• Aux obsèques civiles d’Ernest Martin, médecin et ancien Maire de Louviers

    Ce lundi, après m’être garé place de la Porte de l’Eau, j’arrive au Moulin où à onze heures auront lieu les obsèques civiles d’Ernest Martin, médecin et ancien Maire de Louviers. Un registre à signatures est à disposition à l’entrée. J’attends que celui me précédant ait fini d’écrire et y inscris mon message : « Un ultime merci à celui qui m’a permis d’échapper à deux ans de prison pour refus du service militaire. »

    La scène de la salle de spectacle du Moulin est ceinte de rideaux noirs. Côté jardin et côté cour sont alignées des chaises pliantes tournées vers des tréteaux entourés de fleurs qui attendent le cercueil. Une photo du défunt datant d’il y a un an est posée sur un chevalet, celle d’un homme que je ne reconnais pas, le regard absent, affaibli par la maladie. D’autres chaises sont disposées dans la salle où s’assoient les moins vaillant(e)s. D’anciens copains se retrouvent :

    -Quand je pense qu’on était à l’école ensemble, tu as quel âge maintenant ?

    -Quatre-vingt-dix.

    -Oui c’est ça, moi quatre-vingt-sept.

    La grande majorité des présent(e)s (quelques centaines) a dépassé les soixante ans. Il est vrai qu’un lundi matin les plus jeunes travaillent. Je me case derrière les assis. Près de moi, on évoque les concerts du temps de Martin : les débuts de Renaud dans la cour de la Mairie, celui bien imbibé de Graeme Allwright à la Salle des Fêtes. En sourdine sont diffusées Les Quatre Saisons de Vivaldi.

    Soudain les assis se lèvent. Le cercueil fait son entrée, suivi de la famille qui trouve place sur les chaises latérales. Des proches s’y assoient aussi. Un jeune homme ayant la tête de l’emploi s’approche du micro. C’est le Maître de Cérémonie. Il annonce qu’alterneront des prises de parole et la diffusion de chansons choisies par la famille.

    Des propos de trois élus locaux, d’une femme médecin et de trois des enfants d’Ernest, je suis surtout sensible à ceux de Renaud, fils cadet (dont le physique et la gestuelle me rappellent l’Ernest Martin que j’ai connu) et d’Isabelle, fille aînée (pas revue depuis la fin des années soixante-dix), deux évocations très personnelles de leur enfance.

    Côté chansons, la sélection montre qu’Ernest n’était pas du tout rock ’n’ roll : Le Temps des Cerises par Yves Montand, Mes Copains par Pierre Louki, Le Feu par Hélène Martin, ¡Ay, Carmela! chant anarchiste de la Guerre d’Espagne, Maintenant que la jeunesse par Monique Morelli et Melocoton par Colette Magny, ces interprètes (sauf l’une aujourd’hui âgée de quatre-vingt-cinq ans) étant mort(e)s depuis longtemps.

    Pour finir, le Maître de Cérémonie invite chacun(e) à s’approcher du cercueil sur une musique de Mahler.

    Un magnifique soleil illumine le ciel bleu quand je sors du Moulin, en accord avec le texte d’Aragon dont je possède la version chantée de Marc Ogeret :

                Maintenant que la jeunesse

                S'éteint aux carreaux bleuis,

                Maintenant que la jeunesse

                Machinale m'a trahi.

                (…)

                Il faut beau comme jamais.

                Un temps à rire et courir,

                Un temps à ne pas mourir,

                Un temps à craindre le pire,

                Il fait beau comme jamais.

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