• Il est précisé qu’il ne commence qu’à dix heures le vide grenier de l’avenue du Ranelagh, mais quand j’y arrive vers huit heures et demie, saluant au passage Jean de La Fontaine penché sur le corbeau et le renard, des vendeurs et vendeuses sont déjà en place, moitié de riches du quartier, moitié de pauvres de je ne sais où. Côté clientèle éventuelle, c’est le même côtoiement d’argentés et de désargentés. Comme le fait remarquer une dame énervée, cela frise parfois l’hystérie autour des étalages proposant des vêtements de marque « qui n’ont jamais été portés ». « Le 16, l’arrondissement qui s’engage » est-il proclamé sur la banderole des organisateurs. À quoi ? C’est un mystère.

    Je ne suis pas surpris de trouver là une ancienne commerçante rouennaise de vêtements siglés qui tenait boutique rue Beauvoisine, puis dans les vide greniers normands après son dépôt de bilan. Ici elle achète et revend aussitôt avec bénéfice. « Là, on est loin de tout » s’inquiète une autre vendeuse qui n’aperçoit pas la moindre boulangerie à l’horizon. Chacun(e) a droit à deux mètres d’étalage, c’est démocratique.

    Petit à petit, les deux côtés de l’avenue sont occupés par ce déballage dont la sécurité est assurée par deux vigiles noirs et débonnaires en costume noir et avec cravate. « Fais attention à Dylan » entends-je d’une bourgeoise à son mari. Comment a-t-elle pu appeler son enfant ainsi ? ai-je juste le temps de me demander avant de constater qu’il s’agit du chien. L’enfant du quartier se nomme plutôt Archibald. « Y a rien d’ancien, y a rien » gémit une brocanteuse dépitée de ne pas trouver l’objet de sa convoitise. En revanche, on trouve pas mal de jolies filles en tenue d’été et des grands-mères très comme il faut : « Oui mais Ramatuelle en hiver, c’est mortel ». Côté lecture, c’est surtout Zadig et Voltaire. Cependant, je mets la main sur le beau Foujita, inédits de Sylvie Buisson, lourd ouvrage trilingue (français anglais japonais) publié A L’Encre rouge Archives artistiques Fondation Nichido en deux mille sept.

    *

    Dans le jardin du Ranelagh, un théâtre de marionnettes dont le responsable tente d’attirer les moutards en agitant une cloche sur le trottoir. Les moutards sont ailleurs, grimpés sur des chevaux de bois qu’un homme fait tourner à la manivelle.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • De plus en plus l’art tel qu’on l’enseigne dans les écoles faites pour ça m’ennuie, pourtant je fais encore l’effort d’aller y voir.

    Ce jeudi soir, je suis au vernissage de l’Ecole des Beaux-Arts de Rouen, deux artistes y monter des vidéos bien trop cérébrales pour que j’y trouve intérêt. Le bruit de scie circulaire qui accompagne la première est d’ailleurs une invitation à ne pas s’attarder. Je bois un verre de vin de Touraine très moyen en mangeant trois chips et je rentre.

    Ce vendredi vers treize heures, j’arrive à l’Ecole des Beaux-Arts de Paris, ce sont les journées Ateliers ouverts (un évènement France Culture). J’entre partout où c’est possible, dans des salles démesurées parfois encombrées de sculptures des siècles passées en plus ou moins bon état. Aucune des œuvres présentées par les élèves ne retient mon attention. Tout est dans l’air du temps. Je trouve de plus cette école effroyablement triste et je vais voir ailleurs.

    Ailleurs n’est pas loin et me sourit. J’ai du plaisir à visiter l’exposition Roberto Matta à la galerie Patrice Trigano, rue des Beaux-Arts, bien que les toiles montrées ne soient pas les meilleures de l’artiste, et surtout l’exposition Tom Wesselmann à la galerie Lansberg, rue de Seine, là ce sont de très belles œuvres qui sont présentées sur deux étages : tableaux objets, huiles sur toile, maquettes et dessins, parfois venus de New York, ce qui me fait songer à celle dont j’occupe la chambre pour le ouiquennede.

