• Au vide grenier rupin de l’avenue du Ranelagh

    Il est précisé qu’il ne commence qu’à dix heures le vide grenier de l’avenue du Ranelagh, mais quand j’y arrive vers huit heures et demie, saluant au passage Jean de La Fontaine penché sur le corbeau et le renard, des vendeurs et vendeuses sont déjà en place, moitié de riches du quartier, moitié de pauvres de je ne sais où. Côté clientèle éventuelle, c’est le même côtoiement d’argentés et de désargentés. Comme le fait remarquer une dame énervée, cela frise parfois l’hystérie autour des étalages proposant des vêtements de marque « qui n’ont jamais été portés ». « Le 16, l’arrondissement qui s’engage » est-il proclamé sur la banderole des organisateurs. À quoi ? C’est un mystère.

    Je ne suis pas surpris de trouver là une ancienne commerçante rouennaise de vêtements siglés qui tenait boutique rue Beauvoisine, puis dans les vide greniers normands après son dépôt de bilan. Ici elle achète et revend aussitôt avec bénéfice. « Là, on est loin de tout » s’inquiète une autre vendeuse qui n’aperçoit pas la moindre boulangerie à l’horizon. Chacun(e) a droit à deux mètres d’étalage, c’est démocratique.

    Petit à petit, les deux côtés de l’avenue sont occupés par ce déballage dont la sécurité est assurée par deux vigiles noirs et débonnaires en costume noir et avec cravate. « Fais attention à Dylan » entends-je d’une bourgeoise à son mari. Comment a-t-elle pu appeler son enfant ainsi ? ai-je juste le temps de me demander avant de constater qu’il s’agit du chien. L’enfant du quartier se nomme plutôt Archibald. « Y a rien d’ancien, y a rien » gémit une brocanteuse dépitée de ne pas trouver l’objet de sa convoitise. En revanche, on trouve pas mal de jolies filles en tenue d’été et des grands-mères très comme il faut : « Oui mais Ramatuelle en hiver, c’est mortel ». Côté lecture, c’est surtout Zadig et Voltaire. Cependant, je mets la main sur le beau Foujita, inédits de Sylvie Buisson, lourd ouvrage trilingue (français anglais japonais) publié A L’Encre rouge Archives artistiques Fondation Nichido en deux mille sept.

    *

    Dans le jardin du Ranelagh, un théâtre de marionnettes dont le responsable tente d’attirer les moutards en agitant une cloche sur le trottoir. Les moutards sont ailleurs, grimpés sur des chevaux de bois qu’un homme fait tourner à la manivelle.

    Partager via Gmail Yahoo!