive, le café restaurant populaire, l’usine désaffectée à demi ruinée, la rivière serpenteuse, me promettant de revenir ici avec celle qui n’est pas avec moi ce ouiquennede.

    Je ne trouve rien à acheter mais suis témoin d’une intéressante bagarre entre un vendeur d’ici et un acheteur d’origine arabe qui hurle qu’il est la main de Mohammed jusqu’à ce que les organisateurs en ticheurte vert le neutralisent.

    Je prends deux baguettes avec des graines à la boulangerie pour le déjeuner que je partage quelques heures plus tard dans la vallée de l’Iton avec ma fille, ma petite-fille et le père de celle-ci qui ne fait que passer (certains travaillent en ce jour férié).

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    Café verre d’eau au Son du Cor en ce début d’après-midi de mardi.

    Femmes vêtues de robes dont on ferait avec profit des rideaux. L’une, psychologue vieillissante, consulte son carnet de rêves.

    Policier en vélo qui s’arrête devant la poubelle, met un gant, en sort une bouteille à moitié pleine dont il vide le contenu sur le sol, puis l’y remet.

    Les trois ouvriers des interminables travaux de la maison d’en face, chacun à une fenêtre, regardant ceux qui glandent en terrasse.

    Phrase captée dans une conversation : « Franceville, c’est un endroit qu’on aime, on a balancé les cendres des grands-parents là-bas. »

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  • Ce dimanche de Pentecôte, j’ouvre tôt ma fenêtre sur la ruelle afin de humer le temps qu’il fait. Un jeune couple s’embrasse en son extrémité. Quand je sors un peu plus tard, la fille est en train d’ouvrir sa porte. Il a gagné, peut la suivre dans sa chambre. Je rejoins, quant à moi, ma voiture facilement garée dans l’île hier, malgré la course de bateaux. Deux vide greniers sont à mon programme. Je commence par Andé (Eure).

    Je m’y gare avant le péage et rejoins le déballage par le raccourci que peu connaissent. On s’y installe. Outre une marchandise diverse, certain(e)s exposent un récent coup de soleil et montent des tonnelles protectrices. Une belle journée commence dans le calme de la campagne normande simplement troublé par les essais des tronçonneuses à vendre. J’avise un vendeur de nombreux livres à qui je conseille de ne pas les laisser en piles dans des caisses, on n’y voit rien, comment discerner le bon grain de l’ivraie ?

    Quand je repasse par là, je constate qu’il a obtempéré. Ses livres proviennent de la défunte bibliothèque du Comité d’Entreprise de chez Caral à Vernon où l’on fabrique des produits chimiques. Les fiches de lecture remontent aux années quatre-vingt-dix. Elles montrent que beaucoup de livres n’ont jamais été empruntés, les autres une fois ou deux. Il y a de très bonnes choses, mais rien qui soit pour moi. En revanche, je trouve chez le Roi de l’Andouille un kouign-amann qui fera dessert chez ma fille demain.

    Je repars avant neuf heures sans entendre le sosie de Nino Ferrer vanter « la foire à tout d’Andé, souvent imitée jamais égalée ».

    Moins sympathique est le vide grenier de Tourville-la-Rivière où l’on est accueilli par des vigiles en uniforme noir. Nombreux sont les vendeurs et vendeuses. Presque tous et toutes proposent des vêtements et accessoires pour moutard(e)s. Il semble qu’à Tourville on passe son temps à se reproduire. Les visiteurs et visiteuses sont également nombreux, au point qu’on pourrait se croire chez Carrefour le samedi après-midi. Il n’est pourtant que dix heures. Malgré ces handicaps, je déniche et fais miens les deux volumes de romans de Restif de la Bretonne publiés chez Bouquins Laffont et Vies des douze Césars de Suétone dans l’édition de poche Garnier Flammarion, un ouvrage que l’on m’a récemment conseillé dans un mail venu de Suède.

    *

    De retour à Rouen et la voiture garée au centre de la ville à cause des bruyantes machines polluantes tournant autour de l’île Lacroix, je prends un café au Son du Cor où c’est aussi le jour des enfants. Le couple qui s’installe à côté de moi a réussi à en faire deux d’un coup. La grand-mère est là pour donner un coup de main. Ce n’est pas de trop. « Tu viens sur Papa ? » « Tu viens sur Mamie ? » « Regarde ce qu’il a bu, Maman ». Quand j’en ai vraiment marre, je déménage à l’autre bout de la terrasse où je lis les Lettres d’Otto Dix, livre que m’a offert celle qui n’est pas avec moi ce ouiquennede et à qui je parlais récemment de ce café, l’appelant en un lapsus écrit le Soin du Cor. Le Soin du Corps serait encore mieux, selon elle.