    *

    Rouen, aveuglement politicien : dans un communiqué, la Sénatrice sarkoziste Catherine Morin-Desailly « présidente du groupe France-Egypte du Sénat, adresse ses félicitations à M. Mohammed Morsi, nouveau président de la République arabe d’Egypte. » Les femmes égyptiennes peuvent lui dire merci.

    *

    Instantané rouennais : un joueur de cor de l’Opéra de Rouen prend un verre au Son du Cor.

    *

    Paris, humour beauzarteux : des carottes sculptées comme des troncs d’arbre accompagnent un « bonne retraite Giuseppe ». Tiens, Penone s’en va.

    *

    Instantané parisien : de fausses muettes roumaines s’enfuient à toutes jambes poursuivies par des policiers à roulettes.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             Choisir le mercredi soir pour aller voir Le Jeu de l’amour et du hasard de Pierre Carlet de Chamblain de Marivaux, donné en plein air dans l’aître Saint-Maclou par la Compagnie Catherine Delattres dans une mise en scène d’icelle, c’est selon Météo France être assuré du beau temps. J’en doute un peu quand je sors de chez moi, à voir le ciel orageux. Quelques gouttes tombent avant que la pièce ne commence, rien de grave. Je suis davantage gêné par ma voisine de gauche, vieille babacoule que je côtoie habituellement de loin à l’Opéra de Rouen et qui ne cesse de fouiller dans son sac. Il faut aimer son prochain quand on est assis sur des gradins dont les sièges sont si rapprochés. Ce n’est pas mon cas. Je suis satisfait de la voir quitter sa place pour l’une des chaises rajoutées en dernière minute pour cause de trop de public.

                J’oublie ces légers désagréments quand commence le jeu, absorbé par le subtil dialogue entre Silvia ( Lauren Toulin) et sa suivante Lisette (Lisa Peyron), en seyants maillots de bain, sur le sujet de l’amour et du mariage prochain, ce qui les amène bientôt à échanger leurs rôles, tandis qu’à leur insu Dorante, le promis, (Pierre Delmotte) et son valet Arlequin (Florent Houdu) font de même, une double supercherie dont se jouent le père et le frère de Silvia : Orgon (Bernard Cherbœuf) et Mario (Nicolas Dégremont). On connaît l’histoire. Elle est bien jouée, avec juste ce qui faut d’ironie et de clins d’œil. Quelques rengaines italiennes chantées par les comédien(ne)s sont comme un rappel de la première de cette pièce de Marivaux jouée en mil sept cent trente à l’Hôtel de Bourgogne par des comédien(ne)s de la péninsule italique.

                Une courte averse arrose l’amour, le hasard et le public. Des chauves-souris volettent en arrière-plan. De temps en temps chantent des merles, des mouettes et des ambulances. Tout finit bien, c'est-à-dire rentre dans l’ordre, sous des applaudissements nourris accompagnant la musique endiablée et les feux d’artifice, cependant que Dorante pose sur Silvia un regard qui en dit long. « Il faudra bien devenir adulte » « renoncer au jeu » commente Catherine Delattres dans sa déclaration d’intention.

                J’y vois aussi la déception de ce garçon. Sa Sylvia n’était-elle pas plus attirante quand il la croyait soubrette ? Oui.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             Ma rencontre avec Jean-Luc Hennig découla de ma décision de refuser l’examen radiophotographique des poumons que devaient passer, autrefois, chaque année, dans un camion circulant d’école en école, les enseignant(e)s toujours soupçonné(e)s de tuberculose.

                Cela se passe en mil neuf cent soixante-seize, si je compte bien. Je fais l’instituteur en classe unique à Champigny-la-Futelaye, près de Saint-André-de-l’Eure. Informé des dangers de cet examen radioactif par l’Apri (Association pour la Protection contre les Rayonnements Ionisants) qu’anime Jean Pignero depuis son village de Crisenoy en Seine-et-Marne, j’écris à l’Inspecteur d’Académie d’Evreux (un certain Santerre) que je refuse d’obtempérer, lui précisant que si j’ai mis ma force de travail au service de l’Education Nationale, je ne lui ai pas fait cadeau de mon corps.

