• A la vente de livres d’occasion rouennaise de Terre des Hommes (deuxième)

    Ce samedi matin, par la fenêtre, j’aperçois un jouet d’enfant fille sur le pavé mouillé de la venelle, meuble à bijoux rose aux tiroirs ouverts, colliers et diadèmes de princesse répandus. Lorsque je sors, un voisin artisan est en train de le ramasser, se plaignant que les gens salissent tout. Je ne sais ce qu’il va en faire.

    Affrontant la pluie, je porte à la main un lourd sac de livres à donner aux organisatrices de la vente de livres d’occasion de Terre des Hommes. Cela fait, je m’offre un nouveau tour des vingt mille livres. La concurrence sérieuse n’est représentée que par le bouquiniste proche de la Cathédrale. Une jeune femme m’aborde qui se dit journaliste à Paris Normandie. Elle veut savoir ce que je cherche.

    -Je suis comme Picasso, lui dis-je, je ne cherche pas je trouve.

    Elle en reste baba et se rabat sur une dame prénommée Colette qui cherche des livres de mystère, des trucs d’Atlantide, et des romans de Michel de Grèce. Ces goûts sont assurément adaptés au lectorat du journal. La dite journaliste suit Colette de table en table, l’invitant à confesser ses habitudes de lecture. Combien de fois par semaine ? Et dans quelles positions ?

    Arrive un photographe à bonnet et barbe travaillant pour le même journal ou l’un de la presse gratuite. Il me demande s’il peut me photographier. Je lui cite la phrase fétiche de Bartleby.

    *

    D’Alfred Döblin : « C’est seulement dans les États libéraux modernes, ceux qui se sont voués au commerce, à la banque et à l’industrie, au capital et à l’armée, que pouvait s’implanter cette parole de mépris : « L’art est libre », c’est-à-dire complètement inoffensif, ces messieurs-dames peuvent bien écrire ce qu’ils veulent ; nous relions cela en cuir, y jetons un œil ou l’accrochons au mur, nous fumons là-dessous nos cigarettes […].

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