• Entre deux nuages, je lis Le cheval est une femme comme une autre, ouvrage publié sous le nom de Pauvert (mais pas par lui) en deux mille un, une anthologie due à Jean-Louis Gouraud,  regroupant deux cents textes de cent cinquante auteur(e)s ayant écrit sur le cheval, cet être d’une extrême féminité, (…/…) également symbole de virilité, de vigueur, de fougue amoureuse. L’introduction de l’anthologiste est précédée d’un avant-propos photographique de Michèle Le Braz, alternant courbes féminines et courbes chevalines, et d’une préface de François Nourrissier qui fait appel à sa mémoire :

    Je me rappelle une dame de haute élégance qui expliquait ainsi son goût des cavalcades en Camargue, sur de rustiques petits chevaux de là-bas, sellés selon l’usage du pays : »Mon cher, trois orgasmes en une promenade… »

    Je note de-ci de-là, de façon un peu cavalière.

    D’un certain Robin de la Meuse dans ses Mémoires d’un galopin (Les Ecuries, Paris-Moscou) :

    Le cheval n’est pas

        un homme

    La femme n’est pas

        un homme

    Donc le cheval

       est une femme

    Du poète Piron :

    Les dévotes beautés qui vont baissant les yeux

    Sont celles plus souvent qui chevauchent  le mieux

    Et de Jean-Pierre Digard dans son roman Ekwo (Phébus) :

    Souvent, la nuit, Melda quittait sa couche en catimini et allait rejoindre Ekwo, le cœur battant d’impatience et de crainte que ses hennissements ne réveillassent quelqu’un. Là, elle pressait sa joue et ses seins contre le flanc de l’animal, tandis que ses mains caressaient le relief élastique des muscles du poitrail, de l’épaule et de la cuisse, s’attardaient sous la chaleur de la crinière, effleuraient la peau soyeuse des naseaux et de l’intérieur de la cuisse. Ses doigts et la pointe de ses seins percevaient alors des frémissements de la peau qui démentaient l’impassibilité de l’étalon.

    Je croise aussi dans cette anthologie la renommée Bodil Joensen dont on trouve sur Internet (comme on dit) les extraits de films où on la voit copuler avec toutes sortes d’animaux (Enfant, j’aimais beaucoup les animaux. Mon premier amant fut un chien.) et le mystérieux Henri de Canterneuil dont Jean-Louis Gournaut dit « Probablement un pseudonyme. Son livre, Des femmes et des bêtes (tome 2), ne porte aucune adresse… ».

    Je possède ce dernier livre, assez mal écrit et décevant, et j’en sais bien plus que Gouraud sur Henri de Canterneuil. Derrière ce nom aristocratique se cachait celui de Gérard Beziat, connu sous le nom de Jehan Jonas, auteur compositeur interprète, qui eut une petite gloire dans les années soixante/soixante-dix avec ses chansons à texte puis une deuxième vie comme auteur de romans pornographiques autoédités, avant de mourir d’une tumeur au cerveau à l’âge de trente-cinq ans.

    *

    Egalement dans cette anthologie, sous la plume de Louis-Charbonneau-Lassay, auteur de l’ouvrage intitulé Le bestiaire du Christ (Desclée de Brouwer), une invitation à faire un tour dans une église de la région havraise :

    L’emblématique du Christianisme, aussi, quand elle prit le cheval en mauvaise part en fit une image de Satan, le seigneur de tout mal… (…/…)

    Cela explique les créations étranges de l’art roman qui montrent l’homme-cheval et la femme-jument dans la série figurée des démons de vices capitaux. Une sculpture de l’église de Montivilliers, au diocèse de Rouen, nous offre un des plus beaux exemples de ces monstres lubriques.

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  •             Samedi matin, il y a abondance de livres au Clos Saint-Marc. L’un des vendeurs habituellement brocanteur a cette fois sa camionnette emplie de toutes sortes d’ouvrages en plus ou moins sale état. Bizarrement, il n’a prévu aucune table pour les installer. Plié en deux, il les pose au sol sur la tranche mais en a vite marre. Il se met donc à balancer le reste. Les livres atterrissent comme ils peuvent, s’abîmant un peu plus. Le marchand de dévédés voisin se moque :

                -Alors Marco, tu es devenu intellectuel ?