                Par retour du courrier, je reçois la menace d’être traduit devant la commission de discipline. Je vois bientôt arriver l’Inspecteur de Vernon (un certain Fabre). Il m’affirme être venu en son nom, et pour mon bien, et tente de me convaincre de renoncer à ma position qui ne pourrait que conduire à mon exclusion de l’Education Nationale pour refus d’obéissance.

                Je maintiens mon refus et suis convoqué dans le délai réglementaire à l’Inspection Académique d’Evreux pour y consulter mon dossier sous la surveillance du Secrétaire Général (un certain Raffestin qui me disait qu’il faut bien mourir de quelque chose et qui effectivement mourut quand il prit sa retraite). Je constate à cette occasion que l’Inspecteur Fabre avait été envoyé en mission auprès de moi par l’Inspecteur Santerre.

                J’informe la presse du coin, les syndicats de la profession, les mouvements écologiques et antinucléaires. J’envoie un courrier à Charlie Hebdo et à La Gueule Ouverte dans lesquels paraît un article signé Danielle Fournier. Je vais à Paris pour expliquer mon cas à Libération, rue de Lorraine, où je suis reçu par Jean-Luc Hennig qui fait un papier sur le sujet.

                Mon histoire est également évoquée par la presse régionale et locale, Ouest France, Paris Normandie, La Dépêche d’Evreux, et la presse alternative. Je reçois moult courriers de soutien dont une missive de Brice Lalonde alors responsable des Amis de la Terre. On m’envoie aussi des textes signalant les dangers des radiophotographies dont les auteurs sont des spécialistes des rayonnements ionisants, parmi lesquels des médecins de l’Administration.

                Vient le jour du jugement. Je me présente le matin de la convocation avec mon défenseur, Jean Pignero, à l’entrée de l’Inspection Académique d’Evreux muni d’un magnétophone pour enregistrer les débats. Cette administration locale n’ayant jamais réuni la commission disciplinaire ne sait pas si j’y ai droit ou non. Elle téléphone au Ministère où on lui dit de me le confisquer.

                Dans la salle de discipline, l’Inspecteur d’Académie Santerre et quatre Inspecteurs représentent l’Administration. Cinq enseignants communistes du Sni (Syndicat National des Instituteurs) représentent le personnel, qui, m’ont-ils dit, voteront contre l’exclusion bien que ne partageant pas mon point de vue. En cas de vote cinq contre cinq, la voix de l’Inspecteur Santerre comptera double.

                L’Inspecteur Santerre est bien embêté. « Il faut qu’on fasse attention sinon des affaires comme celle-là on va en avoir d’autres », dit-il à ses subordonnés. Pendant deux bonnes heures, Jean Pignero et moi-même développons nos arguments et faisons état de nos soutiens, surtout des médicaux. Notre plaidoirie finie, nous nous retirons pour laisser la commission délibérer, lui regagnant Paris puis la Seine-et-Marne en train, moi Champigny en voiture.

                Dans l’après-midi, je vois arriver le responsable du Sni. Il me raconte que la commission disciplinaire, après avoir longuement délibéré, s’est séparée sans voter et sans se donner de rendez-vous ultérieur.

    *

                L’année suivante, j’organisais un refus collectif de cet examen radiologique. Nous étions des dizaines dans toute la France à refuser de nous y soumettre. L’Administration regardait ailleurs. Quelques années plus tard, les camions étaient définitivement remisés.

    *

                Je n’ai plus aucun document sur cette affaire, ayant tout brûlé dans mon jardin au Bec-Hellouin quand je me suis détaché de la lutte antinucléaire (à quoi bon y passer son temps si quatre-vingt-quinze pour cent de la population est d’accord pour être irradiée ou s’en fiche).

                Me reste cependant le texte qui lui est consacré dans l’un des trois volumes du Catalogue des Ressources publié en ce temps-là par les Editions Librairies Alternatives et Parallèles.

    *

                Jean Pignero que j’ai perdu de vue lorsque j’ai cessé de croire qu’on pouvait convaincre des dangers du nucléaire est mort en deux mille cinq à l’âge de quatre-vingt-onze ans, apprends-je du Réseau Sortir du Nucléaire.

