• A l’Omnia pour Tomi Ungerer : l’esprit frappeur, et un Noël avant l’heure

    Samedi après-midi, celle qui me retrouve ce ouiquennede arrive les bras chargés de victuailles afin que nous fassions réveillon de Noël le vingt-deux décembre. Le vingt-quatre pour elle, c’est la famille et pour moi, ouf, rien.

    Auparavant, je l’invite au cinéma Omnia où l’on donne Tomi Ungerer: l'esprit frappeur, film documentaire américain signé Brad Bernstein. D’Ungerer, elle connaît les livres pour enfants qu’elle a eus entre les mains, à cet âge, mais guère le bonhomme et ses autres activités. J’en ai une bonne connaissance grâce à ma visite du Musée à sa gloire de Strasbourg et à quelques émissions de radio sur France Cul.

    En même temps qu'arrive en France ce documentaire est projeté Jean de la Lune, dessin animé tiré d’un de ses livres, réalisé par Stephan Schesch. Nous assistons à la sortie des jeunes enfants accompagnés de parents ou grands-parents, pas plus d’une douzaine de spectateurs.

    Nous avons du mal à trouver deux sièges à notre convenance qui ne soient pas déglingués dans la salle quatre. Une femme seule s’assoit quelques rangées derrière nous. Nous ne sommes donc que trois. Après de pauvres publicités et les bandes annonces qui dissuadent d’aller voir les autres films au programme, nous voici pour une heure et demie en compagnie d’un sacré personnage à la vie aventureuse et aventurière. Tomi, âgé aujourd’hui de quatre-vingt-un ans est en pleine forme, une cigarette roulée au bec, ce qui réjouit celle assise à ma droite.

    Brad Bernstein a réussi un documentaire punchy richement illustré. On y suit les rebondissements de la vie de Tomi racontée par lui-même (entre crise d’angoisse et torture de Barbie) et par quelques témoins dont Maurice Sendak : la mort de son père quand il avait trois ans, l’annexion nazie de l’Alsace, la « libération » pendant laquelle il assiste à l’autodafé des livres de Goethe et Schiller, sa décision de quitter la France pour New York avec soixante dollars en poche, sa réussite là-bas comme dessinateur de presse puis auteur de livres pour enfants, sa participation par des dessins radicaux aux mouvements politiques des années soixante (contre la ségrégation raciale, contre la guerre du Viêt-Nam, pour la libération sexuelle), sa vie avec la fille qui lui proposa d’être son esclave, le scandale quand on découvrit que l’auteur des livres pour enfants et du Fornicon ne faisait qu’un (« un pervers à la maternelle »), son départ avec sa compagne pour un village sans foi ni loi sur une île perdue de Nouvelle-Ecosse au Canada et finalement l’arrivée en Irlande quand naissent leurs deux filles, là où il vit toujours.

    Cela nous donne bien à penser, surtout à celle qui m’accompagne et qui a l’âge où Ungerer partit pour New York. On parle de tout ça, rentrés à la maison, buvant un excellent pineau des Charentes, premier plaisir de notre réveillon privé.

    *

    Quelques formules de l’oncle Tomi :

    Sans désespoir, pas d'humour.

    Les enfants doivent être traumatisés, ça leur donne une identité.

    Je préfère un grand virage à une courbe sinueuse.

    Prévoyez l’imprévu.

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