                La manne attire les particuliers dans mon genre et les habituels vendeurs de livres dont Joseph Trotta qui profite de son statut pour se servir directement dans la camionnette. Plusieurs hommes fouillent dans le tas, dont les pantalons noirs se blanchissent du plâtre ou du salpêtre qui macule certains des ouvrages Je me contente de chercher avec les yeux, délaissant les titres de chez Bouquins, sales et abîmés, mais captant le Guide Bleu de la Côte Est des Etats-Unis.

                L’un des potentiels acheteurs montre sa pile au bouquiniste de circonstance et s’entend proposer un prix qui le déçoit. Il repose ces livres anciens qui auraient pu devenir les siens. Un autre en profite pour en récupérer deux ou trois. Le premier se ravise et en reprend deux dont il demande le prix. C’est toujours trop. Le vendeur énervé en ouvre un et lui dit :

                -Mil huit cent trois, ça date pas d’hier quand même !

                Pour les livres récents, malgré l’état déplorable, le prix demandé est entre deux et vingt euros, aussi est-ce avec une certaine appréhension que je demande combien pour mon Guide Bleu. Un euro, je m’en tire au mieux.

                Le lendemain dimanche, je prends la route de Vernon pendant que le jour se lève. Le vide grenier n’est plus aussi vaste que par le passé. Les vendeurs professionnels y sont moins nombreux mais les particuliers sont bien là. Hélas pour moi, il n’y a pas abondance de livres. Je trouve néanmoins le Dossier Camille Claudel de Jacques Cassar, coédité par Maisonneuve & Larose et Archimbaud, ouvrage qui contient l’intégralité des archives (lettres, documents, articles de presse) concernant la triste vie de la sculpteuse. Son prix neuf est de vingt-cinq euros, je l’emporte pour un petit euro.

                De retour à Rouen, je passe par le Clos. Les mêmes livres que la veille sont à nouveau en vente, cette fois installés sur des tables basses. Je peux vérifier qu’il n’y a rien pour moi.

    *

                Que fait un producteur d’Arte désireux de faire un reportage sur Rouen ? Il ne se fatigue pas, il téléphone à l’Office de Tourisme. Lequel, dans l’optique mercantile et passéiste qui est la sienne, lui suggère de filmer l’un des céramistes de la rue Saint-Nicolas (ils sont deux, qui dans Paris Normandie se disputent le titre de dernier faïencier de la ville). Le tournage aura lieu en septembre. Je ne serai pas là pour voir ça, mais je parie que dans le film il y aura un plan de ma ruelle faussement médiévale.

    *

                Impossible d’échapper aux Jeux Olympiques de Londres, même France Culture est infectée. Où que j’aille, j’entends le quidam spéculer sur « nos chances de médailles ». Que maudit soit ce baron de Courbertin, celui qui déclarait en mil neuf cent douze, lors des Jiho de Stockholm : « Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Le véritable héros olympique est, à mes yeux, l'adulte mâle individuel. Les Jeux Olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs. »

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  •             Amené plusieurs fois par jour à traverser la rue de la République, à la descendre et à la remonter, je fais comme chacun(e) je cherche mon chemin entre les trous et les engins en faisant attention où je mets le pied, pas envie de me bousiller une cheville à deux semaines de mon départ pour New York.

                Je ne comprends rien aux travaux en cours. Je pensais qu’il s’agissait de faire aller plus vite les bus de la ligne Sept, mais comme le sens de la descente ne sera plus praticable, il faudra qu’ils passent par ailleurs d’où un allongement du parcours et du temps nécessaire pour aller de la rive droite à la rive gauche.

