• Allez z’y vais à Alizay, malgré le risque d’averse, déjà quelques gouttes marquent le pavé de la ruelle lorsque j’y mets le pied ce samedi tôt. Dans les rues, que des fêtard(e)s attardé(e)s dont un jeune couple que je dépasse à l’entrée de l’île Lacroix.

    Elle : J’en ai marre, archi marre.

    Lui : Mais qu’est-ce j’ai fait ?

    A l’arrivée, je contourne le village et me gare comme d’habitude au lieu-dit Les Diguets près d’un étang. Le jour se lève. J’effraie les canards et fais fuir les lapins, cris d’alarme et queues blanches. Le ciel est gris, bien gris.

    J’ai le temps de parcourir à grands pas la totalité du vide grenier avant que ne tombent les premières gouttes. « C’était sûr, dit un autochtone, quand je me suis levé j’ai bien senti que ça puait la Sica, c’est signe de flotte ». La Sica, c’est l’ancien nom de la papeterie qui fume à quelques kilomètres du village. Je reviens sous le parapluie, pas de cédés, ni de livres dans mon sac.

    Je ne peux cependant pas dire que je rentre bredouille car à la sortie d’Alizay je trouve une fille qui fait du stop. Elle a raté son train à Val-de-Reuil, m’explique-t-elle, a fait le chemin à pied jusque-là.

    J’ai donc de la compagnie jusqu’à Rouen. Nous parlons un peu. Elle m’explique qu’elle vient d’avoir son bac et va entreprendre un double cursus fac de droit à Pasteur et préparation à Sciences Po à Camille-Saint-Saëns. Elle veut devenir ambassadeur et rêve d’un poste en Afrique du Sud, possède déjà l’anglais et l’espagnol et fait de l’athlétisme à un haut niveau à Sotteville.

    -Merci beaucoup, vous m’avez sauvée, me dit-elle quand je la dépose en haut de la côte Saint-Paul où elle doit prendre un bus pour Mesnil-Esnard.

    *

    A propos d’auto-stop, ce dialogue entre François Truffaut et un jeune homme qu’il avait pris sur le bord de la route.

    Le jeune homme : Je dois vous avouer que je n’aime pas Orson Welles.

    Truffaut, arrêtant sa voiture : Vous descendez ici.

    *

    Tout cela écrit en écoutant Le Journal de l'auto-stop d’Olivier Chaumelle sur France Cul.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Grâce au réseau social Effe Bé et à la bouquinerie rouennaise Le Rêve de l’Escalier, j’ai gagné deux places pour l’avant-première de Tirez la langue Mademoiselle au cinéma Omnia en présence de la réalisatrice Axelle Ropert ce jeudi soir. J’ai offert ma deuxième à l’homme au chapeau qui, cela tombe bien, vient de retrouver ses lunettes.

    Je ne sais rien de ce film, hormis que c’est l’histoire de deux frères médecins amoureux de la même femme et que cela se passe dans la quartier chinois de Paris. La salle est honnêtement emplie quand arrive Axelle Ropert accompagnée d’Hervé Aguillard et de Jean-Marc Delacruz. Ces derniers se lancent, à leur habitude, dans un panégyrique de leur entreprise, laquelle, dit l’un, a obtenu le label Art et Essai pratiquement dès le début, ce qui n’est pas exact.

    Le film est ensuite lancé sur un écran petit. Il ne me faut pas longtemps pour m’ennuyer affreusement à suivre l’histoire de ces deux vieux garçons, soudés l’un à l’autre comme des frères Goncourt, brutalement amoureux d’une quelconque barmaid du quartier. L’un est un gentil alcoolique (mais toujours en pleine forme), l’autre un ours mal léché à la grosse voix. Pas difficile de deviner lequel choisira la jeune femme abandonnée avec sa fille diabétique par le père de cette dernière. Comme on pouvait aussi s’y attendre, le père indigne, forcément musicien italien, réapparaît, d’où déprime du mal léché renvoyé. A la fin, la jeune femme, après quelque temps passé en Italie avec le réapparu, le quitte et revient au bourru médecin, tandis que le frère dédaigné, exilé à Nice, sautera peut-être par la fenêtre. On notera qu’à Paris, en deux mille treize, il est possible pour une femme seule travaillant dans un bar avec une fille à charge de quitter son appartement et d’en trouver un autre dès son retour.