    *

    Je sais bien qu’il faut que certain(e)s se dévouent pour qu’il y ait encore des jolies filles dans seize ans.

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  • Le beau temps est assuré ce samedi, aucune hésitation à prendre la route d’Alizay (Eure). Je me gare à l’endroit dont j’ai le secret, près de l’étang au bord duquel courent des lapereaux qu’aimerait voir batifoler celle qui n’est peut-être pas encore couchée à New York. Ici, la boule de feu se lève à peine. Je passe sous la ligne de chemin de fer Paris Rouen, croise deux nymphettes en chorte, tourne à droite vers le vide grenier doublé d’une fête foraine.

    Les vendeurs sont nombreux, certains répandus sur une place herbeuse autour d’un bâtiment municipal, d’autres alignés le long d’une rue qui mène à un centre commercial récent.

    Je commence par acheter un tracteur en plastique tirant une remorque emplie d’animaux bruyants pour ma petite-fille que je dois voir lundi puis tombe successivement sur deux gisements de cédés. Les premiers sont à un euro, les seconds à cinquante centimes. J’en extrais trois Gainsbourg, deux Bashung, un Noir Désir, un Elvis Presley, un Jimi Hendrix et un Philip Glass. Côté livres, je n’ai pas la même chance.

    Un peu avant neuf heures, je repasse sous la voie ferrée. Tandis que je roule vers Rouen, je me demande si je vais pouvoir me garer dans l’île Lacroix. Aujourd’hui commencent les Vingt-Quatre Heures Motonautiques qui durent désormais trois jours. Valérie Fourneyron, débarrassée de ses écolos municipaux puis devenue Ministre des Sport, peut y aller à fond.

    *

    Le vendeur des Trois Mousquetaires et de Vingt ans après réunis dans le pavé publié chez Bouquins Laffont :

    -Et en plus ce livre, il a une histoire.

    -Ah oui, laquelle ?

    -On me l’a offert pour mon Céhapé.

    -Et vous l’avez lu ?

    -Non.

    Superbe histoire, en effet.

    *

    Dans le bric-à-brac d’Alizay, un autre livre, écrit ou du moins signé par Nicolas Sarkozy : Georges Mandel, le moine de la politique, dont le titre me fait sourire.

    J’apprends en rentrant que ce livre, publié en mil neuf cent quatre-vingt-quatorze chez Grasset, est selon Alain Garrigou, professeur de science politique à l’Université Paris X, « le plagiat d’un livre obscur, publié 25 ans plus tôt, aux éditions Pédone en 1969, écrit par Bertrand Favreau, à partir d’un mémoire soutenu à l’Institut d’Etudes Politiques de Bordeaux. »

    *

    La veille au soir, nonobstant mon peu de goût pour cette musique, tentative d’assister à l’un des concerts de « Jazz en terrasse » sur l’esplanade de l’Espace du Palais. Chez Papanosh, m’a dit le programme « on entend des réminiscences de musique juive », ce pourquoi j’ai choisi ce groupe. Ce n’est pas flagrant au premier morceau, qui est tout ce que je ne supporte pas, de la musique au kilomètre. Pendant l’improvisation pleine de notes déchirantes du trompettiste, je m’esquive.

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  • Je suis de retour à l’Opéra de Rouen ce jeudi soir où j’ai une chaise au-dessus de la fosse pour voir et entendre Les Créatures de Prométhée de Beethoven, composition pour ballet dirigée par Oswald Sallaberger dont le nom est écrit en gros sur le livret programme. Sur scène, un contrebassiste chauffe son instrument et la harpiste bricole le sien avec des clés identiques à celles que l’on trouve dans la sacoche de secours d’un vélo. Arrive le timbalier, son sac de médecin à la main. Tandis qu’il ausculte ses peaux, la dame aux cheveux blancs s’assoit deux cases à ma gauche.