                Ce qui m’étonne, ce sont les nouveaux conteneurs à ordures enterrés dans cette moitié de chaussée désormais interdite à la circulation. Les anciens conteneurs que je connais, place Saint-Amand, rue Martainville, sont hors d’usage depuis longtemps, après n’avoir fonctionnés que peu de mois. Ceux-ci ont beau être d’un autre modèle ils n’en sont pas moins mécaniques et subiront des pannes qui entraîneront des amas de sacs poubelles dans la rue. Les commerçants râleront, eux qui pestent déjà contre les travaux en cours. Certains restaurateurs, si j’en crois Paris Normandie, sont au bord du dépôt de bilan.

                Dommage, cette rectiligne rue de la République, autrefois hardiment tracée à travers l’abbaye Saint-Amand, aurait fait une belle rue à tramouais.

    *

                Autre démolition en vue : celle du parquigne aérien sous lequel se tenaient les marchés des Emmurées. Ce mardi (fruits et légumes) et ce jeudi (livres et brocante), je découvre boulevard Clemenceau les nouveaux emplacements de mes marchand(e)s habituel(le)s. Il fait beau et chaud, c’est agréable d’être en plein air plutôt que sous le béton.

                Un panneau près du parquigne des Emmurées conseille de faire attention à l’élagage. Pour être élagués, ils sont élagués les arbres qui jouxtent l’édifice à détruire, coupés au ras du sol. D’autres plus petits seront plantés après la construction du nouveau bâtiment, annonce la rassurante communication institutionnelle.

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  •             Ce jeudi, c’est la dernière des Terrasses du Jeudi rouennaises. Côté programmation, cela sent le fond du panier. Par défaut et pour être en accord avec la chaleur, je me décide quand même à aller ouïr et voir Faso Ouattara place des Floralies (elle a un autre nom mais je ne veux pas le retenir).

                La terrasse est occupée à cent pour cent, autant qu’un jour sans musique. Je trouve une place debout à l’ombre près des deux vigiles dont la principale activité est de regarder les jolies filles qui passent. A une table réservée sont assis les membres du staff et les artistes. Chacun montre qui il est sous forme d’une carte plastifiée suspendue à son cou. Faso Ouattara la garde quand il monte sur scène, vêtu d’un costume africain blanc. Il est accompagné d’un musicien chanteur noir et de trois musiciens blancs. Autour s’agitent les photographes officiels dont deux à la dégaine particulière, des stagiaires me semble-t-il. L’un des deux porte un pantalon turc qui achève de le ridiculiser.

                Quoi dire de cette prestation ? Pas grand-chose. C’est de la musique africaine comme on peut en entendre partout, jouée par un groupe plan plan avec quelques effets de larsen. Ça ne dure pas longtemps. Je ne reste pas pour le deuxième set (comme ils disent), pas plus que je n’envisage d’aller à vingt-deux heures trente, place Saint-Marc, pour le concert final de Bonga, autre musique du monde faite pour plaire à tout le monde.

    *

                À mon retour, les pompiers sont présents dans ma ruelle, laquelle est barrée en son milieu. Ils s‘activent, côté rue Saint-Nicolas, autour d’un conduit métallique arraché la nuit dernière et qui est resté comme ça toute la journée, enjambé par les troupeaux de touristes. Il semble que ce soit du gaz qui y circulait. Par la suite arrivent des policiers.

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  •             Mon goût du fragment me conduit à lire l’Alphabet de Joseph Delteil, recueil de phrases choisies par l’auteur vieillissant (Le plus drôle, c’est que ça arrive sans tambour ni trompette, soixante-dix ans.) dans l’ensemble de son œuvre (Sur le fleuve Amour, Choléra, Jeanne d’Arc, La Deltheillerie, etc.) et d’autres qui sont inédites, publié en mil neuf cent soixante-treize par Grasset.

                J’ai connu Joseph Delteil par Henry Miller, l’ai lu autrefois, sans enthousiasme, trop lyrique et exalté pour moi, cependant j’extrais quatre pépites de son Alphabet que je note en désordre :

                J’adore la société : la mienne s’entend.

                Rédiger : le mot le plus pouffiasse que je connaisse.

                En une nuit, un rat bouffe Homère.