    Tout cela est filmé dans le style des téléfilms des années quatre-vingt où les personnages passent leur temps à ouvrir ou à fermer des portes (au sens propre). Rien à en tirer pour moi, sauf de retrouver sur l’écran des lieux souvent parcourus quand mon frère Jacques habitait ce treizième arrondissement dans un immeuble semblable à celui où les frères médecins ont un appartement l’un en face de l’autre.

    A l’issue, hormis moi, tout le monde applaudit et, à en croire celles et ceux qui interviennent pendant le débat avec Axelle Ropert, nous venons de voir un très bon film.

    *

    L’un des poseurs de questions avouant qu’il ne sait pas trop quoi penser du film car les critiques n’en ont pas encore parlé. Dans l’incertitude, il aime beaucoup.

    *

    Aller au cinéma à Rouen, c’est se voir violemment rappeler que l’on vit dans une petite ville de province.

    *

    Les frères Goncourt avaient leur truc à eux pour éviter le conflit : ils se partageaient la même femme.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Comme quasiment tous les midis, je prends à pied ce mercredi le chemin qui mène à mon café verre d’eau du Son du Cor. Place Barthélemy, une voiture attire mon attention. Elle est surmontée d’un mât sur lequel sont installées des caméras. Tiens, me dis-je, l’ogre Gougueule est de retour en ville.

    M’approchant, je constate qu’il ne s’agit pas de Gougueule mais de Mappy qui prépare son Street View à la française. Devant l’église Saint-Maclou, le conducteur avance prudemment sous l’arbre que le voisinage (dit-on) veut faire abattre. Cela passe tout juste. Il s’engage lentement dans la rue Damiette. C’est mon chemin, le suivre ou pas ? Je n’hésite guère, il est temps, me dis-je, que le monde assiste à ma promenade quasi kantienne, me voit aller d’un bon pas avec le visage flouté vers mon breuvage journalier.

    Je marche donc derrière cette voiture qui n’étonne personne. Le brocanteur toujours en chorte commente son passage : « Tiens, voilà Big Brother », tandis qu’un peu plus loin des touristes attablés en terrasse au Tavola Calda Bistrot font coucou avec la main aux caméras. Eux aussi seront sur mon film.

    Au bout de la rue, place du Lieutenant-Aubert, la voiture hésite sur la direction à prendre. Je la rattrape. Au volant est un jeune homme à casquette qui écoute de la musique à fond. Sur le siège du passager, un ordinateur travaille. Mappy finit par tourner à gauche, rue du Père-Adam. De mon côté, c’est tout droit, puis à droite, rue Eau-de-Robec.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Ce mardi est partiellement dévolu aux nécessités.

    Le matin, je pousse la porte du syndic de copropriété afin de demander l’enlèvement des graffitis qui salissent les murs de ma demeure : des dessins de petit bonhomme dans un premier temps, dus à l’un des branlotins qui fréquentent l’appartement du dernier étage de l’autre côté de la ruelle, l’un des invités de la fille de la propriétaire (quand cette dernière n’est pas là, la souris danse), auxquels s’ajoutent dans un deuxième temps, des gribouillis disgracieux, dus à je ne sais qui, encouragé par les premiers. « On va faire le nécessaire » me dit la jeune femme de l’accueil.

    L’après-midi, je pousse la porte du petit salon de coiffure déjà fréquenté ponctuellement quand celle qui me coupait les cheveux était à New York. Désormais, il va me falloir en devenir un client régulier. L’endroit ne porte pas un nom ridicule du genre Diminu’Tif. Il se nomme Figaro. J’en ressors un peu rafraîchi et avec une carte de fidélité.

    *

    Parmi les mails du jour, l’un d’une troupe de théâtre qui me vante ses « spectacles clownesques, familiaux et éthiques ». Trois adjectifs comme autant de raisons pour moi de fuir.

    *

    Osez le féminisme veut des femmes enterrées au Panthéon. Plein de monde pour applaudir ou du moins pour trouver que oui quand même il faudrait un peu rééquilibrer entre femmes et hommes chez les illustres.

    Personnellement, j’ai un autre point de vue : tout le monde dehors. Osons vider le Panthéon.

    *

    Je ne suis pas loin de créer une pétition pour que Victor Hugo retrouve Léopoldine au cimetière de Villequier.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Rêvé d’école cette nuit, d’un inspecteur qui voulait me faire croire que j’avais encore une année à faire avant la retraite. Quel soulagement au réveil et des pensées pour celles et ceux qui ne pourront y échapper.

