• A la soirée de présentation de la saison Quatorze/Quinze de l’Opéra de Rouen

    C’est dans la loge Sept, en compagnie de quatre femmes de cinquante ans excessivement bavardes, que j’ai place ce samedi pour la soirée de présentation de la saison Quatorze/Quinze de l’Opéra de Rouen. A ma droite, dans la loge Cinq, se tient le jeune homme chargé de la technique, murmurant dans un micro. La scène est dans la pénombre.

    Le noir se fait dans la salle. Les musicien(ne)s s’installent derrière leurs pupitres suivi(e)s d’une jeune cheffe. Entrent en piste deux hommes sur lesquels tombe la lumière : Frédéric Roels, Directeur de la Maison, et Nicolas Mayer-Rossignol, Chef de la Région. Ce dernier y va de sa chanson, laquelle à l’avantage d’être courte mais n’échappe pas à la langue de béton :

    -Chaque représentation de l’Opéra de Rouen tutoie l’excellence, ose-t-il.

    Ils sortent et l’Orchestre se fait entendre avec un premier extrait du programme de l’année prochaine tiré des Contes d’Hoffmann d’Offenbach. Il ne m’étonne pas d’entendre que mes quatre voisines adorent Offenbach.

    Frédéric Roels revient et annonce le thème de sa programmation : Contes et légendes. Voilà qui est original et permettra le spectacle en famille, me dis-je in petto. « De tout temps, les hommes se sont raconté des histoires. » poursuit-il, formule à double sens dont il entend le premier et moi le second. Dans un rond de lumière apparaît un homme à cheveux longs grisonnants et à liquette rouge, celui que je redoutais : le conteur. Il nous narre une histoire édifiante puis va rejoindre le maître des lieux et tous deux longuement épluchent les spectacles de l’année prochaine où ne figure rien d’exceptionnel, la seule nouveauté étant l’arrivée du jazz.

    C’est plus qu’ennuyeux. Comme dans le train de mercredi, j’ai l’impression d’un interminable voyage dans un tunnel. Les intermèdes musicaux ne raniment pas mon intérêt. Ils sont tous lents. C’est une soirée à deux de tension. Le pire moment est celui où Frédéric Roels échange son rôle avec le conteur et nous dit en détail l’un des Contes de la lune vague après la pluie d’après Mizoguchi dont Xavier Dayer fera opéra.

    Une fois la danse expédiée avec des extraits filmés, je n’ai qu’un envie : déloger et me jeter sur une coupe de champagne. L’une de mes connaissances me dit s’être ennuyé pareillement mais une femme, au contraire, nous déclare que c’est la meilleure soirée de présentation de sa vie et que la pire fut celle avec Azoulaille (Hélios serait ravi d’entendre ça).

    C’est ensuite la folie habituelle de la lutte pour le petit four. Une dame dont la tête m’arrive à la poitrine me dit qu’elle veut sortir de là. « Vous avez raison, lui dis-je, ce sont les petits qui vont mourir les premiers. »

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