• Au lycée de Val-de-Reuil, pour la vente de livres d’Amnesty International

    Samedi, en début d’après-midi, je prends la route, direction le lycée de Val-de-Reuil où le groupe Louviers/Val-de-Reuil d’Amnesty International organise son annuelle vente de livres. Arrivé une demi-heure en avance, je ne suis pas le premier. Se tiennent devant la porte coulissante, qui ne cesse de s’ouvrir et de se fermer automatiquement, quelques bouquinistes clandestins et un officiel. Avec une fausse sympathie, elle et eux discutent du métier en attendant impatiemment quatorze heures.

    Un quart d’heure avant le moment fatidique sort une femme avec des livres sous le bras qu’elle a eu le privilège de se procurer avant tout le monde.

    -Bonjour messieurs dames, nous dit elle avec un grand sourire.

    C’est Janick Léger-Lesœur. Son amabilité et son sourire sont pleins de politique. Personne ne lui répond car nul ne la connaît, hormis moi qui l’ai pratiquée (si je puis dire) quand je faisais l’instituteur à Védéherre et qu’elle faisait partie d’un des Réseaux d’Aides Spécialisées aux Elèves en Difficulté, ne se prenant déjà pas pour n’importe qui. Désormais Vice-Présidente du Conseil Général de l’Eure et Adjointe du Maire socialiste de Val-de-Reuil Marc-Antoine Jamet (par ailleurs Secrétaire Général du groupe de luxe Louis Vuitton Moët Hennessy), elle n’est pas obligée de me reconnaître.

    La proximité d’Amnesty International avec le Parti Socialiste est particulièrement visible à Val-de-Reuil. Certains sont adhérents des deux, dénonçant l’après-midi les expulsions de Roms qu’ils ont approuvé le matin, ou l’inverse.

    A l’heure prévue, on nous autorise à entrer. Je comprends vite qu’il n’y aura rien pour moi. Le seul livre qui me tente est L’Ordre de ténèbres, texte de Pierre Bourgeade, photos de Claude Alexandre, publié chez Denoël en quatre-vingt-huit, ouvrage consacré au milieu sadomasochiste. La photo de ligotage en couverture est attirante, mais celles de l’intérieur sont assez laides et vieillies. Le prix demandé, douze euros, achève de m’en détourner. Je me rabats sur les livres de poche qui sont vendus cinquante centimes pièce, en trouve quelques-uns à mettre dans mon sac.

    Bientôt, ce n’est plus quelques fanatiques qui occupent l’espace mais une foule de locaux de tous âges. On peine à se déplacer dans les allées. Je n’y vois guère non plus, l’éclairage dans ce lycée est chichement mesuré. Je paie mon dû et rentre à Rouen, subissant l’embouteillage devenu si habituel que nul ne semble désormais s’en plaindre.

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    Le nombre d’institutrices et d’instituteurs que je connais, les ayant côtoyés, à Louviers, Val-de-Reuil ou Rouen, devenus élus (socialistes, communistes ou écologistes), le plaisir qui est le leur de ne plus être enseignants du tout ou seulement à mi-temps, vivant maintenant, complètement ou à moitié, de leurs indemnités.

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    Dimanche, retour au vide grenier Augustins Molière balayé par un vent glacé. J’y trouve des ramettes de papier, des blocs à dessin pour celle dont j’attends le retour, et de jolis livres de poésie vendus par des institutrices et instituteurs au profit des écoles. Un tampon en première page montre qu’ils furent achetés par l’Inspection Départementale de Rouen Centre. De très bons auteurs, Follain Guillevic Sacré Hikmet, à l’état neuf, jamais ouverts.

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    -Excusez-moi, vous n’êtes pas Xavier Dégremont ?

    Encore un qui me prend pour un artiste.

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    Une liste socialiste, une liste écologiste, et pourquoi pas une liste Front de Gauche au municipales de Rouen ? C’est le rêve du tribun Mélenchon qui tenait congrès ce dimanche, m’apprend Libération.

    Il ne connaît pas les Communistes locaux, soucieux de ne pas mécontenter leurs camarades socialos, afin de rester bien au chaud.

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