    Je lui demande ce qu’elle a pensé du Selon Jean de la veille. Elle a aimé, me dit-elle, même si elle a dû faire un effort au début. Elle ajoute qu’elle a eu peur que les gens du public en viennent aux mains et se plaint d’avoir dû faire deux kilomètres à pied pour rentrer, car à onze heures du soir plus de transport en commun. Celui qui s’assoit entre nous est une de nos connaissances communes. Lui est parti avant la fin, ce qu’il explique à l’aide une métaphore culinaire : « Ce qui aurait dû être une rencontre de fine gastronomie dans le très élégant Café Zimmermann s'est transformé en un repas traditionnel de communion avec maints plats en sauce et autres gigots flageolets, et hier soir, j'avais mangé avant le concert, j'ai calé au deuxième service. »

    -Ce devrait être plus calme ce soir, me dit-il, avec Beethoven et Oswald.

    -Pas sûr, lui dis-je, il y a encore une lecture, un texte de Heiner Müller. Ce doit être la semaine du récitant.

    Une voix mâle tombée du ciel interrompt notre conversation. Elle annonce qu’à l’issue du spectacle, il sera loisible au public d’acheter le cédé enregistré par l’Orchestre et de le faire dédicacer par Oswald Sallaberger. Un frémissement de plaisir parcourt l’assemblée.

    Les musicien(ne)s s’installent, s’accordent, le chef entre, salue et lance Les Créatures de Prométhée, un ballet dont on a perdu le livret, d’où l’idée de le remplacer par une lecture de textes extraits du Prométhée de Heiner Müller dont se charge l’efficace Jean-Marc Talbot. Pour la danse, on se contente de la gestuelle d’Oswald Sallaberger mais c’est déjà pas mal.

    Nul perturbateur ne vient troubler l’histoire du dieu envoyé au supplice à cause de son amour pour les hommes. Le seul incident de la soirée est la chute d’un archet de violon sur le sol. À la fin, les applaudissements sont unanimes.

    Le repas de ce soir est mieux passé que celui de la veille, me dis-je en saluant mon voisin.

    *

    Ce vendredi, après avoir croisé le même à la bouquinerie Le Rêve de l’Escalier, je passe faire ma visite mensuelle à l’agence immobilière Cegimmo, y réclame à nouveau mes trois euros prélevés indûment en sus de mon loyer l’année dernière. La secrétaire me dit une nouvelle fois qu’elle ne comprend pas, qu’elle va faire encore une fois le nécessaire. Je lui dis que j’espère ne pas avoir à repasser la mois prochain.

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  • Ce mercredi soir, je m’assois au premier balcon de l’Opéra de Rouen pour la représentation de La Passion selon Saint Jean de Johann Sebastian Bach rebaptisée pour l’occasion Selon Jean, un concert donné par l’Ensemble Café Zimmermann et le Chœur de Chambre de Rouen, dirigé par Daniel Bargier dont le nom est écrit en gros sur la couverture du livret programme.

    Frédéric Roëls, Directeur de la maison, fait une apparition sur scène. Il indique que les connaisseurs de l’œuvre risquent de ne pas la reconnaître pour diverses raisons musicales et surtout parce qu’y est adjointe la lecture de L’Evangile selon Saint-Jean dans la traduction de Louis-Isaac Lemaistre de Sacy.

    C’est la comédienne Alexandra Rübner qui fait l’Evangéliste. Elle narre l’histoire archi connue de la Passion en françoué d’Eugène Green, Jésusse y a des ennuis à cause de Judasse et quand on l’appelle il répond « C’est moué » comme la servante du châtiau dans la chanson de Ricet Barrier. Certains aiment, pas moi, et c’est très énervant d’avoir la musique sans cesse interrompue par la parlotte, au point qu’elle semble n’en être que l’illustration.

    On discute de ça autour de moi sur le promenoir du balcon à l’entracte tout en observant le gros des spectateurs en contrebas. Mon voisin aperçoit un homme de sa connaissance. Il est surpris de le voir là. « C’est sa femme qui a dû l’obliger à venir » conclut-il.