                Je me souviens de lui s’activant dans son pavillon dont l’étage supérieur était entièrement consacré à la documentation sur le nucléaire et de sa Gestetner électrique qui tournait tout le temps.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             Voici donc l’ordre moral socialiste qui sort du bois. Najat Vallaud-Belkacem, Ministre des Droits des Femmes, ancienne porte-parole de la Madone du Poitou, veut faire disparaître la prostitution. Ce n’est pas une surprise. Déjà, du temps de Sarkozy, certain(e)s député(e)s de droite et de gauche, main dans la main, s’étaient penché(e)s sur la question avec pour objectif, comme le disait à Paris Normandie Valérie Fourneyron la socialiste Maire de Rouen devenue Ministre des Sports, de pénaliser les clients.

                Grisélidis Réal, écrivaine, peintre, mère de quatre enfants, pute révolutionnaire, dont j’ai lu il y a déjà un certain temps la correspondance avec Jean-Luc Hennig, publiée de son vivant en mil neuf cent quatre-vingt-douze chez Manya sous le titre La passe imaginaire, en serait bien énervée, elle pour qui la prostitution n’était pas toujours une partie de plaisir mais qui s’est battue toute sa vie pour que les femmes (ou les hommes) qui ont envie de la pratiquer puissent le faire librement et officiellement.

                Quelques notes de lecture, illustrant cette vie partagée entre l’accueil des hommes dans le besoin et le besoin d’améliorer le sort des prostitué(e)s :

                Nous ne jouissons pas, ou presque pas ? Aucune importance. Les bourgeoises ne jouissent pas non plus… en plus, elles sont aigries, cocues, flétries, vouées au ménage, ternes, vieillies avant l’âge –et nous, nous sommes belles et scandaleuses, maquillées, ornées, nues, désirées et on nous paie ! (vendredi vingt-neuf août mil neuf cent quatre-vingt)

                C’est vraiment dur, la vie que j’ai à Genève. Depuis 8 ans que je suis plongée dans ces Mouvements de Putes révolutionnaires, je me sens complètement aliénée (…/…) Jean-Jacques Lebel (rencontré à Paris il y a quelques années) avait raison : à force de « militer » on devient con. (mercredi dix-neuf octobre mil neuf cent quatre-vingt-trois)

                Vous savez que les musulmans (Turcs et Arabes) se rasent très régulièrement les poils qui entourent la queue. Donc, hélas, quand ils repoussent, cela vous pique comme une brosse à chien, et régulièrement je suis écorchée, aux endroits les plus tendres, aux abord de la chatte précisément. (dimanche dix-neuf janvier mil neuf cent quatre-vingt-sept)

                Aujourd’hui, je n’ai fait que trois Clients : le Cochon de campagne, le Surmulot hydrocéphale, et le 3ème, un très gentil Monsieur qui m’appelle « Petite Reine ». (dimanche quinze novembre mil neuf cent quatre-vingt-sept)

                Il est trois heures de la nuit ! Ma vie est de la folie, un enfer ! J’ai fait de nouveau des centaines de photocopies, j’ai écrit en anglais au Parlement européen, en allemand à une journaliste de Berlin et à une Courtisane d’Autriche, et encore en italien au Travesti de Zurich. D’énormes enveloppes sont prêtes à être mises à la poste demain, bourrées de documents révolutionnaires. Je n’ai fait qu’un seul client, et encore, c’est un Miracle !

                Un pauvre petit Portugais tout transi, il voulait même rester toute la nuit, il me demandait le prix… ça, pas question, la nuit, c’est ma photocopieuse qui baise !! Et elle me coûte, la salope. (mardi dix-sept novembre mil neuf cent quatre-vingt-sept)

                Laure Adler, qui se veut spécialiste des maisons closes, bien connue à France Culture, en prend pour son grade au détour d’une lettre :

                Que cette dame n’aime pas mes lettres, elle a bien raison. Je m’en voudrais de plaire à toutes ces bourgeoises intellectuelles !! (…/…) Qu’elle vienne se faire tringler chez moi, et elle verra ! Quand il lui faudra faire éjaculer, bander des queues si ramollies parfois, les pauvres, par l’angoisse, l’âge, le manque d’exercice, et sucer, sucer, sucer, avec un poil de Cul d’homme coincé entre les dents qu’on n’a pas le droit de cracher avant la fin… ça , c’est du boulot, Madame !! Et les 80 francs suisses, hein, il faut les gagner, avant de se perdre en divagations érotico-philosophiques ! (jeudi treize avril mil neuf cent quatre-vingt-neuf en écoutant du Frescobaldi)

