• A Paris, le temps d’un chaud mercredi (Deux)

    Ce mercredi est trop chaud pour que j’arpente longtemps le trottoir, c’est en métro que je rejoins Saint-Michel pour découvrir ce que j’oublie d’une année sur l’autre. A chaque rentrée scolaire, les livres soldés chez les Gibert sont remplacés par des fournitures scolaires. « Même nous, ça nous ennuie », me dit l’un des libraires. J’ai donc tôt fait de prendre le bus Vingt-Sept qui mène chez le Book Off de l’Opéra où la pêche n’est pas très bonne.

    Je prends un café au comptoir du Bistrot d’Edmond puis vais chercher l’ombre au square le plus proche, le seul banc libre étant malheureusement à proximité de l’enclos où des moutards blancs s’ébrouent dans le sable poussiéreux sous la garde de jeunes femmes noires.

    C’est de là que va venir l’inattendu. Deux enfants se querellant, leurs nourrices s’en mêlent et se jettent l’une sur l’autre, s’empoignant pour régler le différend. Tous les moutards se mettent à hurler. D’autres nourrices ceinturent les combattantes et parviennent à les séparer. Pour un temps seulement, car deux minutes plus tard elles se castagnent à nouveau. Une femme crie qu’elle va appeler la Police. On demande des hommes à la rescousse. Je laisse un jeune père aller au contact. Les bagarreuses sont à nouveau séparées, continuant cependant à s’invectiver de loin.

    Une jeune femme noire vient rechausser une fillette blonde sur le banc prés de moi. « C’est n’importe quoi, me dit-elle. Heureusement Louise n’a rien vu, je l’ai prise dans mes bras et me suis tournée de l’autre côté ».

    Avant de rejoindre la gare, je fais un crochet par Chez Léon où je bois un diabolo menthe. C’est l’heure de l’apéritif mais sur les tables point de bonnes frites comme c’était le cas autrefois, m’a appris l’une de mes lectrices, juste des cacahuètes. La vieille dame qui les faisaient est toujours là, mais bien fatiguée.

    Le train de dix-neuf heures trente me ramène à Rouen où je viens en aide aux occupants d’une luxueuse voiture qui ne parviennent pas à trouver l’Hôtel Mercure en leur indiquant par quel labyrinthe l’atteindre. Ils y parviennent en même temps que moi. « Plus de place au parquigne » me dit la conductrice épuisée. Je lui souhaite bon courage.

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    Depuis plusieurs semaines, un piano est à disposition du monde qui passe à Saint-Lazare. Il a beaucoup de succès auprès des marginaux du coin. Un autre est dans la gare de Rouen. Jamais je n’y vois de musicien d’occasion.

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    Jeudi matin, j’aperçois deux gars de la ville qui manient le pinceau sur l’un des murs de la venelle où j’habite. C’est la brigade anti-graffitis. J’en chope l’un des membres et lui explique que la priorité, c’est d’enlever les gribouillages sur mon mur. « J’ai le produit chimique qu’il faut dans le camion, me dit-il, je m’en occupe. » Voilà qui est fait.

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    « Danger, chutes de pierres », plus moyen de prendre la Cathédrale de Rouen par le transept pour aller à la bouquinerie Thé Majuscule.

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