• Point de machine à laver à Convent Avenue, après le petit-déjeuner nous partons vaillamment ce samedi dix-huit août faire une lessive dans la laundry où celle qui me loge a ses habitudes, vaste endroit pour laver son linge sale en famille, en couple ou tout seul. Des télés distribuent des tranquillisants, base-ball ou football au fond, télé réalité à l’entrée, une émission époustouflante dont le titre est quelque chose comme He’s the Father, dans laquelle se font face sous les huées du public une femme abandonnée avec son enfant et le père présumé. L’homme est sommé de reconnaître sa paternité, au besoin le test adéhenne vient au secours de la femme. Cela passe par des engueulades, voire des tentatives de bagarre et se termine par des larmes, une famille reconstituée et une ovation debout. Celle que j’accompagne se demande s’il ne s’agit pas de comédiens, Je pense que non. Pendant que se succèdent les pères indignes, dont bizarrement plus de noirs que de blancs, nos vêtements tournent de concert dans la machine à laver puis à sécher. Reste à plier tout ça ensemble comme un vieux couple et à remonter les étages alors qu’il fait déjà trop chaud à mon goût.

    Je l’emmène ensuite déjeuner à Greenwich Village, au Waverly, où beaucoup en sont encore au petit-déjeuner. Nous prenons chacun une omelette maison au bacon et pommes de terre avec des toasts beurrés et de la confiture maison que nous dégustons avec un grand demi pichet de vin, mon café est resservi mais pas son thé.

    Nous rejoignons la jetée de Yayoi Kusama où plein de filles et d’homos se font bronzer. Un travesti attend du monde dans les toilettes des hommes. Un vieux pédé est allongé sur l’un des champignons de Yayoi qu’on est invité à ne pas toucher.

    Quand on se décide à quitter le bord de l’Hudson River, on se trompe de métro et on arrive avec la L dans Brooklyn à Williamsburg, Bedford Avenue. Trop de monde sur les trottoirs, pas de café accueillant, un square nous offre une belle vue sur Manhattan mais on n’y trouve pas de banc à l’ombre aussi revenons-nous en métro à Chelsea, Huitième Avenue, où nous retrouvons Yayoi sous forme d’une bâche recouvrant les échafaudages d’un building en rénovation. Pas loin de là, on déniche des tables (et chaises) à la disposition des passants. L’une est libre et donc pour nous. Tandis qu’elle part à la recherche d’un rafraîchissement, j’observe le passage d’un mariage, défilé bruyant, photos au milieu de la rue, arrêt d’un taxi pour une photo porte ouverte. Elle revient avec des frozen yoghourts

    Au retour, nous croisons un mariage autrement clinquant sur Convent Avenue à la sortie de l’église de l’Annonciation. Le marié et la mariée, assez âgés, posent pour des photographes devant d’interminables limousines blanches. L’un des photographes nous dit que dans ces occasions les familles s’endettent pour des années.

    *

    Surprise de retrouver aux Etats-Unis la lessive Tide que je croyais disparue. Elle me fait souvenir des tristes lessives de l’enfance.

    *

    Sur un mur près du Waverly « Graffiti is a crime ».

    *

    Dans les toilettes publiques pour hommes de NYC, une table à langer.

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  •             Rouen rêvée, propose la Mairie. Rouen ratée, répond la réalité. Des décennies que les politiciens de droite et de gauche sont incapables de faire passer les camions ailleurs que par le centre de la ville. L’accident a eu lieu hier, Moins de conséquences humaines que ce que j’avais entendu, seul le chauffeur du camion d’essence a été blessé mais pour les conséquences matérielles bravo. Le pont Mathilde a sévèrement morflé. Le voici impraticable pour des semaines, des mois, une année, que sais-je.

                Je ne sais qui a eu la bonne idée de choisir un modèle de pont dont le tablier est d’une seule pièce. Dans la pire hypothèse, il va falloir détruire et tout reconstruire.

                Désormais c’est Rouen embouteillée, comme je le constate ce mardi matin. Les quais rive droite sont coincés, le pont Corneille empli de camions, à l’angle deux policiers à sifflet tentent d’organiser le désordre. Dans l’hyper centre, en revanche c’est à peu près aussi calme qu’un dimanche.