                Quant à l’Abbé Pierre, dont Grisélidis Réal parle à la télévision dans une émission de Dechavanne, il se voit rappeler quelques souvenirs :

                Quant à mes « excuses » à l’Abbé Pierre, les gens qui me connaissent bien savent que c’était du cinéma (nécessaire, et même indispensable, pour sauver et redorer la cause des Putes). D’ailleurs, attention ! J’ai dit « que je n’avais pas voulu lui faire du mal et que je lui demandais pardon de l’avoir cité », c’est tout. Je ne me suis en aucun cas rétractée. C’est lui qui, en mentant, a ajouté le mensonge au « péché de la chair »… Mais ça, ça le regarde, ça ne me concerne plus.

                J’ai fait, ce matin, des téléphones qui m’ont confirmée dans mes convictions que cet Abbé n’avait pas été vu, en endroit « clos », que par moi !! Et en plus, il était soigné, à l’époque, près de Genève, aux « Rives de Prangins », qui est un asile psychiatrique pour riches… (jeudi vingt-quatre mai mil neuf cent quatre-vingt-dix)

                C’est une vie romanesque que celle de Grisélidis Réal, une vie de lutte incessante, avec ses moments de découragement, comme celui-ci :

                Tout en attaquant une superbe salade, accompagnée par notre cher Jean-Christophe Averty dans Les cinglés du music-hall et arrosée de quelques verres de Vichy –mais n’ayez crainte, je vais incessamment enchaîner au vin rouge –je me rends compte que ces 15 ans de Révolution des Putes m’ont ruinée, exaspérée, et plumé la cervelle, le Cul et le porte-monnaie, ne me laissant qu’amertume, colère, désillusion et désenchantement. (samedi quatorze juillet mil neuf cent quatre-vingt-dix)

                découragement qui ne dure pas, j’imagine que si elle vivait encore, Grisélidis Réal serait vent debout contre les projets de la socialiste Najat Vallaud-Belkacem.

    *

                Jean-Luc Hennig, journaliste, écrivain, je l’ai rencontré il y a bien longtemps à une époque où ma vie professionnelle était mouvementée. J’ai déjà écrit que j’allais raconter ça. Il faut que je tienne ma promesse.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             Suite à un premier vide grenier samedi à Pont-de-l’Arche où je n’ai trouvé pour me plaire que trois pots de confiture (fraise, framboise, abricot), je tente dimanche aux aurores celui de Bois-Guillaume après avoir garé ma voiture devant la Mairie derrière la banderole « Non à la Prison » que l’on doit comprendre comme une invitation à aller construire ça ailleurs. Le ciel est gris menaçant.

                J’ai le temps de faire le tour des premiers installés avant que tombent les premières gouttes et que cela tourne à l’averse drue. Les acheteurs courent s’abriter sous les arbres. Les vendeurs se réfugient dans leurs voitures, comptant sur les bâches et les tonnelles pour préserver leurs marchandises. Malgré mon parapluie, je suis bientôt trempé. Considérant le ciel bouché, je décide de rentrer.

               Cette décision est la bonne, la pluie ne cesse de la journée. J’ai une pensée pour celles et ceux que j’imagine remballer une marchandise dégradée à Bois-Guillaume et à Rouen, quartier Saint-Julien, où je n’aurai même pas pu mettre le pied et où l’on regrettera d’avoir choisi cette année le même dimanche que les Bois-Guillaumais pour organiser sa manifestation.

              Après le printemps pourri, c’est un début d’été pourri, à croire que le changement climatique annoncé a effectivement commencé, qui doit donner des étés chauds et secs dans le Sud de la France et des étés froids et pluvieux en Normandie.

                J’occupe ce long dimanche à ranger mes livres, ceux à vendre (les plus nombreux), ceux à garder.

