• Au Théâtre du P’tit Ouest pour Toi, l'imbécile. Sors! (d’après Le Noir est une couleur, roman de Grisélidis Réal) par la Compagnie des PasPerdus

                Si je sors de chez moi dimanche après-midi, ce n’est pas pour aller voter mais pour me rendre au Théâtre du P’tit Ouest, rue de Buffon. Pas loin du Rectorat, trois prostituées assises sont comme une publicité vivante pour Toi, l'imbécile. Sors! pièce de la Compagnie des PasPerdus d’après Le Noir est une couleur, le roman récit de Grisélidis Réal.

                Je crois n’être venu qu’une fois au Théâtre du P’tit Ouest, pour un concert de Lola Lafon, et je ne connais point la Compagnie des PasPerdus. C’est l’auteure du texte qui me mène dans cet immeuble d’habitation qui cache au rez-de-chaussée une petite salle de spectacle. Je retire ma place. On donne ce qu’on veut, minimum deux euros.

                Le Noir est une couleur raconte les années soixante de Grisélidis Réal, citoyenne suisse en exil avec ses enfants dans une Allemagne hostile, trouvant son réconfort auprès de ses amis tziganes et de ses amants noirs dont l’un la mènera à la prostitution et un autre à la prison pour trafic de drogue.

                Je copicolle la déclaration d’intention de la Compagnie des PasPerdus :

                « Grisélidis Réal, parce que ses œuvres nous ont enthousiasmés et que son positionnement interroge, donne du sens, promet des questionnements et reste subversif et nous aimons ça.

                Depuis quand les prostituées, ces femmes de l'ombre peuvent enfin témoigner de l'intérieur et ne pas subir les projections fantasmées, rêvées, moralisantes ou scandalisées de ceux qui vivent le jour et dissimulent leur désir. 

             L'instant proposé saisit Grisélidis Réal sommée de justifier de sa conduite auprès de l’Ordre (personnage inventé pour porter la parole à la scène).

              Que ressortira-t-il de l'interrogatoire fantastique de cette femme étonnante, écrivain, peintre, féministe, prostituée, mère de quatre enfants. 

                Elle ne nie rien de sa vie tumultueuse et hors des sentiers battus. Elle assume tout, tour à tour héroïne, révolutionnaire, amoureuse, paria, passionnée, fugitive, meurtrie, en colère, intellectuelle.

             Comment ne pas l'aimer, comment ne pas tomber à notre tour sous le charme de cette femme sauvage tellement intègre dans son cheminement, dans sa quête folle et libre à la rencontre d'elle même, et d'un peu plus d'humanité. »

                Je retrouve avec ce spectacle la Grisélidis Réal que je connais par sa correspondance ultérieure, d’après la prison, du retour en Suisse, avec Jean-Luc Hennig. C’est bien joué par une actrice dont j’ignore le nom et celui qui l’interroge du fond de la salle, dans une mise en scène de peu de moyens mais efficace.

                Après avoir bu un verre de vin offert au bar, je rentre par la rue Saint-Jacques, croisant d’autres prostituées au travail.

    *

                Ce point de vue qui se voudrait imparable comme quoi il faut aller voter parce que dans certains pays ce n’est pas permis, c’est comme s’il fallait aller à la messe au prétexte que dans d’autres endroits la religion est persécutée.

    *

                N’ayant pas voté à ce deuxième tour de l’élection législative, je n’en suis pas moins les résultats le soir venu, aussi content de la défaite de Royal et Lang que de celle de Guéant, Morano, Lefebvre, Alliot-Marie, etc.

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