• Anniversaire palindrome au Kaboul et vide grenier Saint-Eloi à Rouen

    Tous les onze ans, il suffit d’inverser les deux chiffres de mon âge pour connaître le sien. C’est le cas en cette année deux mille treize, où l’on peut aussi multiplier les deux derniers chiffres de l’année par le premier (cela ne se reproduira pas). Je le lui apprends sur le banc du jardin après être allé la chercher à la gare de Rouen un bouquet de fleurs à la main.

    Je lui demande comment elle prend cette année supplémentaire qui lui interdit le tarif réduit dans les Musées et ailleurs. Bien, me dit-elle, et sans vraiment se rendre compte que c’est son anniversaire. Elle le fête néanmoins en m’invitant le soir venu au Kaboul, le restaurant afghan de la rue d’Amiens, où peu de temps après nous entre un couple de retraités australiens, comme nous amateurs de nourritures exotiques et de vins français. Nous y faisons un excellent repas, servis par un jeune homme discret et souriant.

    Au matin du huit mai, nous nous levons vaillamment avec l’envie de faire le tour du vide grenier rouennais du quartier Saint-Eloi mais au sortir de la douche, c’est la pluie, retour au lit. Vers neuf heures et demie, une éclaircie nous permet de sortir.

    Le mauvais temps a incité certain(e)s inscrit(e)s à ne pas déballer mais on peut quand même trouver de quoi attirer l’attention, ainsi un cédé réédité par Barclay des poèmes d’Aragon chantés par Ferré vendu par une mère et sa fille. Je demande le prix à cette dernière.

    -Cinquante centimes, me répond-elle.

    -Je le prends, lui dis-je.

    -Cinquante centimes pour un disque de Léo Ferré, reproche la mère à sa fille, c’est le prix de la moitié d’une baguette de pain.

    -Oui, mais le pain est cher, lui dis-je.

    Elle ne se rend pas à mon argument et dit à sa fille qu’elle aurait dû demander plus.

    -Il est mort Léo Ferré, il ne va pas s’en formaliser, répond-elle.

    -Je suis d’accord avec la demoiselle, dis-je.

    Celle-ci me confirme le prix :

    -Cinquante centimes mais si vous voulez vous pouvez me donner cinq euros en l’honneur de Léo Ferré.

    Lorsque nous rentrons, nous osons le déjeuner au jardin. Le ciel menaçant nous laisse en paix. En début d’après-midi, elle regagne Paris par un train qui mettra deux heures et demie, la faute à des travaux.

    *

    En fin d’après-midi, j’apprends que Jean-Jacques Hubert, dit Nino, dit Mister D'Jack, le Maire atypique de La Ferrière-sur-Risle (Eure), est mort ce mardi à soixante-sept ans d’une crise cardiaque. Nous ne l’entendrons plus animer le vide grenier d’Andé :

    « La foire à tout d’Andé

    Souvent imitée

    Jamais égalée. »

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