• Arno à Rouen au Cent Six

    Arno à Rouen, à ne pas manquer, me dis-je, peut-être est-ce la dernière fois pour lui ou pour moi. Un habitué du Cent Six me l’a précisé, « il y aura des places assises parce que le public d’Arno est âgé ».

    Je pars à sept heures moins le quart de chez moi, à pied et avec un parapluie. De la pluie (voire de la neige) est annoncée. Je ne suis pas le premier à l’arrivée. Une vingtaine de spectateurs de tous les âges me précèdent. D’autres sont vite derrière moi à qui j’apprends que l’ouverture des portes ce sera à vingt heures et pas avant. Ils pestent, c’est qu’il fait froid, toujours le vent sibérien.

    C’est complet, affiche-t-on avant d’ouvrir les portes. Nous entrons sans être palpés par les vigiles comme c’était le cas autrefois. Je trouve une place au milieu du troisième rang des gradins installés derrière la console technique et constate que quatre-vingts pour cent des arrivants choisissent la place assise quel que soit leur âge. Les places debout seront pour celles et ceux qui ne sont pas venus assez tôt.

    Un peu avant neuf heures, bien que ce ne fut indiqué nulle part, une première partie entre en scène, un trio nommé Amara ou Arama ou quelque chose comme ça, trois guitares dont l’une tenue par un chanteur pas loin de l’âge d’Arno. Il chante les grands espaces et comme on dit à côté de moi à l’issue : « C’est pas mal ».

    Vient le tour d’Arno et de ses quatre musiciens. C’est rock cette année, le son à fond. L’avantage, c’est qu’on n’entend pas son voisinage pendant les morceaux mais ce n’est pas à mon goût d’être submergé par la musique sans pouvoir souvent comprendre ce qui se chante. Les debout ne bougent pas, ils doivent en prendre encore plus dans les oreilles et dans les tripes.

    Je ne sais ce qu’Arno met dans son thé au lait mais cela a l’air très efficace, il ne s’assoit pas souvent sur sa chaise, raconte de façon confuse les mêmes histoires que les années précédentes ou des nouvelles qui y ressemblent, tournant en peu en rond dans son propos. Le seul moment où il me fait sourire, c’est quand, s’étonnant des manifestations anti mariage gay en France, il déclare : « Chez nous en Belgique, ça fait vingt ans que le boulanger a le droit de se marier avec le charcutier ».

    Il termine à fond avec quelques-uns de ses succès du passé dont le putain putain nous sommes quand même tous des Européens, un titre qui sonne de plus en plus ironiquement ou tristement au fur que le temps passe.

    Je rentre par le même quai bas, sous une petite pluie qui ne m’oblige pas à ouvrir mon parapluie. Il est onze heures quarante-cinq. Dans les rues traînent des types seuls qui ont l’air de préparer un mauvais coup.

    *

    Rue Quatre-Vingt-Neuf se demande ce jeudi pourquoi le menteur évadé fiscal Cahuzac a fait carrière politique à gauche alors que son parcours personnel aurait dû lui faire choisir la droite. Je ne trouve pas ça étonnant. Il a choisi l’endroit où il pourrait le mieux faire carrière. Ce n’est pas nouveau. Mitterrand aussi était de droite et a choisi la gauche pour faire carrière car à droite la place était prise par De Gaulle. Puis Chirac qui aurait pu être de gauche (ne vendait-il pas L’Humanité Dimanche sur les marchés), voyant la place prise par Mitterrand, dut être de droite.

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