• A Paris, un vendredi où peu semblent travailler

    Peu de monde à la gare de Rouen ce vendredi d’entre deux fêtes pour prendre le train de Paris à sept heures vingt-six. Comme en plus il est à étage, nul ne risque d’y être debout ou assis par terre. Nous ne sommes qu’une dizaine en bas dans la voiture où je m’installe et c’est un train qui arrive à l’heure.

    Je n’ai pas grand-chose à faire dans la capitale, je suis simplement content de ne pas être à Rouen dont les rues l’après-midi sont envahis par tout ce monde qui ne travaille pas et qui baguenaude sans autre issue qu’acheter en magasin et boire en café (et dans ce dernier cas envahir mon habituel espace vital).

    Dans l’après-midi je suis de retour à Saint-Lazare. Un train non express me ramène à Rouen dont les rues piétonnières sont toujours embouteillées par les familles errantes.

    Le soir venu, je lis sur le site du Monde Diplomatique un article de Benoît Duteurtre intitulé Splendeur et décadence du hall de gare, gérer les pas perdus dans lequel il évoque cette nouvelle Saint-Lazare inaugurée le douze mars dernier :

    « Nous avons ouvert nos yeux brillants ; et nous avons découvert ce que chacun a vu, depuis, sous les applaudissements de la presse unanime : un centre commercial d’une parfaite banalité, comme il en pousse partout en France et dans le monde, avec ses escaliers mécaniques, ses transparences et ses boutiques. Solaris, Esprit, Starbucks Coffee, Swatch et leurs cousins occupent désormais tout le volume du bâtiment, des galeries de métro jusqu’au départ des trains. Leurs sigles renvoient à cette poignée d’enseignes planétaires qui réduisent tout déplacement à un morne alignement de logos. Les escalators sont implantés de telle façon qu’il est impossible d’accéder à la place du Havre sans passer par les galeries marchandes. L’ancienne sortie rapide a été condamnée. Le plus étonnant réside toutefois dans l’enthousiasme des commentaires, « de droite » comme « de gauche », qui ont salué comme une grande avancée cette métamorphose d’une gare en hypermarché, invitant les banlieusards à transformer leur temps d’attente en temps d’achat. »

    Comme je suis d’accord avec ce propos, et combien je peste à chaque passage contre la laideur et la vulgarité de cet endroit où il est désormais pratiquement impossible de s’asseoir en attendant son train (on préfère évidemment que le voyageur et la voyageuse aillent de boutique en boutique).

    S’agissant des escalators obligatoires, leur petit nombre et leur étroitesse créent des bouchons et des énervements à chaque arrivée de train. Que se passerait-il en cas de panique consécutive à un accident, un incendie ou un attentat ? J’espère ne pas être là ce jour-là.

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    Panne de métro. Le conducteur fait évacuer la rame. Nous voici tous grimpant les escaliers vers la sortie. Un moutard interroge ses parents : « Ils vont changé les piles ? »

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    Opération de propagande à la Sarkozy pour Hollande avec sa visite prétendument impromptue au marché de Rungis où il arrive vêtu d’une tenue de professionnel brodée à son nom. « J'ai fait de l'année 2013 une grande bataille pour l'emploi » déclare-t-il au seul journaliste autorisé à l’accompagner.

    Non pas « Je ferai de l’année 2013 une grande bataille pour l'emploi », après tout on n’est encore qu’en deux mille douze, ni même un solennel « Je fais de l’année deux mille treize une grande bataille pour l'emploi. »

    « J’ai fait », autrement dit : le chômage c’est réglé.  « Ça, c’est fait » comme disent un tas de gens (formule énervante).

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    Le site d’information Grand Rouen pose la question de savoir quel est le Rouennais qui a marqué l’année deux mille douze. Faut voter via le réseau social Effe Bé. Réjouissante occasion de voir certains s’inscrire eux-mêmes, voter pour eux-mêmes, puis appeler leur réseau à voter pour eux.

    Ils n’ont aucune chance. Un branlotin, auteur de l’immortelle chanson rappée Un amour de jeunesse, est largement en tête. Tout son collège a voté pour lui.

    Je n’ai pas voté. L’aurais-je fait que mon choix se serait porté sur le conducteur du camion qui a détruit le pont Mathilde.

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