• Au vide grenier parisien de la rue du Télégraphe

    Dimanche matin, je quitte les Amiraux tôt et grimpe en métro sur les hauteurs de Belleville jusqu’à la station Télégraphe. Là se tient le seul vide grenier parisien du jour, des deux côtés de la rue et sur un vague terrain de boules en contrebas d’un cimetière dont je découvre l’existence.

    Aucun livre ne m’attire suffisamment pour que j’en fasse l’achat. En revanche, je suis séduit par les cédés que vend un homme élégant au prix de deux euros l’unité. Je fais miens trois Johnny Cash: American Recordings, le double Lonesome In Black et le double Personal File, ainsi que le Border Live + Studio Live de Katerine, le volume deux de l’intégrale de Rezvani Vivre étonné et le Remué de Dominique A, le tout pour dix euros, prix d’ami. Le Dominique A (partiellement enregistré à New York) que j’ai déjà sera pour elle.

    J’entre dans le cimetière de Belleville et demande à l’employée aux arrosoirs s’il y a là quelque célébrité. Elle me cite le nom du fondateur des Petits Chanteurs à la Croix de Bois. Devant mon peu d’enthousiasme, elle propose de me fournir une liste. Celle-ci comprend onze noms de connu(e)s peu connu(e)s. Le seul qui retienne mon attention est celui du poète Fagus (Georges Faillet) que je me souviens avoir rencontré dans le Journal littéraire de Paul Léautaud. Malgré le plan, je ne trouve pas sa tombe.

    Revenu chez les vivant(e)s, encouragé par le soleil, je décide de descendre à pied la longue rue de Belleville. J’ai la Tour Eiffel en point de mire et m’arrête à mi-chemin près de la station de métro Jourdain pour boire un café à la terrasse de La Gitane en regardant vivre le quartier.

    J’entreprends la seconde moitié de la descente, arrive en territoire chinois et déjeune au Da Lat (canard laqué, riz blanc et vin de même couleur) puis rentre en métro aux Amiraux.

    Par le train de seize heure vingt, je quitte Paris pour Rouen où le soleil brille aussi, mais sur des rues quasiment désertes.

    *

                Aujourd’hui, tout de suite après déjeuner, je suis allé à la Mairie de la rue de la Banque montrer à Fagus le chien trouvé hier rue de l’Ancienne-Comédie. Il l’a accepté, et nous avons convenu que je le mènerais moi-même chez lui, à Verrières-le-Buisson. Je suis parti avec le chien au Bon Marché pour acheter un collier, ensuite à la recherche d’un graveur pour en graver la plaque. Une pause chez le concierge du 28 de la rue de Condé, retour de la Fourrière pour le grand chien noir qui n’y est toujours pas. Puis achat de chocolat pour les enfants de Fagus, de rognures pour le dîner du chien, et nous avons pris le train pour Massy-Verrières. Là, vingt minutes à pied et nous sommes arrivés chez Fagus, à la Boulie. Accueil cordial au possible par Madame et les deux fils Fagus, l’un à demeure au lit, coxalgique. Fagus arrive à sept heures et demie. Nous bavardons encore un moment. Puis un fils Fagus descend au jardin avec le chien, et je me sauve, accompagné à la gare par Fagus, à travers un sentier de vraie campagne. Paul Léautaud, Journal littéraire, neuf août mil neuf cent treize (Mercure de France)

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