    *

              Suppose que tu vives à Paris, comment sais-tu que l’on a acheté une nouvelle rame de métro ? Eh bien, tu le découvres le jour où elle est mise en circulation et où elle t’emmène là où tu vas.

                Suppose que tu vives à Rouen, c'est-à-dire en province, et qu’il se passe la même chose. Pendant des semaines les politiciens et les journalistes à leur service te bassinent avec ça : mise en scène de l’arrivée de la rame, visite de ladite à l’arrêt par les quidams, distribution aux mêmes de tickets gratuits.

    *

                Il arrive que je me trompe. Je voyais Sarkozy émigrer aux États-Unis pour y faire fortune (et se tenir à distance des juges). Le voilà pointant au Conseil Constitutionnel, la maison de retraite des Présidents de la République (tellement vertueux que les juges doivent en être impressionnés).

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             C’est la dernière de la saison, ce vendredi soir, à l’Opéra de Rouen et c’est tango, spécialement Piazzolla dont je n’ai jamais pu écouter un disque jusqu’au bout. Je suis en corbeille côté jardin, derrière moi un trio dont l’une ne cesse de fouiller dans son sac. Elle cherche le mode d’emploi de son téléphone afin de l’arrêter et finit par le trouver « Donc : saisie manuelle, etc… ».

                Elle en est encore à faire du bruit quand les musicien(ne)s s’installent sur le plateau où des rampes lumineuses placées à même le sol font ambiance salle de bal. Je me retourne. La gêneuse bredouille « J’ai fini, j’ai fini » puis se tient à peu près coite. Le concert débute par Clásico y moderno pour bandonéon et quatuor à cordes de Gustavo Beytelmann puis ce sont trois extraits de Five Tango Sensations pour quatuor à cordes et bandonéon d’Astor Piazzola. L’un du trio de derrière croit utile de dire aux deux autres que l’instrument dont joue le musicien central est un bandonéon.

                Le bandonéon et son cousin l’accordéon, je les aime à petite dose. Ce soir, je suis d’humeur. Après Le Grand Tango pour violoncelle et accordéon que dédia Piazzolla à Rostropovitch, c’est l’entracte. Avant de sortir de la salle, je fonce sur une chaise restée libre devant la scène et y pose ma veste.

                On se presse autour du bar comme d’habitude. Les tables couvertes de nappes noires et ornées d’une rose rouge dans un vase uniflore, les guirlandes de chaussures de bal reliant les piliers et l’estrade supportant du matériel de sonorisation évoquent l’après concert.

                Quand je m’assois sur la chaise retenue, ma voisine me demande pourquoi. Je lui explique mes voisins pénibles. J’entends mieux mais je ne vois plus Olivier Innocenti, le joueur d’accordéon et de bandonéon, à qui le compositeur Denis Levaillant a dédié L’Andalouse, pièce de concert pour accordéon et sextuor à cordes, dont c’est ce soir la création mondiale (après qu’on a entendu le Tango-Ballet de Piazolla), une création qui remporte un fort succès et vaut au compositeur monté sur scène et aux interprètes qu’il embrasse moult applaudissements. Elle est suivie d’Adios Nonino d’encore Piazzolla.

                En bonus est joué et rejoué Libertango du même, agrémenté d’une démonstration par un élégant couple, ce qui ne laisse pas de marbre le public, notamment les femmes toujours émues par le tango, danse sensuelle et surjouée.

                Je n’en demande pas plus. Le bal argentin qui suit, organisé avec l’aide de l’association Tangoémoi, c’est sans moi.

    *

                Le matin au Clos Saint-Marc, dénichage d’une édition illustrée par un certain Garnon du Gamiani de Musset, préface de Françoise d’Eaubonne, parue aux Editions Borderie en janvier mil neuf cent quatre-vingt-trois, jolis dessins expressifs notamment ceux des scènes zoophiles avec le chien et le singe.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             Choisir le deuxième jour de l’été pour la Fête de la Musique, c’est choisir le jour où il pleut, comme on le sait depuis la veille où il a fait si beau. Risque d’orage, alerte orange, la Maire de Rouen ouvre son grand parapluie marqué prévention et renonce à installer ses podiums. Le soir venu, il ne pleut plus.