    Pire que la rentrée, il y avait pour moi la journée de pré-rentrée, cette réunion avec les collègues (comme on dit) où je devais faire bonne figure, ne pas montrer à quel point je me faisais chier (pour être vulgaire).

    Cette pré-rentrée est l’une des conséquences fâcheuses des idées ayant eu cours dans les années Soixante-Dix, tout comme les conseils d’école avec le comité de parents et les réunions de rentrée parents/enseignants dans chaque classe, autres occasions de monumental ennui.

    Pendant quelques années, au tout début de ma carrière (comme disent certains), j’ai connu une école sans pré-rentrée, sans comités de parents, sans conseils d’école, sans réunions parents et enseignants. Tout allait aussi bien.

    *

    Rentrée politique également, consternante comme d’habitude. Quels malins, ces Communistes : dans les bagages du tribun Mélenchon quand il s’agit de faire plus de deux pour cent des voix aux élections nationales et dans les valises des Socialistes quand il s’agit d’avoir des élus aux élections locales. Et quel naïf, ce Mélenchon, de ne le découvrir que ce ouiquennede.

    *

    Message de l’un de mes fidèles lecteurs : le clochard rouennais figurant dans Le chanteur muet des rues, photographié à Paris en deux mille six par François-Marie Banier, ne boit ni champagne, ni mousseux, mais du cidre.

    *

    Ce que je vérifie en le croisant ce mardi matin rue de la Jeanne près de La Poste, une bouteille de cidre Beaupré (importé du Québec) à la main.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Des billets pris il y a un certain temps, quand il était envisageable de voir celle qui vit à Paris, ne me reste qu’un, celui du vingt-quatre. C’est sous le parapluie que je gagne la gare de Rouen, craignant la même drache dans la capitale. Le train est calme. Pendant tout le trajet, une fille met du vernis sur ses ongles. A l’arrivée, elle en tient une couche.

    Point de pluie à Paris, je peux parcourir tranquillement les allées du vide grenier installé boulevard de Reuilly, sans plus y trouver de quoi me plaire qu’en Haute-Normandie. Je prends un café au comptoir de Chez Félix tandis que tombent quelques gouttes, mais rien de grave. Je redescends dans le métro. Dans le couloir de Daumesnil, un joueur d’harmonica s’en prend à son public : « Welcome to Brooklyn, stupides bouseux ». Le Book-Off de la Bastille n’est pas loin. J’y arrive quand remonte le rideau métallique et en repars avec un sac de livres.

    A pied et au sec, je rejoins Châtelet et déjeune en solitaire et à volonté chez China rue de la Verrerie, côtoyant deux couples de cinquante ans que je soupçonne d’être instits de province en raison de leur habillement. Les deux femmes sont les reines de la superposition. L’une porte une banane en plastique rouge autour de la taille et est arrivée avec son sac à dos sur le ventre (le quartier n’est pas sûr). Je ne peux vérifier mon hypothèse car elles et eux n’ont rien à se dire, évoquant de temps en temps ce qu’ils mangent puis retombant dans le silence. Leurs regards se fuient. C’est une jeune et mince Chinoise qui, ce midi, tient le restaurant, tout en mangeant elle-même. Elle n’est pas la dernière à aller se resservir. Neuf euros de nourriture et trois euros quatre-vingts de vin blanc, l’addition est légère. Sorti de là, je vais chez Gibert, le bleu, dont les prix sont encore plus bas que ceux du jaune. Sur ce boulevard Saint-Michel, je croise un ventripotent porteur d’un ticheurte « Région Haute-Normandie ».

    Un bus Vingt-Sept me dépose au bout de la rue du Quatre-Septembre, par où je rejoins le second Book-Off. Mes samedis d’août se ressemblent et me voient quitter Paris chargé de livres par le train précédent celui pour lequel j’ai un billet mais qui ne circule pas. Le voyage du retour est toujours plus lent et plus agité que celui de l’aller. Là, ce sont des sans billets qui jouent à cache-cache avec le contrôleur. Celui-ci est seul. Le train est à étage. Ces resquilleurs galopeurs sont de deux types : loulous de cités à casquette New York et néo babas de retour de vacances (l’un porte un haut-de-forme et trimballe sa tente mal repliée). Les deux groupes sympathisent et s’aident mutuellement. Il n’empêche qu’au moment du contrôle, ce sont les mecs de banlieue qui se font gauler. Sur le vêtement de l’un d’eux : « Seul Dieu peut me juger ».