                Les grêles appas des fillettes mineures fascinent les sens.

                Je garde aussi de cette lecture, ce mot créé par lui : Sexueux.

    *

                L’un des bobeaufs du Son du Cor, il est en vacances, il ne sait pas quoi faire, soudain s’exclame : « Tu vois là, y aurait les Jiho ! »

                Il a peu à attendre avant de bien occuper ses journées, si j’ai bien compris.

    *

                Le branlotin qui ne cesse de parler de son père en l’appelant Papa : « Non mais Papa, il a acheté un champ et il y a planté des chênes. »

                Un quinquagénaire un peu plus loin : « Avec Papa, etc… »

                J’ai déjà écrit sur le sujet, l’infantilisation généralisée, etc.

    *

                Autres branlotins : « On va essayer de se faire un gâteau ». Plus ridicule aurait été : « On va essayer de faire un gâteau ».

    *

                Rouen, ce qui disparaît sans que l’on y prenne garde : pas de Gay Pride cette année, pas davantage de promenades en carriole tirée par deux chevaux cet été. Aucun rapport entre les deux faits.

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  • Dimanche matin, je quitte les Amiraux tôt et grimpe en métro sur les hauteurs de Belleville jusqu’à la station Télégraphe. Là se tient le seul vide grenier parisien du jour, des deux côtés de la rue et sur un vague terrain de boules en contrebas d’un cimetière dont je découvre l’existence.

    Aucun livre ne m’attire suffisamment pour que j’en fasse l’achat. En revanche, je suis séduit par les cédés que vend un homme élégant au prix de deux euros l’unité. Je fais miens trois Johnny Cash: American Recordings, le double Lonesome In Black et le double Personal File, ainsi que le Border Live + Studio Live de Katerine, le volume deux de l’intégrale de Rezvani Vivre étonné et le Remué de Dominique A, le tout pour dix euros, prix d’ami. Le Dominique A (partiellement enregistré à New York) que j’ai déjà sera pour elle.

    J’entre dans le cimetière de Belleville et demande à l’employée aux arrosoirs s’il y a là quelque célébrité. Elle me cite le nom du fondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Devant mon peu d’enthousiasme, elle propose de me fournir une liste. Celle-ci comprend onze noms de connu(e)s peu connu(e)s. Le seul qui retienne mon attention est celui du poète Fagus (Georges Faillet) que je me souviens avoir rencontré dans le Journal littéraire de Paul Léautaud. Malgré le plan, je ne trouve pas sa tombe.

    Revenu chez les vivant(e)s, encouragé par le soleil, je décide de descendre à pied la longue rue de Belleville. J’ai la Tour Eiffel en point de mire et m’arrête à mi-chemin près de la station de métro Jourdain pour boire un café à la terrasse de La Gitane en regardant vivre le quartier.

    J’entreprends la seconde moitié de la descente, arrive en territoire chinois et déjeune au Da Lat (canard laqué, riz blanc et vin de même couleur) puis rentre en métro aux Amiraux.

    Par le train de seize heure vingt, je quitte Paris pour Rouen où le soleil brille aussi, mais sur des rues quasiment désertes.

    *

                Aujourd’hui, tout de suite après déjeuner, je suis allé à la Mairie de la rue de la Banque montrer à Fagus le chien trouvé hier rue de l’Ancienne-Comédie. Il l’a accepté, et nous avons convenu que je le mènerais moi-même chez lui, à Verrières-le-Buisson. Je suis parti avec le chien au Bon Marché pour acheter un collier, ensuite à la recherche d’un graveur pour en graver la plaque. Une pause chez le concierge du 28 de la rue de Condé, retour de la Fourrière pour le grand chien noir qui n’y est toujours pas. Puis achat de chocolat pour les enfants de Fagus, de rognures pour le dîner du chien, et nous avons pris le train pour Massy-Verrières. Là, vingt minutes à pied et nous sommes arrivés chez Fagus, à la Boulie. Accueil cordial au possible par Madame et les deux fils Fagus, l’un à demeure au lit, coxalgique. Fagus arrive à sept heures et demie. Nous bavardons encore un moment. Puis un fils Fagus descend au jardin avec le chien, et je me sauve, accompagné à la gare par Fagus, à travers un sentier de vraie campagne. Paul Léautaud, Journal littéraire, neuf août mil neuf cent treize (Mercure de France)

