• A la Librairie Colbert de Mont-Saint-Aignan (où je ne mettrai plus jamais les pieds)

    Toujours des livres qui m’encombrent, je songe ce lundi à en proposer à la Librairie Colbert de Mont-Saint-Aignan où je me souviens avoir accompagné il y a longtemps quelqu’une qui m’est proche lorsqu’elle en avait quelques-uns à vendre.

    Je téléphone donc afin de savoir si cette librairie, devenue Chapitre pendant plusieurs années et ayant repris son autonomie après la faillite de la chaîne, achète encore les livres d’occasion.

    Une machine me répond, me proposant de taper un taper deux taper trois taper quatre. Je tape un et subis longuement une boucle musicale publicitaire. Enfin une voix humaine se fait entendre. C’est celle du jeune homme des livres de poche. Oui, me dit-il, on les reprend à environ un quart du prix neuf. C’est lui qui s’en occupe et il n’est là qu’un jour sur deux.

    Ce vendredi matin, je prends donc la route qui monte vers cette banlieue où la ville de Rouen relègue une grande partie de ses étudiant(e)s. Chargé d’un lourd sac, j’entre chez Colbert qui fait aussi papeterie et marchand de journaux et où est diffusé la musique d’ambiance que l’on trouve dans les lieux qui en manquent. Celui qui semble être le patron est à la caisse. Il m’indique le jeune homme des livres de poche, là-bas, au fond.

    J’explique à celui-ci que je suis celui qui a appelé en début de semaine et déballe mon sac sur son petit bureau. Il examine les livres et en refuse quelques-uns pour cause d’absence de code barre puis prend un bloc sur lequel il s’apprête à inscrire les titres et les auteurs de ceux qu’il accepte.

    -Je vous donnerai le double et vous reviendrez avec, mais ce n’est pas la peine de revenir avant un an. On vous paiera ce qui aura été vendu.

    Je découvre ainsi que désormais cette maison pratique le dépôt-vente. Cet employé de librairie de m’en avait pas prévenu. Je le lui reproche. Il m’affirme qu’il l’a fait.

    -Ce n’est pas vrai, lui réponds-je, si vous l’aviez fait, je ne serais pas ici, je n’aurais pas donné suite.

    Tandis que je remets mes livres dans le sac, il continue avec une sidérante mauvaise foi à affirmer qu’il me l’a dit.

    -Non seulement vous m’avez fait perdre mon temps mais en plus vous mentez, lui dis-je passablement énervé.

    -Il a dû y avoir un malentendu, me dit-il quand je lui tourne le dos.

    Je lui crie qu’il n’y a eu aucun malentendu, qu’il n’est qu’un menteur, et file vers la sortie. Les deux ou trois clients présents me regardent, interloqués. Lorsque je passe à sa hauteur, le patron, qui fait semblant de n’avoir rien entendu, me sourit commercialement et me dit au revoir.

    -Au revoir ? Jamais plus je ne mettrai les pieds ici.

    *

    Le dépôt-vente, l’une des activités commerciales les plus vicieuses. Elle consiste à vendre ce qui ne vous appartient pas.

    *

    Si un jour la Librairie Colbert met la clé sous la porte, je reprendrai deux fois des moules.

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