    Arrivé à Rouen, je retrouve la pluie.

    *

    A Saint-Lazare, un jeune mendiant aux personnes qui attendent que s’affiche la voie du train : « Bonjour, s’il vous plaît, petite pièce ».

    Nul ne lui donne. Une fille, après avoir refusé, lui montre une pièce de dix centimes qui traîne par terre. Il va la ramasser.

    *

    Quelques livres à mon goût rapportés de Paris : Minuit de Dan Franck (Grasset), évocation du comportement des écrivains, artistes et intellectuels français pendant la Deuxième Guerre Mondiale, Paradoxia de Lydia Lunch (La Musardine), récit autobiographique de cette musicienne, performeuse, actrice, poète et photographe, « figure emblématique » de l’underground new-yorkais des années soixante-dix, et Le chanteur muet des rues, texte Erri De Luca, photographies François-Marie Banier (Gallimard), où l’on croise en images des difformes, des laid(e)s et des décati(e)s d’un peu partout.

    Parmi ces photographié(e)s, un clochard de Rouen, celui à la bouteille de champagne (ou de mousseux, je ne suis jamais allé y voir de près) qui, j’imagine, ignore qu’il figure dans un livre de chez Gallimard.

    Mon exemplaire a été dédicacé par François-Marie Banier à Isabelle Bourgeois en deux mille six. C’était avant l’affaire Bettencourt. Elle n’a pas souhaité le garder.

    *

    Autre livre (que je n’ai fait que feuilleter) dédicacé par son auteur, Siegfried Le Blanc : Mythologie grecque (Verstraete) « Pour Prune. En espérant que vous aurez plaisir à lire ce livre sur la mythologie grecque… Amicalement. Siegfried ».

    *

    Parfois on écrit et c’est pour des prunes.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Pour un auteur, il y a pire sort que de finir en pile d’invendus proposés à prix réduit chez Mona Lisait, c’est d’échouer dans la solderie de produits bas de gamme Noz entre un bac de soutiens-gorge sentant le plastique et un autre de couteaux coupant peu.

    Pour un amateur de livres, il y a intérêt à pénétrer dans cette peu attrayante solderie fréquentée par des pauvres qui emplissent leur panier d’un fatras finissant par faire une jolie somme à la caisse, on y déniche parfois un ouvrage introuvable ailleurs.

    C’est ce qui m’arrive encore une fois ce mercredi à Franqueville-Saint-Pierre où pour deux euros quatre-vingt-quinze Ils ont choisi Paris (Toutes les adresses des personnages historiques) de Daniel-Charles Luytens devient mien, ouvrage vendu à l’origine dix-neuf euros quatre-vingt-dix puis ayant été proposé par son éditeur Jourdan à neuf euros quatre-vingt-dix, « nouveau prix » indiqué en couverture par un stiqueur rouge circulaire. Ce prix divisé par deux n’a pas suffi pour faire de cet annuaire un succès d’édition.

    Toutes les personnes citées par Daniel-Charles Luytens sont mortes, pas question d’aller frapper à leur porte. On peut juste les saluer après avoir lu la plaque qui signale leur présence passée dans tel bâtiment, des célèbres, des connu(e)s et des oublié(e)s.

    Ressuscitons deux de ces retombé(e)s dans l’oubli au destin romanesque : Marie Aguétant dite la môme Crevette, prostituée assassinée, « on la trouva égorgée et son assassin disparut complètement. » (Cinquante-deux rue Caumartin dans le Neuvième) et Zamor, « ancien petit négrillon, page de la comtesse du Barry et gouverneur de son château de Louveciennes », mort « méprisé par tous pour avoir trahi sa maîtresse qui l’avait comblé de bienfaits . » (Treize rue Maître-Albert dans le Cinquième). Ce livre est un livre pour rêver.

    Il peut aussi être utile à qui veut pèleriner sur les traces d’un(e) admiré(e). Prenons en exemple Richard Wagner. La balade se fera en trois étapes.