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  • Après la School Gallery, samedi après-midi, je me rapproche de l’Hôtel de Ville afin d’assister à la troisième journée du Fnac Live Festival. Je bois un café au Béarn, établissement à mon goût. Tandis que le patron et la patronne s’engueulent derrière le comptoir, je poursuis la lecture des Petites épiphanies de Caio Fernando Abreu. La paix est brusquement signée. « Viens m’embrasser » lui ordonne-t-elle avant de mettre un cédé. Ma Môme de Ferrat précède Jolie Môme de Ferré. Un client au comptoir raconte qu’il revient de trois jours en Normandie et qu’il y fait bien meilleur qu’ici. Je ne me risque pas à le contredire. Il est dix-sept heures quand je sors de là, le café bu et le livre lu.

    La Fnaque semble avoir encore les moyens. Collée contre la façade de l’Hôtel de Ville, la scène est conséquente, à droite Notre-Dame, à gauche le Béhachevé. Le public est déjà nombreux à attendre. Je trouve place contre la barrière de la technique. A l’heure prévue, Broadway se présente, dont le nom révèle le goût de la diagonale. Les vrais professionnels se reconnaissent à ce qu’ils sont à fond dès le premier morceau, c’est le cas de Broadway dont la musique me sied et me fait penser à New York, à celle qui m’y attend.

    C’est ensuite Rover, dont le chanteur ressemble au Jim Morrison de la fin, lunettes noires et blouson de cuir : « Vous connaissez l’histoire de celui qui s’est trompé de tenue ? C’est moi. C’est parce qu’hier on était en Belgique et il neigeait ». Suant sous le soleil, il n’enlève cependant pas son blouson. Sa voix fait des incursions dans les aigus. Ça me plait mais pas suffisamment pour aller le revoir près de Rouen à la saison prochaine.

    Je m’extrais des dizaines de milliers de mes presque semblables pour aller dîner au restaurant chinois à volonté de la rue de la Verrerie où, bien qu’il soit à peine dix-neuf heures, il faut attendre son tour devant les micro-ondes. Je supporte stoïquement une famille dont les enfants s’appellent Joseph et Roméo et un duo qui vient de se rencontrer (elle, dame à perruque, téléphonant à sa voisine puis à sa gardienne pour ne pas qu’elles s’inquiètent, lui plus tard l’incitant à se plaindre à la Police d’une autre voisine qui chante).

    Quand je reviens sur le parvis de l’Hôtel de Ville, il y a grosse foule, peut-être pas loin des soixante mille personnes attendues. Je m’avance comme je peux pour ouïr les derniers coups de Revolver, autre groupe qui me plaît bien, considérant celles et ceux qui ne sont là que pour téléphoner à celles et ceux qui ne sont pas là. Beaucoup ont le verre de bière à la main comme les chevaux leur seau de picotin. Une nunuche enterre sa vie de jeune fille.

    Arrive Dominique A qui ne s’est pas trompé de tenue, pantalon et ticheurte noir. Il interprète ses chansons récentes que je connais peu. Ce n’est pas le meilleur endroit pour lui. Huit sur dix ne l’écoutent pas, discutant entre eux comme s’ils étaient au bistrot du coin. Il faut le voir en salle assis, ce que ni elle ni moi ne pourrons faire le vingt octobre prochain dans la banlieue de Rouen car, si tout se passe bien, nous serons en Auvergne.

    Dominique A termine par Le Faussaire. C’est au tour d’Arthur H que je laisse aux amateurs de drogue douce.

    *

    Pas de présence policière visible, pas de présentateur, pas de publicité sonore pour la puissante invitante, le Fnac Live Festival peut servir de modèle.

