• A l’avant-première de La Vie d’Adèle d’Abdellatif Kechiche à l’Omnia de Rouen

    Comment peut-on être élève de classe de Première et brusquement se retrouver institutrice dans une classe maternelle ? C’est l’une des questions que je me pose pendant les trois heures de La Vie d’Adèle, chapitres 1 & 2, le film d’Abdellatif Kechiche, palmé d’or à Cannes, dont c’est l’avant-première rouennaise ce lundi soir à l’Omnia. Où sont passées les six années d’études nécessaires pour aller de la situation première à la seconde ? L’histoire d’amour entre Adèle et Emma ne dure pas aussi longtemps que cela. On ne sait pas combien de temps elles sont ensemble ; pas plus d’une année, me semble-t-il. Impossible qu’elles se rencontrent quand Adèle est au lycée et que celle-ci soit devenue institutrice quand elles se séparent. Autre objet d’interrogation : une fille qui fait les Beaux-Arts (comme on dit) devient donc artiste et expose illico dans la galerie la plus renommée de la ville (Lille), jamais vu ça ailleurs qu’avec Emma, au cinéma.

    Cela dit, La Vie d’Adèle est un film remarquable dans lequel joue excellemment Adèle Exarchopoulos, aussi crédible en institutrice qu’en lycéenne, parfaite dans son rôle de fille terre-à-terre issue du milieu populaire et se heurtant au monde des nantis d’où est issue Emma, la fille aux cheveux bleus. L’écriture cinématographique maîtrisée de Kechiche (le roi du plan rapproché) traite parfaitement le sujet : l’amour, comment il naît, comment il vit (avec de très belles séquences sexuelles), comment il meurt.

    Je sors de là n’ayant pas trouvé le temps long. Il est vingt-trois heures lorsque j’arrive dans ma ruelle. Un des voisins fume nerveusement devant la porte cochère. Il a oublié ses clés.

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    D’aucuns se demandent s’il faut aller voir ce film parce que Léa Seydoux qui joue Emma s’est plainte de son réalisateur, un vrai bourreau. Comme si les artistes ou les écrivains intéressants pouvaient être autres qu’excessifs, dérangés, vicieux, manipulateurs, pervers. C’est ce qui fait leur talent.

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    Sale nouvelle ce lundi : la fermeture pour faillite des librairies Mona Lisait. J’irai ce mercredi constater l’étendue du désastre.

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