    A la reprise, je constate que pas mal de places sont désormais libres. Dans la rangée devant la mienne presque plus personne, au premier rang des chaises au-dessus de la fosse, quatre sièges ont été abandonnés. Notre Evangéliste se lance alors dans un long prêche qui en impatiente plus d’un. On s’agite au premier balcon. L’un, plus excédé que les autres, se met soudain à crier « Stop, stop », rappelé à l’ordre par ses voisins. Ça n’en continue pas moins à grogner sourdement et quand l’Evangéliste déclare « Je vais plus loin » des rires et des applaudissements ironiques (dont les miens) accompagnent son propos. « La pauvre », soupire une âme charitable près de moi. Elle va plus loin en effet, c’est interminable. Plusieurs quittent la salle plus ou moins bruyamment. D’autres ronchonnent de plus en plus fort. L’un crie « La ferme », sans que je sache si cette injonction est destinée aux contestataires ou à la prêcheuse. Quand celle-ci en a enfin fini, des applaudissements éclatent (comme on dit), moitié pour se féliciter d’en avoir fini, moitié pour la soutenir.

    La suite est plus calme, alternant à nouveau la narration des aventures de Jésusse avec la musique de Bach.

    Au bout de trois heures, le Christ est mort comme prévu et Alexandra Rübner se fait autant huer qu’applaudir. C’est injuste, elle n’y est pour rien. Elle prend à la place de celui qui a eu l’idée de ce mélange de Bach et de prêchi-prêcha en langage d’autrefoué.

    J’espère pour l’Opéra de Rouen que les critiques parisiens n’étaient pas dans la salle ce soir, me dis-je en rentrant chez moué.

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  • Je me souviens en deux mille sept comme il faisait beau dans les semaines précédant l’élection de Sarkozy et comme il s’est mis à pleuvoir dès le lendemain et pour un sacré bout de temps, alors qu’il faisait mauvais cette année avant l’élection de Hollande et depuis il fait mauvais, avec parfois un jour de beau temps, comme ce mercredi, ce qui ne passe pas inaperçu dans ma venelle où se succèdent les groupes de touristes et les scolaires, lui donnant un air de village méridional à l’époque de la transhumance, me dis-je, tandis que je me fraie un chemin dans l’un de ces troupeaux, à midi, pour m’asseoir peu après à la terrasse du Son du Cor, bientôt rejoint par les habituels habitués qui continuent la conversation commencée il y a au moins un lustre, tandis que face au terrain de boules des ouvriers travaillent depuis des années à la rénovation de la maison à colombages pas encore prête à être habitée, ce qui fait que Rouen m’apparaît une fois de plus comme une ville immobile, une impression renforcée par le remplacement annoncé de l’ancienne Maire Fourneyron, devenue Ministre, par l’ancien Maire Robert (tiny), pourtant battu par l’autre ancien Maire Albert (tiny), il y a déjà longtemps, bientôt on va sortir le Canuet de son caveau de Saint-Martin-de-Boscherville.

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  • Ce jeudi dix-sept mai deux mille douze, Arnaud Laporte de France Culture, le spécialiste des entretiens énamourés avec les comédiens et les comédiennes, présente La Dispute comme chaque soir de la semaine. Il est en compagnie de Marie-Aude Roux du Monde, d’Emmanuel Dupuy, rédacteur en chef de Diapason, et de Vincent Huguet de Marianne pour parler de La Traviata produite par l’Opéra de Rouen.

    C’est Emmanuel Dupuy qui commence :

    « J’ai pas envie d’être méchant. Si on avait vu cet opéra à Paris ou sur une grande scène internationale, on serait peut-être un peu plus sévère, mais il faut relativiser, remettre les choses dans leur contexte. Rouen, c’est un Opéra qui n’a pas beaucoup de moyens mais est quand même capable de présenter une vraie Traviata sans catastrophe. Les spectateurs qui étaient là ce soir-là, qui sont venus à l’Opéra plutôt que rester devant leur télé à regarder Koh-Lanta, ils ont quand même vu une véritable Traviata. »

    Sur cette gentillesse, les quatre évoquent (dans la confusion) la mise en scène signée Claire Servais « où il ne se passe pas grand-chose » et « impossible à dater », puis Vincent Huguet déclare :

    « Franchement c’est pas la mise en scène le problème, on est allés à Rouen pour assister aux débuts de Nathalie Manfrino dans Violetta. (…/…) La réalité, c’est qu’elle est décevante et dès le début hélas, et on peut pas monter Traviata si Violetta n’est pas à la hauteur. C’est pas une mauvaise chanteuse mais il se passe rien, (…/…). Ça suppose une chanteuse qui exprime quelque chose de très fort. »

    « Elle incarne rien » ajoute Marie-Aude Roux qui règle aussi son compte à celui qui chante Alfredo : « Il est particulièrement calamiteux le ténor ».