    *

    Près de Beaubourg, des Ivoirien(ne)s qui manifestent leur soutien à l’emprisonné Gbagbo.

    *

    « Le cappuccino, moi je te mets de la chantilly, c’est pareil » (parole de tenancière de bar).

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  • Samedi matin, je prends le métro pour Bastille et de là gagne Book-Off où je solde ma carte de fidélité, la maison n’y croyant plus ; dans mon sac de plastique noir, entre autres, les Petites épiphanies de Caio Fernando Abreu, soixante-deux chroniques parues dans le quotidien O Estado de São Paulo et le magazine Zero Hora de l’écrivain brésilien mort du sida à quarante-huit ans, un livre publié chez José Corti.

    Je déjeune d’un menu vapeur chez Délices Traiteur puis rejoins à pied le Mona Lisait de la rue Pavée où une caissière qui pouffe me fait un peu plus tard une carte de fidélité plastifiée avec code barre à l’intérieur de laquelle s’inscrivent mes achats : le tome deux d’Après l’Histoire de Philippe Muray (Les Belles-Lettres), Philosophie pratique de Giacomo Leopardi (Rivages Poche), Ephèbes et courtisanes d’Al-Jahiz (Rivages Poche) et la Correspondance de Charles Bukowski (Grasset).

    Un café s’impose que je prends rue du Temple en terrasse au Saint-Gervais, un œil sur les jolies filles du quartier, l’autre sur les Petites épiphanies … ces couples qui en fin de semaine, mangent des pizzas arrosées de fanta et de guaraná dans les restaurants, et se regardent à peine en se disant des choses du genre « tu trouves que j’aurais dû donner le numéro de téléphone de Catarina à Eliete ? » -et l’autre répond par un grognement. Une élégante femme en tailleur blanc et chapeau, une fleur rose à la boutonnière, s’assoit deux tables à ma gauche en compagnie de deux autres qu’on ne remarque pas. Une jeune passante s’avance vers elle et lui demande si elle peut la prendre en photo pour son blog.

    -Il est sérieux au moins votre blog ? demande l’élégante avant d’accepter.

    Peut-être est-ce une célébrité inconnue de moi. Inconnu de moi l’est autant Kris Gautier dont je vais voir ensuite l’exposition Hey, little girl à la School Gallery d’Olivier Castaing, rue Vieille-du-Temple. Je pousse la porte cochère. Un chemin pavé végétalisé s’ouvre devant moi. Je ne vais pas loin, entre à droite où sont accrochées une quinzaine de photos en noir et blanc dont la modèle est une petite fille au regard sombre et au grand front qui aurait beaucoup plu à Lewis Carroll, une sauvageonne posant dans une nature rébarbative, dont les nus sont pudiques. La seule photo en couleurs la montre se noyant telle une Ophélie dans les feuillages rouges. J’apprends que ces photographies jamais exposées ont vingt ans, Alice doit avoir bien changé.

    *

    Sur la façade abîmée par le temps on lisait, sur une plaque : « Il y a toujours quelque chose d’absent qui me tourmente » -phrase extraite d’une lettre écrite par Camille Claudel à Rodin, en 1886. De cette maison, disait la plaque, Camille était partie directement à l’hospice, où elle est restée jusqu’à sa mort. lis-je dans les Petites épiphanies de Caio Fernando Abreu.

    Elle est toujours là, cette plaque, sur la façade du numéro 19 du quai de Bourbon, à la même place. Quand vous irez à Paris, un jour, cherchez-la.

    A ma prochaine venue, avant la traversée de l’Atlantique, je passerai par là.

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  •             Le programme des Terrasses du Jeudi ne me donne pas envie d’aller voir et ouïr autre chose, ce dix-neuf juillet, que le groupe Isaya. Je suis donc à l’heure voulue, appuyé contre un panneau de signalisation, au bord de la terrasse du Bar de la Flèche où mange et boit une nombreuse clientèle qui n’a pas peur des gros nuages noirs.