    Trente et un rue du Pont-Neuf dans le Premier : « Ce fut le premier logis parisien de Richard Wagner qui, dès son arrivée, en septembre 1839, y descendit avec sa femme Minna. Il venait de Londres et était dans la misère la plus noire. C’était un hôtel meublé. On a toujours prétendu que Molière naquit dans cette maison. »

    Quatorze rue Jacob dans le Sixième : « Richard Wagner a vécu ici du 30 octobre 1841 au 7 avril 1842. Son logement se situait au fond de la cour. Ici, le compositeur acheva Rienzi et commença la composition du Vaisseau Fantôme. »

    Dix-neuf quai Voltaire dans le Septième : « C’est dans cet hôtel que pendant l’hiver de 1861-1863, Richard Wagner acheva son opéra Les Maîtres-chanteurs de Nuremberg. C’est le dernier séjour parisien du compositeur. »

    L’hiver de 1861-1863 ? J’irai vérifier.

    *

    D’autres livres publiés par Jourdan sont relégués chez Noz (des ouvrages sur les guerres franco-allemandes). Cet éditeur, dont je découvre l’existence, est belge. Son siège social est à Waterloo. C’était risqué.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • « Nous traversons un drôle d’été pour le cinéma… Jamais le public n’aura autant déserté les salles, laissant les films sur le bas côté de la route… » déclare en édito du numéro cent cinquante-cinq d’Omni News le trio dirigeant de l’Omnia qui m’avait pourtant habitué à un optimisme inoxydable. La situation doit être grave. À moins qu’il ne s’agisse d’une tardive tentative de découragement des autres candidats pour la « gestion en délégation de service public de cet établissement ». Dans ce cas, c’est raté. Après l’annulation en juin dernier de la précédente par le Tribunal Administratif de Rouen, le Melville, l’Ugécé et le responsable de « Tous les cinémas du monde » ont envie de bouter l’équipe actuelle (Nord Ouest Exploitations Cinémas) sur le bas-côté de l’écran.

    C’est ce mardi que se clôture l’appel à candidatures et justement j’y suis au cinéma Omnia, à vingt heures, pour voir en avant-première Jeune et jolie de François Ozon, titre reprenant celui d’une défunte revue pour filles. C’est l’histoire d’une adolescente décidant de mettre à profit ces deux qualités en les offrant moyennant finance à des messieurs argentés.

    J’achète mon billet senior à une caissière qui l’est aussi (jeune et jolie) et m’installe au milieu du dernier rang de la salle Deux. Au fil des minutes, elle se remplit à demi. Ce soir, on est loin du désert raconté sur le dépliant rose. A ma gauche s’installent trois filles qui ont l’âge de Marine Vacth, l’actrice jeune et jolie, prénommée Isabelle dans le film ou Léa quand elle se prostitue, corps longiligne et petits seins.

    L’histoire est en quatre saisons, illustrée par quatre chansons de Françoise Hardy (toujours agréable à entendre). Elle se déroule dans un climat familial un peu tordu avec, notamment, un jeune frère fort troublé par sa sœur.

    Après des vacances d’été qui sont l’occasion d’une première fois pas terrible avec un beau jeune homme allemand, la jeune et jolie fille passe brusquement à un automne de rencontres avec de vieux messieurs. Il débouchera sur un hiver problématique, l’un d’eux ayant succombé sous elle, (police, scandale, psychologue) puis sur un printemps incertain pendant lequel la demoiselle essaiera une nouvelle fois un garçon de son âge dont elle sera déçue avant de rencontrer la veuve du trépassé jouée par Charlotte Rampling que je n’avais pas vue depuis plusieurs décennies (un choc pour moi qui l’ai connue jeune et jolie). La scène se passe dans la chambre d’hôtel où mourut le mari, une chambre dans laquelle Isabelle se réveille seule. On ne sait pas si elle redeviendra Léa.

    Cette incertitude finale et le mystère qui entoure auparavant les actes de la jeune et jolie, pas intéressée par l’argent qu’elle serre dans son armoire, ne prenant aucun plaisir, peut-être juste animée par le jeu, sont bien pour me plaire. Je sors donc de là assez content.

    *

    La plus proche des trois filles à ma gauche à chaque scène qui la choque : « Oh, putain ! ». C’est le cas de le dire (comme on dit).

    Partager via Gmail Yahoo!

  • La pluie nuit à Muids ce dimanche matin. Bien que debout à cinq heures trente, je dois renoncer au vide grenier. Lundi, levé un peu moins tôt, je ne peux davantage sortir. J’attends le menuisier. On a mis du temps avant d’être en relation via l’agence Cegimmo mais cette fois le rendez-vous est pris. Un peu avant dix heures, il sonne.