    Les quatre sont néanmoins d’accord pour trouver de la vertu (comme ils disent) au Chœur accentus et à l’Orchestre bien dirigé par Luciano Acocella puis posent la question : « Est-ce que des Opéras de province qui ont peu de moyens doivent continuer à s’attaquer à de tels chef-d’œuvres ? »

    Ce dimanche après-midi, je suis assis en fond d’orchestre pour y voir et ouïr cette Traviata. Le sujet de conversation autour de moi n’est pas cette émission de France Cul mais l’état de certains fauteuils dont le dossier se couche sur les genoux de qui est assis derrière quand certains y posent le leur. Mon fauteuil personnel tient le coup et est de belle apparence bien que ce soit le Hi Deux.

    Trois actes et deux entractes plus tard, j’applaudis avec les autres cette Traviata provinciale. Il se produit alors pour la première fois à l’Opéra de Rouen une ovation debout. C’est à croire vraiment que les Rouennais regardent trop la télévision, me dis-je en pestant contre cette innovation. J’en profite pour remettre ma veste, pas déçu par celle qui vient de chanter Violetta, même si ce n’est certes pas une grande comédienne, et file vers la sortie.

    *

    Illustration numéro un du manque de moyens de l’Opéra de Rouen, je lis quelques jours avant la première sur la page Effe Bé de l’illustre maison : « La construction des balcons métalliques de La Traviata a été assurée par Jean-François, Adriano, Christophe, Nicolas et Willy du Centre de Détention les Vignettes de Val-de-Reuil. »

    Je demande en commentaire : « Pour quel salaire ? » Ma question reste sans réponse.

    *

    Illustration numéro deux, toujours sur Effe Bé : « Les élèves du BTS Métier de la Mode du Lycée Elisa Lemonnier ont réalisé de magnifiques costumes à partir des maquettes utilisées pour les costumes du chœur de La Traviata. »

    Là, inutile de demander combien ils ont été payés.

    *

    C’était la dernière de cette Traviata rouennaise mais elle sera de nouveau jouée et chantée à l’Opéra Royal du Château de Versailles les premier, deux et trois juin.

    Ces imbéciles de Versaillais pourront donc en ce début de mois faire autre chose que regarder la télévision.

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  • A se lever matin, quand le réveil marque cinq heures cinq et à n’habiter pas loin, on se retrouve acheteur de vide grenier avant qu’y soient arrivés la plupart des vendeurs. C’est mon cas ce dimanche sur l’île Lacroix. D’autres fanatiques sont même déjà là quand j’arrive, dont l’un que je connais, un chasseur de vinyles. « Cela s’installe doucement » lui dis-je. « Oui, ça ne m’arrange pas, me répond-il, il y a plein de vide greniers ce dimanche, je n’ai pas le temps d’attendre. » Effectivement il s’en va bientôt, ratant d’éventuelles futures bonnes affaires ici par espoir d’éventuelles futures bonnes affaires ailleurs.

    Pas d’ailleurs pour moi ce dimanche, je me concentre sur l’île dont je parcours de nombreuses fois l’allée pendant que sont déballées les marchandises, trop de layette et pas assez de livres, l’oreille aux aguets afin de ne rien manquer du folklore des échanges marchands.

    -Regardez-moi dans les yeux, dit une dame à celui qui lui demande de façon insistante si son aspirateur fonctionne, est-ce que j’ai une tête de menteuse ?

    Un peu plus loin, on n’est pas loin d’en venir aux mains pour une histoire de monnaie rendue, dit l’un, pas rendue, dit l’autre. Ce qu’une vendeuse commente d’un « Y a plus de civilité, feraient pas mal de donner des cours dans les écoles, comme on avait dans le temps ».

    Les derniers vendeurs s’installent. L’un d’eux vide un fourgon siglé Conseil Régional de Haute-Normandie dont il semble disposer pour lui-même le ouiquennede. Rien d’intéressant à mon goût dans sa marchandise. Il n’est pas encore neuf heures quand je quitte l’île, dans mon sac une trentaine de bougies jaunes achetées un euro.

    *

    Qui se réjouit de la baisse de trente pour cent du salaire des Ministres oublie qu’il pourrait en être un jour de même pour lui, comme c’est le cas en Grèce.

    Le chœur des Ministres : « On l’a bien supporté nous, vous pouvez le supporter aussi ».

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