• Au désherbage annuel des petites bibliothèques rouennaises

                Les petites bibliothèques rouennaises organisent leur désherbage annuel ce samedi sept juillet à l'Espace du Palais. «Attention: les bacs seront réalimentés tout au long de la journée par de nouveaux documents. Inutile donc d'être présent à l'ouverture pour bénéficier des documents les plus intéressants : l'offre sera diversifiée pendant toute la journée.», précisent-elles. Je suis donc sur place un peu avant dix heures comme tous ceux à qui on ne la fait pas.

                Cette année, cela ne se passe pas dans une case commerciale désaffectée mais en plein air, sous de petites tentes municipales. Les cartons de livres sont collés les uns aux autres, les tables disposées en angle droit. Tout ce qu’il faut pour entraîner la bousculade et l’énervement. J’évite de me faire broyer et je tire mon livre du carton chaque fois que je peux. Une dame demande si c’est gratuit. Bien sûr que non, c’est un euro le livre, deux euros pour les dictionnaires et les beaux livres. Une autre dame s’inquiète de savoir où sont les cédés. Ils n’arriveront que l’après-midi.

                Malgré les faiblesses de l’organisation, les bibliothécaires jouent à la marchande avec beaucoup de conviction. L’une d’elles vérifie que chacun de mes achats porte le cachet « Retiré de l’inventaire ». Une autre s’occupe du règlement et délivre un bordereau de la Trésorerie Générale. Elle me demande si je suis inscrit dans les bibliothèques de Rouen.

                -Oui, lui réponds-je, mais je ne les fréquente plus depuis la destruction de la Médiathèque.

                Elle évite tout commentaire et plonge le nez dans ses comptes.

                Deux heures et demie plus tard, voulant tester « l’offre diversifiée toute la journée », je suis de retour. Je cherche mon bonheur dans un carton accessible constatant que la drache récente n’a pas fait de bien à certains livres mal protégés par les petites tentes municipales, puis que je suis l’objet de regards réprobateurs. Je comprends alors que les acheteurs et acheteuses se sont constitués en une file d’attente. On n’est pourtant plus sous l’Occupation. Malgré certaines protestations, je revendique ma liberté d’aller où je veux. Une liberté dont je n’abuse pas, les livres proposés à cette heure ne sont pas des plus intéressants. Je quitte donc les lieux avant qu’arrive la prochaine averse, laissant mes concurrent(e)s à leur attente volontaire, près des calicots de la ville de Rouen illustrés de son emblème : le mouton.

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