• À Paris, un lundi de lacrymogènes, entre librairies et Pompidou

    Le train se traîne qui me mène à Paris ce lundi et ce n’est pas pour me déplaire, j’ai tout mon temps (comme on dit). J’y lis Festivus festivus, les entretiens de Philippe Muray avec sa courtisane Elisabeth Lévy, dans l’édition Champs Flammarion. Arrivé à Saint-Lazare, je rejoins le quartier de l’Opéra à pied et continue cette lecture captivante et énervante dans ce café que j’aime bien, au bout du passage Choiseul, et dont je note enfin le nom : La Clef des Champs, rue des Petits-Champs.

    A l’ouverture de Book-Off , je me débarrasse pour un euro dix de trois livres invendables ailleurs puis fouille un peu dans les rayonnages. Cela fait, d’un coup de métro, je vais à Bastille, où après être passé chez l’autre Book-Off, je déjeune au Rallye, le Péhemmu chinois, d’un confis de canard, pommes sautées, salade, côtes-du-rhône, en considérant le manège des deux habituées qui interrompent régulièrement leur repas pour aller perdre leur argent à un jeu télévisé de tirage permanent.

    A pied, je rejoins Châtelet Les Halles. Je bois un café chez Mac Do, assis entre un couple de quinquagénaires québécois s’inquiétant des deux bouteilles de champagne à faire passer à la frontière (je ne les fais pas profiter de mes récentes connaissances en matière d’injures du pays) et deux beurettes (comme on disait autrefois) parlant de leur vie sentimentale. L’une : « Il a changé certes mais ça reste Kevin, il m’a dit de toutes façons ça n’arrivera pas mais si ça arrive tu le sauras » (elle parle de lui couchant avec une autre). L’autre : « C’est normal que tu lui en demandes toujours plus, s’il t’en donne toujours moins. »

    Sorti de là, je vais chez Pompidou et m’attarde au niveau Cinq consacré à l’Art Moderne. Une salle y est temporairement consacrée aux dernières œuvres de Bonnard et Matisse dont j’ai lu il y a quelques mois la mutuelle correspondance que m’a offerte celle qui travaille dans cette ville où je baguenaude. Tous deux résidaient sur la Côte d’Azur à cette époque de fin de vie, pendant la Deuxième Guerre Mondiale dont ils ne se souciaient pas (Bonnard ne s’insurgeant que contre les bombardements anglais ayant touché Nice). Une vieille prof d’arts plastiques à la tignasse grise parcourt les lieux au pas de charge en hurlant des commentaires sans intérêt, « Là, c’est César, un artiste qui utilisait des objets de récupération », traînant derrière elle son troupeau de branlotin(e)s, « Allez, dépêchez-vous, on n’a plus qu’un quart heure pour visiter cet étage ». Comment font-ils pour la supporter ?

    Je passe la Seine, furète au Quartier Latin où je constate que Boulinier a ouvert une succursale dans les locaux d’un défunt concurrent. De temps à autre passe une voiture claque-sonnante chargée d’amateurs de foute agitant des drapeaux. Il semble que l’équipe du Qatar (en résidence à Paris) soit championne de France.

    C’est le bus Vingt-Sept qui me ramène vers Saint-Lazare. Je prends un café Chez Léon où la clientèle du soir est totalement pittoresque, celle d’un bistrot de campagne mélangée à de la jeunesse étudiante. L’une des patronnes revient de courses et raconte que c’est l’émeute du côté du Trocadéro. On s’y bat entre fanatiques du pousse-ballon et Céhéresses.

    *

    J’étais client du Magasin de la Vierge de Rouen jusqu’à ce qu’il s’exile au Centre Commercial des Docks. Ce lundi, cette grosse boutique et tous les autres Magasins de la Vierge en cessation de paiement soldent à cinquante pour cent et sont pris d’assaut. Le dépeçage est bien raconté sur le blog Les Rétro-Galeries de Mr Gutsy sous le titre Dignité au rabais, ou le délicieux cadavre du Virgin Megastore : «Le temps d'une matinée, oubliant Amazon, oubliant la crise, ils étaient là en chair et en os, en masse, les rats, les nécrophiles, dansant joyeusement sur les cadavres de milliers de salariés, amassant leur butin.»

    *

    Un qui aimerait être tête de liste aux prochaines municipales de Rouen : c’est Bruno Devaux et comme personne n’y pense à sa place, il se choisit lui-même, ayant (dit-il) toutes les qualités. Evidemment, ses petits camarades sarkozistes de droite et du centre ne le choisiront pas et il va encore faire la tête, Devaux.

    *

    Une qui ne fera pas la tête, c’est la Sénatrice Morin-Desailly. Le Douillet, ayant eu peur de se faire mal, renonce à tenter la Mairie de Rouen..

    Partager via Gmail Yahoo!