                Quand je sors vers dix-neuf heures trente, je constate que c’est comme d’habitude, vieilles chansons, vielles à roue, vieux jazz, vieux rock, et familles déambulant, et branlotins biérant. De plus en plus de bars privatisent la fête, s’offrant l’orchestre qu’il faut pour que leur clientèle consomme.

                Pas d’endroit où je trouve un artiste qui me donne envie de m’arrêter. Je fais le tour de l’hypercentre et rentre, me promettant de ressortir plus tard, sans le faire.

                Evidemment, si celle qui ne fête pas la musique à New York avait été là avec moi, cela aurait été différent.

    *

                Le comble de la privatisation de la Fête de la Musique : le concert acoustique donné par un chanteur rebelle pour un public choisi dans l’une des chambres d’un hôtel rouennais (premiers prix : quatre-vingt-cinq euros la nuit pour une personne, cent trente euros pour deux).

    *

                Autre exemple de la contemporaine maladie de la prévention (et heureusement que je ne suis pas passé pas là mardi) : place Cauchoise, on a pu voir des écoliers en chasubles jaunes distribuer des cartons de même couleur à des piétons usant d’une manière pas reconnue par la loi pour traverser l’autoroute urbaine (longue attente du feu vert pour les piétons, passage rapide au feu vert pour les voitures, d’où l’envie pour le marcheur de foncer entre deux voitures). Ces malheureux enfants étaient accompagnés d’un instituteur heureux, de policiers municipaux et d’un Préfet à casquette. Comme l’écrit Maurice Sachs dans Au temps du Bœuf sur le Toit : Rien de plus abominable que de mêler les enfants aux folies des hommes.

    *

                « Une autre opération, cette fois-ci à destination des seniors devraient voir le jour à la rentrée. Il s’agira d’une distribution de parapluies fluorescents aux personnes âgées. » raconte Grand Rouen qui n’y voit pas malice.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             -Ce qui me fait rire, c’est que vous êtes toujours le premier devant la porte de la salle, me dit Maurice Attias, le professeur d’art dramatique du Conservatoire de Rouen, ce mercredi soir, jour de l’été.

                Je suis à chaque fois en avance, ce qui me permet de choisir ma place, si possible l’œil du prince, comme on dit dans le métier du théâtre, siège central du quatrième rang où je m’assois un peu plus tard.

                Pour la troisième soirée consécutive, la classe d’art dramatique d’orientation professionnelle présente ses travaux publics. Cette année, ce sont, groupées sous le titre A chacun sa vérité, des scènes extraites des œuvres des Italiens Luigi Pirandello, Edouardo De Filippo, Pier Paolo Pasolini et Fausto Paravidino, ce dernier inconnu de moi,

                Comme chaque année, le public est essentiellement composé des familles, des copains copines et de professionnel(le)s de la profession, dont le jury assis au dernier rang. A ma droite se trouvent deux vieux grands-parents venus applaudir « la P’tite ».

                La première partie (une heure cinquante) commence dans la comédie avec un extrait de La Grande Magie de De Fillipo, passe par le fantastique avec des extraits de La Maladie de la famille M. de Paravidino et de Calderon de Pasolini et se termine dans le tragique avec un extrait de Nature morte dans un fossé de Paravidino. Pour ce dernier, le livret programme indique « Une jeune fille est retrouvée morte ; par fragments successifs, la cruelle vérité éclatera… ». Je ne sais pourquoi dans un premier temps, faisant fi du point virgule, j’avais lu « Une jeune fille est retrouvée morte par fragments successifs… ». Non, elle est entière, jouée par une élève ensanglantée gisant au premier plan, bougeant encore bien que morte, pendant que ses camarades raconte son histoire, faisant fort bien les putes serbes.

                A l’entracte près de moi, on se félicite du jeu de la P’tite, que je finis par repérer lorsqu’elle traverse la salle pour rejoindre le plateau sans venir saluer sa famille, ce dont on se plaint.