    Je lui montre la fenêtre de ma chambre qui a du mal à s’ouvrir et la porte de la salle de bains qui ne peut plus être fermée. Une seule cause pour ces deux problèmes, me dit-il, le bâtiment bouge, la faute à la porte cochère en dessous.

    -Je vais faire un peu de poussière, me prévient l’homme de l’art en sortant son rabot électrique.

    Les travaux terminés, je lui demande si ce n’est pas dangereux de vivre dans un appartement qui peu à peu s’affaisse.

    -Ça s’écroulera peut-être un jour, me dit-il, mais vous serez mort avant.

    *

    Le nouveau filon des apprentis commerçants : la cigarette électronique. Pas une semaine sans que n’ouvre une boutique à Rouen. Déjà trois pour la seule rue de la République. Dépôts de bilan dans quelques mois.

    *

    Lundi après-midi, au Son du Cor, un père en chorte et sac à dos accompagné de ses jeunes fils en pantalon, deux mini adultes qui promènent leur garçonnet de père.

    Partager via Gmail Yahoo!

  • Pas question d’une rencontre avec celle qui vit à Paris, ce troisième samedi d’août, je ne fais que pérégriner de bouquinerie en bouquinerie, en commençant par le Book-Off du faubourg Saint-Antoine où je vends à bas prix quelques livres qui n’intéressent pas à Rouen avant d’en acheter d’autres qui me valent de ressortir de la boutique le sac noir à la main.

    Rien ne ressemble plus à un sac poubelle qu’un sac Book-Off. Je suis toujours un peu gêné de me balader avec l’un d’eux à la main, encore plus aujourd’hui, depuis que je sais qu’un mien ami, en ayant posé devant lui (avec d’autres sacs) a vu venir à lui une dame compatissante qui le croyait sans logis (il est vrai qu’il était vautré sur la pelouse du jardin des Plantes et, circonstance aggravante, porte une barbe).

    Un menu vapeur plus loin, la Seine traversée, je porte à l’autre main un sac Joseph Gibert, ce qui me donne meilleure apparence. Un bus Vingt-Sept, conduit par un jeune homme énergique du claque-sonne, me ramène du côté de la gare Saint-Lazare. Je bois un diabolo menthe sur le trottoir d’un café nommé Le Pharaon. Son prix est effectivement pharaonique (quatre euros quatre-vingt-dix) mais l’endroit est propice pour voir sous les jupes de celles qui se font photographier sur le toit du Printemps, loin là-haut. Un peu plus tard, je m’installe comme les deux fois précédentes dans un train qui n’est pas celui pour lequel j’ai un billet (il n’existe pas).

    Ma tranquillité est vite troublée par l’arrivage d’une meute de colons rentrant de vacances. Je déménage, m’installe dans la voiture suivante. J’y vois bientôt passer la meute, poussée par les monitrices et les moniteurs. Tout ce monde est en transit vers ses places réservées que les contrôleurs ont signalées deux voitures plus loin. S’ensuit pour les jeunes filles et garçons mal organisés la nécessité de rapatrier les bagages, ce qui prend un certain temps. Le nom de leur association est inscrit sur leurs vêtements mais je suis discret.

    *

    Parmi les livres rapportés : L’Age du furieux de Pierre Lepère (Minos/La Différence), évocation des poètes exaltés de Jodelle à Hugo jeune, La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin auparavant femme et veuve de Molière, méchant réquisitoire anonyme du dix-septième contre Armande Béjart (Anatolia/Le Rocher) et Amours garçonnières (Pof), anthologie de poèmes de la Grèce antique ayant pour thème l’amour des jeunes garçons.

    *

    Ayant toujours des livres à revendre, je demande l’autre semaine au plus médiatisé des bouquinistes rouennais s’il serait intéressé par la correspondance de Françoise Dolto. Non, me dit-il, car de Dolto, il a déjà beaucoup de livres qui ne se vendent guère. Curieux raisonnement que je ne prends pas la peine de contester.

    *

    Comme s’il fallait avoir tout lu d’un auteur avant d’être en droit de lire sa correspondance. J’ai lu une partie de celle de Nietzsche sans avoir lu aucun de ses textes théoriques. J’étais peut-être en infraction.

    Partager via Gmail Yahoo!





    Suivre le flux RSS des articles
    Suivre le flux RSS des commentaires