    *

                Pendant ce temps, New York a subi Sandy de plein fouet. Cela me rend triste de voir les lieux où j’étais encore il y a un mois totalement inondés, tristesse partagée par celle qui y a vécu plusieurs mois, s’y faisant des amies, et qui s’inquiétait vers minuit « NYC a l'air d'être en sale état, plus personne ne répond au téléphone et du coup je n'ai pas de nouvelles. Ce matin Z… me disait recouvrir les ordinateurs car le toit commençait à avoir des fuites, puis plus rien. »

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  • Vendredi soir, c’est La Traversée du Rhin à l’Opéra de Rouen, concert symphonique sous la baguette de Kynan Johns, chef invité. Je suis en corbeille devant les loges où se tiennent les personnes en situation de handicap (comme dit le correctement politique). L’un des membres du staff de l’Opéra demande à l’un d’eux si sa femme est là. « Elle est décédée cet été. » lui répond l’interpellé. Un ange traverse le Rhin.

    Le voyage commence avec la Symphonie numéro cinq de Théodore Gouvy que les soubresauts de l’Histoire firent prussien alors que ses deux frères aînés étaient français, alerte musique que je verrais bien jouer dans un kiosque à musique un jour de fête du vin.

    C’est ensuite le Concerto pour alto numéro quatre « Der Schwanendreher » de Paul Hindemith, l’occasion pour Agathe Blondel, l’alto solo de l’Orchestre de faire montre de son assurance et de son talent. Elle est bien applaudie et vient l’entracte.

    A la reprise, c’est l’œuvre contemporaine White Ghost Dancing de l’Australien Ross Edwards. Elle plaît même à mes vieilles voisines choquées par la hauteur des talons d’une des violonistes.

    Pour finir, c’est l’Inachevée, Septième Symphonie en si mineur de Franz Schubert et on ne peut que regretter que Franz ne soit pas aller jusqu’à bout, se dit-on en quittant.

    *

    Samedi sans sortie, la faute à un vent glacial et à des draches grêleuses, mais dimanche matin c’est grand soleil. Je propose à celle qui est là pour le ouiquennede d’aller faire un tour en voiture. Nous voici bientôt à Poses dont nous franchissons le barrage puis en balade à pied le long de la Seine dans un paysage mordoré. Impossible de trouver un restaurant champêtre ouvert, c’est dans le jardin que nous déjeunerons. Rue Saint-Romain, nous croisons la nièce de la vieille voisine avec laquelle je fus en bisbille (la faute à une autre voisine ayant cru bon de lui dire que j’avais parlé d’elle dans ce Journal en l’appelant Tatie Danielle) puis réconcilié après que je fus venu à son secours un jour de chute. Elle nous apprend que sa tante est morte ce matin dans la maison de retraite où elle avait trouvé refuge pendant mon voyage en Amérique.

    Le soleil est sur le banc et nous aussi dégustant dans le jardin laissé à lui-même depuis plusieurs mois la bonne cuisine de celle qui s’inquiète pour ses amies new-yorkaises de l’arrivée de la tempête Sandy dite Frankenstorm. Le vin est celui de Chinon. Au sortir de la sieste, on constate que le mauvais temps est de retour.

    *

                Des curés, il n’en reste pas beaucoup mais y en a des bien, ainsi l’abbé Maheut, vicaire général du diocèse de Rouen, chargé ce dimanche de la messe des forains de la Saint-Romain. Grand Rouen donne ce lundi matin des extraits de son homélie :

                « Celui qui n’aime pas la foire, celui qui ne supporte pas la foule qui s’y presse, celui-là, n’est pas vraiment chrétien ».

                « Celui qui veut être un authentique disciple du Christ ne peut assurément pas fuir Rouen quand l’Armada revient, critiquer les 24 Heures motonautiques ou mépriser le passage du Tour de France (…) Parce qu’à l’évidence, Jésus aime la foule et aime à se retrouver au milieu d’elle… »

                *

                Cette messe n’a pas été suffisante pour empêcher les forains de frôler la catastrophe. Ce lundi matin, deux camions se heurtent sur le pont Mathilde. L’un empli de carburant s’enflamme. L’essence coule sur les caravanes garées sous le pont. Elles prennent feu à leur tour.

                Je vais voir ce qu’il en est après le déjeuner. L’incendie est maîtrisé. Restent des carcasses noircies que les pompiers continuent d’arroser. Le pont est salement amoché. La Seine polluée. Les deux camionneurs sont blessés ainsi qu’au moins un forain, apprends-je. Les lignes téléphoniques passant sous le point ont fondu. Sans doute est-ce pour cela que j’ai été privé d’Internet pendant deux heures.

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  • Au matin du vendredi dix-sept août, dans une chaleur accablante, je remonte à pied la Cent Vingt-Cinquième Rue (dite Martin Luther King Boulevard) passant devant l’Apollo Theater qui dans sa période de prospérité vit passer sur sa scène tous les grands noms du jazz puis James Brown et le petit Michael Jackson avec ses frères. A un carrefour, je m’arrête devant un mini vélo entièrement peint en blanc qui rappelle qu’un « Cyclist killed here ». Plus loin est un magasin où l’on élargit les pantalons pour celles et ceux qui ont un gros cul.

    Au bout de cette longue rue, j’arrive à un parc aménagé avec d’énormes jeux où s’ébattent des centaines d’enfants venus de divers centres de loisirs. Une lance à eau les rafraîchit et une sono ultra puissante leur donne le rythme. Malheureusement, le bord de l’East River est peu accessible à cet endroit où passe une autoroute urbaine. Je prends donc un bus M 15 bien climatisé sur la Deuxième Avenue et en descends à la Quatre-Vingt-Onzième Rue.

    A l’angle, je déjeune d’un énorme steak purée salade et de café renouvelé pour moins de onze dollars. De là, avide de fraîcheur, je rejoins l’East River et me pose sur un banc à l’ombre dans le Carl Schurz Park. Les flots sont agités, ce dont profitent des planchistes à rame. Un bateau de la NYPD patrouille. Circulent aussi des yachts de luxe. En arrière-fond sont deux ponts, l’un qui peut faire penser au Brooklyn Bridge, l’autre au Manhattan Bridge. Dans l’allée passent deux fillettes noires dans une énorme Cadillac rose, jouet électrique silencieux. Des vieilles et des vieux blancs prennent l’air, menés par leurs jeunes aides noires. L’une donne à manger au sien, paraplégique.

    Dans l’après-midi, je me rends au 450 East 85th Street à l’angle de York Avenue. C’est là qu’est né Henry Miller en mil huit cent quatre-vingt-onze  Aucune plaque ne signale l’heureux évènement.

    Je rejoins la Deuxième Avenue, attrape un bus qui m’emmène à la Cinquantième Rue où je bois un grand Coca plein de glaçons puis je vais au bout photographier le Queensboro Bridge sous les jupes, lequel pont est jouxté d’une belle cheminée d’usine et du téléphérique menant à Roosevelt Island.

    Mon retour est assez foutraque. Je prends le métro Q dans le mauvais sens, passe donc sur le Queensboro Bridge et me retrouve dans Queens au nord de Brooklyn. J’observe de haut ce quartier déshérité assez mal desservi par les transports en commun. Il ne me donne pas envie de m’y arrêter. Je récupère la ligne 7 qui me conduit sous terre à Times Square, gros carrefour où je chope la A pour Uptown jusqu’à la Cent Vingt-Cinquième.

    Je remonte Convent Avenue dégoulinant de sueur. L’orage est en vue sous forme d’un volumineux nuage noir. Sitôt entré dans l’appartement, je me passe de l’eau sur le visage, puis mets en route le ventilateur. A 7.10 pm, il drache.

    Quand celle qui termine sa semaine de travail arrive, elle confectionne une salade dont elle a le secret. Il y a encore du Martini dans la bouteille.

    *

    Contrairement à ce que m’avait écrit l’une de mes connaissances, New York n’est pas une ville épuisante pour un Européen, ce qui me fatigue et m’empêche de marcher autant que je le voudrais, c’est la chaleur épaisse (que supporte bien celle que j’accompagne).

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  • Prenant comme point de départ les dessins réalisés par l’architecte Jules Adeline au tournant du vingtième siècle, la municipalité rouennaise a demandé à des artistes de Rêver Rouen. Ce jeudi soir, c’est vernissage. J’en suis, dans la froide abbatiale Saint-Ouen.

    Il y a là Député, Archevêque, Bouffon, Maire, Artistes Municipaux, Adjointe à la Culture, Adjoint au Patrimoine, Commerçants, s’entresaluant.

    Je fais le tour des dessins de Jules Adeline dont j’ignorais jusqu’à l’existence, n’étant pas du pays, des images d’un Rouen utopique désormais au passé, qui me retiennent davantage que les œuvres contemporaines, dont je snobe les vidéos projetées dans des cubes en bois fermés par un rideau noir, qu’un distrait pourrait prendre pour des confessionnaux d’un nouveau genre et qui servent au cache-cache des enfants turbulents.

    Robert, Maire, fait le discours qu’on attend de lui et puis on boit un verre. Comment font toutes ces personnes pour ne s’intéresser qu’à Rouen, pour être toujours le nez sur le guidon, c’est ce que je me demande.

    *

    Parmi les projets de Jules Adeline, l’érection d’une gigantesque statue de la Jeanne au sommet de la côte Sainte-Catherine, heureusement restée sans suite, cela aurait considérablement gêné l’installation des éoliennes.

    *

    Rouen, ville sur la pente descendante où il ne reste plus que ses yeux pour rêver : pas les moyens d’avoir une Médiathèque, plus question de construire un Centre Dramatique Régional, oublié le nouvel Opéra, abandonnée la liaison avec Paris par Tégévé, incertaine la nouvelle Gare Rive Gauche et même plus d’actualité la nouvelle Prison.

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  • Ce mercredi soir, je suis en corbeille côté cour à l’Opéra de Rouen pour le retour de la troupe Europa Danse composée de jeunes gens de seize à vingt-cinq ans issus d’écoles professionnelles qui m’ont parfois fait passer de bons moments dans le passé.

    Ce n’est pas le cas cette année. Il semble qu’Europa Danse soit touchée par ce qu’on appelle la crise, seulement sept interprètes, à peine plus d’une heure de spectacle et une chorégraphe moins renommée que les années précédentes. Oui, cela sent la dèche.

    D’ennuyeux solos et duos se succèdent servant d’illustration à un cours sur l’histoire de la danse déversé en voix off (allusion subtile à La Voix de la télé réalité) soutenu par le visionnage de films sortis de la Fenêtre des Mémoires et de la Cinémathèque de la Danse. Le final est grotesque regroupant les sept dans le mélange des tenues qui furent les leurs auparavant.

    Sorti de là, après un cheminement dans les rues désertes, je me heurte à l’entrée de la mienne à un groupe de touristes cornaqués qui ne me laissent passer qu’avec mauvaise volonté. Un autre groupe est collé à ma porte. Leur guide est en train d’expliquer que ce sont surtout les petits qui sont hargneux, à qui je dis que je suis grand et le suis cependant, notamment quand je vois que même la nuit la ruelle est envahie par les troupeaux. Il s’ensuit une petite altercation avec ces clients de l’animation Rouen Médiévale By Night.

    *

    Plus moyen de réserver un billet de train par Internet en se le faisant envoyer à la maison si on n’a pas ce qu’on appelle (à tort) un téléphone portable (il y a quelque temps un fixe était encore admis).

    Pas moyen de réserver de chez soi une entrée au Grand Palais pour l’exposition Hopper si on n’a pas la même laisse électronique.

    It sucks.

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  • Dans la matinée et la chaleur, je vais en métro jusqu’à Chelsea jeudi seize. Je me balade dans le quartier, passant devant le mythique Chelsea Hotel chanté par Leonard Cohen, qui hébergea bien des gens connus, où mourut d’alcoolisme Dylan Thomas, mais est maintenant en train de changer de catégorie, puis, ayant besoin d’un peu de fraîcheur, j’avance l’heure du déjeuner.

    J’entre au Chelsea Square Restaurant à l’angle de West 23rd Street et de Ninth Avenue, face aux London Terrace Towers, et m’offre une grande soupe au minestrone, d’énormes lasagnes, du café à volonté, observant par la vitre la vie de la cité. Un taxi mal garé se fait aligner par la NYPD. Son chauffeur essaie de discuter, puis se désintéresse du problème, téléphonant sur le trottoir pendant que le cop rédige la prune.

    Au sortir, je rejoins la High Line que je parcours vers le nord sous un soleil ardent, plus bétonnée que dans mon idée et moins arborée que ne le laisse entendre Le Guide du Routard (cette High Line est aménagée sur une ancienne voie ferrée aérienne de marchandise datant de mil neuf cent trente). J’y retrouve JR et son Inside Project sous forme d’un portait grimaçant géant occupant toute la façade d’un immeuble. Au loin, l’Empire State Building se fait remarquer. La promenade se termine brutalement sur un chantier.

    Redescendu, je fais une pause dans un parc sans doute proche d’une maison de retraite vu le nombre de vieux et de vieilles en chaises roulantes et à déambulateurs. Dans les arbres, les cigales y vont à fond. Un écureuil ramasse des feuilles pour en faire sa couche en haut du fut d’un arbre. Il sait redescendre la tête en bas.

    Je cherche ensuite et trouve l’anonyme maison de briques où Jack Kerouac écrivit en grande partie On the road en mil neuf cent cinquante et un (une bonne année) au numéro quatre cent cinquante-quatre de West 20th Street puis prends un café glacé à un dollar au Champignon, un bar gay friendly de la Septième Avenue.

    Je reprends le métro ligne C Downtown jusqu’à Canal Street et me rapproche à pied du lieu où j’ai rendez-vous avec celle qui est au travail. Je passe par Greenwich Street, belle rue à maisons brunes avec escaliers de secours en façade. Le café Peace and Love m’accueille pour un Coca bien frais. Les isolés sont devant leur ordinateur et les autres discutent affaires.

    A l’heure dite, je suis au coin de Walker Street et de Centre Street. Dès qu’arrive celle que j’attends, nous nous mettons en route à pied pour la double traversée Brooklyn Bridge Manhattan Bridge.

    Le premier pont n’est pas un lieu de promenade romantique, contrairement à sa légende. Son cheminement piétonnier est totalement encombré de touristes et gare à qui empiète sur le cheminement cycliste, les pédaleurs ne font pas de quartier. Nous profitons cependant au mieux du coucher de soleil sur Manhattan.

    Arrivés à Dumbo, nous entrons dans plusieurs bars mais ce ne sont que lieux surpeuplés et bruyants où s’épanouissent des hipsters buveurs de bière. Celle que j’accompagne achète des bonbons de consolation et malgré la fatigue on se lance directement dans la traversée de retour par le Manhattan Bridge. Là c’est vraiment tranquille, quasiment pas de piétons, ni de cyclistes, mais on doit subir le bruit tonitruant des rames de métro auquel s’ajoute celui des voitures et des camions circulant sur deux niveaux.

    Quand on arrive sur la terre ferme à Chinatown (quartier qui dort la nuit), je suis exténué. Nous marchons encore pas mal avant de trouver un endroit animé et un petit bar à vin où nous récupérons de nos efforts en buvant un verre en terrasse.

    Après le retour en métro, nous dînons chichement au Martini.

    *

    Jolies filles de New York City, très peu vêtues, en haut de maillot de bain parfois, mini chorte et jupe courte, sans qu’aucun mec ne les emmerde, la sanction pénale freine l’instinct. On peut parler ainsi à n’importe quelle fille dans la rue sans qu’elle ne prenne la fuite.

    *

    Les écrans dans les restaurants et bars de New York montrent des images de sports d’ici mais sont le plus souvent muets. Une radio diffuse de la musique familière. Bien longtemps que je n’avais entendu aussi souvent Michael Jackson.

    *

    Sur un camion de pompiers « In loving memory of B. C. Oris Palmer, Lt Philip Petti, (suivent d’autres noms), 01/9/11 »

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  • C’est avec celle qui me rejoint à nouveau le ouiquennede (revenue de New York ce mercredi, à Rome ce vendredi, néanmoins en bonne forme) que je prends la route sous la pluie ce samedi soir et me gare au Grand-Quevilly. Nous arrivons juste au moment où l’on ouvre les portes du Théâtre Charles-Dullin qui reçoit Dominique A au nom du Trianon Transatlantique de Sotteville-lès-Rouen dont la salle est trop petite. Nous sommes les premiers, ce dont s’amuse l’homme au chapeau qui nous rejoint un peu plus tard.

    Le moment venu, nous nous installons à bonne distance et à bonne hauteur, voyant passer devant nous une partie du public composé en majorité de trentenaires proches de la quarantaine et de quadragénaires (Dominique A étant né en soixante-huit), parmi lesquels des amis de l’homme au chapeau. L’un d’eux lui recommande de se tenir tranquille pendant le concert, de ne pas crier ni enlever sa chemise, ce qui inquiète la petite famille assise devant nous.

    Avant Dominique A, c’est Maissiat, première partie féminine androgyne à faux air de Barbara. Elle a une bonne voix, chante des textes oniriques, parle trop et pas à bon escient (inutile de dire qu’on a eu un trou de mémoire à un public qui ne s’en est pas aperçu puisqu’il ne connaît pas ses chansons), joue du clavier, est accompagnée d’un tromboniste. On l’applaudit.

    L’enthousiasme se réveille quand arrive celui pour qui on est venu. Dominique A est égal à lui-même, efficace, clair, bien que n’ayant dormi que quatre heures, venant de Brest, six heures de route, nous dit-il. Il revisite ses succès passés et propose ses dernières, tirées de Vers les lueurs, qui sont très bien aussi. « Il a l’air sain », me dit celle qui m’accompagne. C’est peut-être son point faible. Musicalement ça dépote, un fleuve sonore nous emporte vers un ailleurs assez mystérieux. Notre voisin n’enlève pas sa chemise mais tape fort sur ses genoux quand il retrouve l’une des chansons de sa jeunesse.

    Deux des quatre musiciens se font remarquer : le jeune Thomas Poli qui joue de la guitare sur son genou grâce à une longue sangle (« On dirait un adolescent qui joue dans son garage », me dit celle qui m’accompagne) et surtout Jeff Hallam qui joue de la basse et de la contrebasse chorégraphiée. Sa gestuelle enchante une partie du public féminin. « Il y a une source de testostérone à ma gauche », commente Dominique A, lui aussi à la guitare, lui aussi virevoltant mais surtout du bras droit.

    Après une première ovation debout, on a droit à une deuxième partie, et à un supplément après la deuxième, puis tout le monde applaudit fort une dernière fois. Nous quittons le Grand-Cul bien contents. Il est vingt-trois heures trente.

                Nous roulons sous la pluie, prudemment car je ne vois rien la nuit (le Conseil Régional au lieu de poser des questions fermées et débiles au public des salles de spectacle ferait bien de prévoir un transport en commun au retour des concerts). A l’arrivée, malgré la fête foraine, je trouve une place facilement dans l’île Lacroix. Rue de la République, trois énormes bus déchargent les musicien(ne)s de l’André Rieu & Strauß Orkest. Nous les suivons qui tirent leurs lourdes valises sur le pavé mouillé de la rue Saint-Romain se hâtant vers l’hôtel Mercure, et tournons à droite dans la venelle.

    *

                Elle, bien triste d’avoir dû quitter New York : « Ce n’est pas seulement que j’aimais cette ville, c’est que cette ville m’aimait ».

    *

              Manque de temps et de courage pour aller ce mardi à onze heures au Tribunal Administratif de Rouen soutenir une jeune femme originaire d'Arménie, mère d’un enfant de trois ans élève de l'Ecole Maternelle Honoré-de-Balzac à Rouen, qui y conteste son Obligation de Quitter le Territoire Français.

                Valls, le Guéant de gauche, est à la manœuvre. L’absence de changement, c’est maintenant.

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  • Vendredi, deux employées de l’Opéra de Rouen attendent le spectateur et la spectatrice à l’entrée de la maison. C’est pour une enquête de la Région, me dit celle qui m’arrête. Je suis tenté de dire non mais je me laisse faire et me voici en train de répondre à de niaises questions, comment je viens ici et combien de fois par mois. Cela ne servira évidemment à rien mais justifiera le salaire d’un fonctionnaire territorial qui ne s’est pas foulé. L’offre de spectacle me paraît-elle satisfaisante ou non ? me demande l’enquêtrice. En quantité ou en qualité ? lui dis-je. Ah, c’est une bonne question, me répond-elle. Si c’est moi qui dois faire les questions, à quoi me sert-il d’y répondre.

    En tournée de promotion de son dernier cédé, Alexandre Tharaud passe par l’Opéra de Rouen ce soir, un concert où je n’avais pas prévu d’être, pensant, lors des réservations, être cette semaine en Auvergne avec celle qui ne cesse de voyager, projet abandonné pour diverses raisons. J’ai donc obtenu une des ultimes places disponibles (et ce ne fut pas simple), un strapontin à l’avant-dernier rang du deuxième balcon, déglingué de plus ce strapontin et devenu rotatif, ce qui me permet de laisser passer les mieux lotis sans avoir à me lever.

    Juste avant que ça ne commence, je descends de trois rangs en m’offrant un fauteuil inoccupé. De mon perchoir, je vois le piano grand comme une boîte d’allumettes (modèle familial) et le tout début de calvitie du pianiste, ses mains aussi, heureusement, qui courent sur les touches, sans toutefois souineguer, pour un hommage Au Temps du Bœuf sur le Toit (comme écrivait Maurice Sachs) The Man I love Yes sir, that’s my baby.

    Après l’entracte, la fleurette avec le musicaule va plus loin, sous la forme d’un Concert Salade, musiques, chansons, lectures, cela assez mal mis en scène, mais avec de bons moments côté chansonnette, dont celle à double entente chantée par Jean Delescluze Il y a un trou dans mon quai (Dranem) qui fait bien rire le bourgeois rouennais, ainsi que par le même C’est le tango qui l’a rendu neurasthénique (Georgius) et remarquablement interprétée par Elise Caron L’anisette (Andrée Turcy)

    En redescendant, je passe par le foyer où une longue file attend une signature sur le cédé acheté.

    *

    Ce même soir, c’est la fête des cinquante ans de L’Armitière, librairie rouennaise qui fut appétissante et que ne l’est plus. C’est comme Brigitte Bardot, la vraie est morte depuis longtemps, celle qui porte ce nom est une usurpatrice.

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  • Au matin, ce mercredi quinze août, je prends la direction de Brooklyn et précisément de Dumbo quartier bobo, hipster comme on dit ici, né de la transformation d’entrepôts de briques rouges en lofts, galeries, bars du soir, etc., cela sis entre les ponts de Manhattan et de Brooklyn et donc extrêmement bruyant. Après quelques photos de bâtiments non encore rénovés et des ponts vus de dessous, je me balade au bord de l’East River sous un ciel orageux et en compagnie d’une colonie d'enfants juifs à kippa et ticheurte orange, que des garçons, venus là pour faire un tour sur un carrousel qui tourne sous un hangar translucide. La vue est belle sur les hauts buildings de Manhattan.

    Rien qui me plaise pour déjeuner dans ce quartier, que des restaurants branchouilles à nourriture organique. Je remonte vers le centre de Brooklyn et trouve un breakfast lunch dinner d’allure gargotière où j’entre néanmoins. Je commande un poulet Deluxe avec des French frites, café et café. Au comptoir, des sucreries et des médicaments sont à vendre, dont je n’ai pas l’usage. A la sortie, une drache orageuse m’oblige à me coller sous un auvent. J’observe l’Américain(e) sans parapluie tenant tête à l’averse sous un journal gratuit ou un sac en plastique, d’autres se laissant tremper, tous toujours dignes cependant ; les plus radicaux hèlent un taxi.

    Après l’orage, je visite une partie de Brooklyn, immense quartier qui s’il était indépendant serait la quatrième ville des Etats-Unis, m’apprend Le Routard. Je fais des photos des bâtiments remarquables dont un Palais du Basket en construction (si je comprends bien ce que me dit le vigile d’une boutique en face).

    Quand arrive un deuxième orage, je prends la ligne A, descends à Greenwich Village où je bois un Coca Regular à two dollars and fifty cents dans une sombre trattoria qui a débarrassé l’une de ses tables pour moi. « No rush » me dit le serveur après m’avoir enlevé mon verre vide. Je passe par le restroom réservé aux customers puis, la pluie persistant, reprend le métro jusqu’à Harlem 125th Street.

    Je remonte Convent Avenue sous le parapluie. Le colocataire portoricain me dit être sûr de m’avoir déjà vu quelque part et pourtant c’est impossible. « It’s very strange » me dit-il.

    A six pm, il fait noir comme la nuit et claque le tonnerre. Je me couche tôt après deux bananes. A minuit et demi, je suis sorti du lit où je ne dors pas par une sonnerie d’elle qui rentre du travail. Le quinze août n’est pas férié aux Etats-Unis.

    *

    New York ville quadrillée. Verticalement : les avenues torrides dédiées au commerce et à la grosse circulation automobile. Horizontalement : les rues arborées résidentielles où je trouve une relative fraîcheur.

    *

    Enfants en vacances dans l’équivalent des centres de loisirs, tous vêtus du même ticheurte de couleur quand ils sortent en ville. Les animatrices et animateurs sont vêtus d’un ticheurte marqué staff et portent à la main le panneau stop destiné à arrêter les véhicules lors des traversées de rues.

    *

    « There’s no rush », l’une de mes expressions américaines préférées. Contrairement aux Parisien(ne)s, les New-yorkais(e)s ne courent pas pour prendre le métro, le bus ou le train.

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