                La seconde partie dure une heure et débute dans une ambiance très Abou Ghraib avec l’extrait de Peanuts de Paravidino montrant de jeunes contestataires aux prises avec de violentes forces de l’ordre. Mes voisins encaissent le choc, n’ayant pas idée que les coups de théâtre font moins mal que les coups de la vie. « Ils vont finir par se blesser. » s’inquiète la grand-mère. « Heureusement que la P’tite ne joue pas dans ce truc-là. » soupire le grand-père. Il est vrai que c’est très réaliste, on peut remercier la Police Municipale pour le prêt des costumes de tortionnaires. L’ambiance change pour la suite et fin : Comme tu me veux et Se trouver de Pirandello. Ce dernier extrait invite à la réflexion sur la position de l’acteur, le jeu, la réalité et la vérité, dont chacun à la sienne.

                A l’issue, tout le monde applaudit bien fort les P’tites et les P’tits.

    Partager via Gmail Yahoo!

  •             Si je sors de chez moi dimanche après-midi, ce n’est pas pour aller voter mais pour me rendre au Théâtre du P’tit Ouest, rue de Buffon. Pas loin du Rectorat, trois prostituées assises sont comme une publicité vivante pour Toi, l'imbécile. Sors! pièce de la Compagnie des PasPerdus d’après Le Noir est une couleur, le roman récit de Grisélidis Réal.

                Je crois n’être venu qu’une fois au Théâtre du P’tit Ouest, pour un concert de Lola Lafon, et je ne connais point la Compagnie des PasPerdus. C’est l’auteure du texte qui me mène dans cet immeuble d’habitation qui cache au rez-de-chaussée une petite salle de spectacle. Je retire ma place. On donne ce qu’on veut, minimum deux euros.

                Le Noir est une couleur raconte les années soixante de Grisélidis Réal, citoyenne suisse en exil avec ses enfants dans une Allemagne hostile, trouvant son réconfort auprès de ses amis tziganes et de ses amants noirs dont l’un la mènera à la prostitution et un autre à la prison pour trafic de drogue.

                Je copicolle la déclaration d’intention de la Compagnie des PasPerdus :

                « Grisélidis Réal, parce que ses œuvres nous ont enthousiasmés et que son positionnement interroge, donne du sens, promet des questionnements et reste subversif et nous aimons ça.

                Depuis quand les prostituées, ces femmes de l'ombre peuvent enfin témoigner de l'intérieur et ne pas subir les projections fantasmées, rêvées, moralisantes ou scandalisées de ceux qui vivent le jour et dissimulent leur désir. 

             L'instant proposé saisit Grisélidis Réal sommée de justifier de sa conduite auprès de l’Ordre (personnage inventé pour porter la parole à la scène).

              Que ressortira-t-il de l'interrogatoire fantastique de cette femme étonnante, écrivain, peintre, féministe, prostituée, mère de quatre enfants. 

                Elle ne nie rien de sa vie tumultueuse et hors des sentiers battus. Elle assume tout, tour à tour héroïne, révolutionnaire, amoureuse, paria, passionnée, fugitive, meurtrie, en colère, intellectuelle.

             Comment ne pas l'aimer, comment ne pas tomber à notre tour sous le charme de cette femme sauvage tellement intègre dans son cheminement, dans sa quête folle et libre à la rencontre d'elle même, et d'un peu plus d'humanité. »

                Je retrouve avec ce spectacle la Grisélidis Réal que je connais par sa correspondance ultérieure, d’après la prison, du retour en Suisse, avec Jean-Luc Hennig. C’est bien joué par une actrice dont j’ignore le nom et celui qui l’interroge du fond de la salle, dans une mise en scène de peu de moyens mais efficace.

                Après avoir bu un verre de vin offert au bar, je rentre par la rue Saint-Jacques, croisant d’autres prostituées au travail.

    *

                Ce point de vue qui se voudrait imparable comme quoi il faut aller voter parce que dans certains pays ce n’est pas permis, c’est comme s’il fallait aller à la messe au prétexte que dans d’autres endroits la religion est persécutée.

    *

                N’ayant pas voté à ce deuxième tour de l’élection législative, je n’en suis pas moins les résultats le soir venu, aussi content de la défaite de Royal et Lang que de celle de Guéant, Morano, Lefebvre, Alliot-Marie, etc.

    Partager via Gmail Yahoo!





    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires