• Amara et Comont aux Terrasses du Jeudi rouennaises

    Ce jeudi onze juillet marque le vrai début de l’opération commerciale Les Terrasses du Jeudi (des bistrots paient en partie la présence d’un artiste et se remboursent sur la boisson), bien qu’une première soirée ait eu lieu le jeudi précédent sur le terrain vague derrière le Hangar Vingt-Trois, sans terrasses donc, mais avec les pompes à bière du Kalif et celles à cidre de Ponpon, soirée festive pour étudiant(e)s ayant eu leur licence et pour lycéen(ne)s qui auront toutes et tous leur bac le lendemain, au programme de la musique préhistorique (Lascaux et Dinosaur Jr).

    Ce soir, j’y suis, précisément place dite des Floralies, attiré par Amara pour la raison que le dépliant évoque à son propos Dominique A et Jean-Louis Murat.

    La terrasse des Floralies et celles avoisinantes sont complètement occupées. Des vieilles et des vieux squattent les places assises autour de la fontaine sans eau. Je reste debout face à la scène installée devant l’Espace du Palais où les appartements à louer se multiplient. Amara est un trio masculin et ça ressemble vraiment à du Jean-Louis Murat, même voix, même univers musical, mêmes thèmes oniriques. C’est donc suffisamment à mon goût pour que je reste, même si ça ne soulève pas mon enthousiasme. Le clochard à bouteille de champagne arrive suivi de bobos à vélos. Un photographe officiel grimaçant mâcheur de chouigne-gomme fait son cinéma autour des musiciens. La fin de la courte prestation est filmée par La Chaîne Normande, télé locale.

    Je me transporte vers le Son du Cor, empruntant mes rues rouennaises préférées, nommées des Fossés-Louis-le-Huitième et du Petit-Mouton, vierges de tout commerce, où l’on ne croise donc personne, zone à graffitis. Une scène basse est posée sur le terrain de boules, non pas tournée vers la terrasse mais côté rue piétonnière, ce dont on se plaignait à midi dans l’estaminet. Sa terrasse n’en est pas moins occupée à cent dix pour cent. Je trouve place debout sur le seuil d’une des maisons faisant face au piano électrique rouge derrière lequel bientôt s’assoit Comont (autrefois prénommé Dominique), depuis longtemps dans le circuit mais que je n’ai jamais vu ni ouï. Il a une bonne tête et chante folk et blues en anglais, dont l’Hallelujah de Leonard Cohen.

    Peu des présent(e)s écoutent le chanteur de ce piano bar d’extérieur, La plupart boivent et bavardent des coutumiers sujets futiles. Beaucoup l’applaudissent. Passent au milieu de la foule une aveugle à canne blanche et sur le faux ruisseau des petits bateaux en papier. Arrive le photographe officiel grimaçant mâcheur de chouigne-gomme. Une jeune chanteuse et un guitariste viennent en renfort. Je trouve qu’à un, c’était mieux qu’à trois.

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    A quoi reconnaît-on celles et ceux qui s’occupent de ces concerts ? A leur ticheurte noir où est écrit en vert et blanc « Terrasses du Jeudi ». Cette année, la typographie et le graphisme en sont particulièrement hideux.

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    Aye ! le temps passe, j’ai 62 ans et je me sens en France comme un bifteck cuit à moitié. Witold Gombrowicz dans une lettre à M. Cl. Jalard en mil neuf cent soixante-sept (quatrième de couverture de Ferdydurke chez Dix/Dix-Huit).

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