                Isaya se compose de deux chanteuses musiciennes se ressemblant comme des jumelles et qui en sont. Elles se nomment Caroline et Jessica, viennent du sud de la France. Elles font dans le style pop folk country et donnent à entendre leurs compositions et quelques reprises, dont l’une de Bob Dylan. Elles portent des tenues moins seyantes et sexy que celles de la photo du programme, c’est qu’il faut se couvrir cet été en Normandie. Elles chantent bien, dit une dame du public. Je trouve aussi, mais d’une manière qui les fait grimacer, ce qui est dommage.

                Le deuxième set est dans une heure, je n’attends pas et rentre préparer mon bagage. Mon ouiquennede sera parisien.

    *

                Peu à dire sur cette première journée parisienne : un voyage en train lent, un tour de librairies peu fructueux, c’est le premier jour du Ramadan et Lucette, la veuve de Céline, a cent ans.

    *

    C'est Lucette qui interdit la réédition des pamphlets antisémites de Céline, raison pour laquelle elle ne veut pas mourir.

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  •             Mercredi soir, j’arrive sur le parvis de la Cathédrale à vingt heures trente et constate que c’est déjà trop tard. Une longue file d’attente sinue devant la seule porte qui va ouvrir. Le ciel est noir, menaçant, mais pas une goutte ne tombe avant que le moment d’entrer arrive. Je m’y prends mal pour trouver une chaise, n’ayant pas la connaissance des lieux qu’ont celles et ceux qui viennent là tous les dimanches pour la messe. Quand je découvre où est assis Yvon Robert, le Maire socialiste, c’est-à-dire où se trouve la meilleure des places réservées, je comprends que c’est encore moins bon pour moi. Je reste néanmoins où je suis, entouré de femmes qui font des sorties culturelles en groupe d’au moins cinquante, disent-elles.

              Deux des organisateurs présentent la soirée, lui se perdant dans la liste des remerciements, elle reprenant en insistant lourdement sur le nom de Catherine Morin-Desailly, la Sénatrice sarkoziste, qu’elle cite deux fois, pourtant absente.

                Le thème de la soirée est Le rêve américain de quatre jeunes talents rouennais. Les quatre jeunes talents rouennais sont un pianiste et trois sopranos ancien(ne)s élèves du Conservatoire à Rayonnement Régional de Rouen et le rêve américain consiste en une suite de chansons dues à Gershwin, Bernstein, Weill, etc.

                Quand la première soprano se lance, je constate qu’elle tourne carrément le dos à la partie du public dont je suis. C’est non seulement insupportable mais également parfait pour ne pas l’entendre. Je supporte ça le temps de deux morceaux puis me lève, contourne le rectangle et reste debout derrière les rangées de chaises toutes occupées qui font face aux artistes. D’ici je vois mais n’entends pas mieux, ces jeunes talents n’ayant pas la voix puissante qui conviendrait pour un bâtiment démesuré. Je choisis de rentrer et de ne pas revenir pour les autres Nocturnes, ce rêve américain n’est pas le mien.

    *

                Ce jeudi après-midi, en route pour le Son du Cor, j’ai l’œil attiré, rue du père Adam, par une caméra noire pointée sur moi. Elle est fixée sur le mur de la Crêperie du Phare dont le patron prend l’air sur le seuil. Je lui demande si c’est lui qui. Il me répond que oui. Il en avait marre qu’on vienne pisser sur son pavé, qu’on lui pique ses fleurs et qu’on lui tague ses murs. « Vous enregistrez ce que vous filmez ? » Il ne me le dira pas. « Et la Mairie vous a donné l’autorisation ? » Il s’en fiche des autorisations. Il faut bien qu’il se défende tout seul puisque la Police ne fait rien. Je lui dis que je n’ai pas envie d’être filmé quand je passe devant sa crêperie. « Pourquoi, vous avez des choses à vous reprocher ? » Lui, il veut bien être filmé où que ce soit. Je lui dis qu’il n’a pas le droit d’installer une caméra dans la rue, qu’il va avoir des ennuis. Le ton monte. Le marchand de vinyles d’à côté sort de sa boutique. Je préfère mettre les bouts.

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