• Aux vide greniers rouennais de la Madeleine et de Jouvenet

    Ce dimanche, vers sept heures, je gare ma voiture en bas du boulevard des Belges quasiment en face de l’Ibiza, boite de nuit fermée mais devant laquelle stagnent, poussant des cris de basse-cour, des filles saoules et des garçons ivres, résidu de clientèle.

    A pied, je rejoins le quartier de la Madeleine où l’on déballe dans le noir tandis que la fourrière emporte les voitures garées là où il ne fallait pas. Me voici handicapé, qui n’ai pas comme mes concurrents une lampe torche à pointer sur les livres proposés. Le jour, ce gros fainéant, ne se lève que vers huit heures moins le quart. C’est aussi l’heure à laquelle sort dans la rue un couple qui constate que sa voiture n’y est plus.

    -Allez viens, dit l’homme à sa femme, on va se recoucher.

    -On devait aller à Caen en plus, ajoute-t-il en direction des témoins qui s’en fichent.

    Ce vide grenier est encore plus vaste que les années précédentes. J’y passe donc un certain temps, trouvant quelques livres dont Les chefs-d’œuvre de la Science-fiction, volume de l’Anthologie Planète qui manquait à ma collection, et Love Hotel de Nobuyoshi Araki (Denoël), les carnets de route du photographe, qui semblent bien mal écrits, ainsi que des cédés (Dick Annegarn, René Aubry).

    Vers neuf heures et demie, ma petite voiture m’emmène dans ce quartier de Jouvenet aussi pentu que friqué où l’on fait vide grenier une fois l’an, comme on va à la kermesse de l’école privée, pour y voir ses bon(ne)s ami(e)s et faire de nouvelles connaissances, histoire d’étendre son réseau. J’y vois moins de livres qu’à la Madeleine. La plupart ont pour sujets le zen, le bien-être et la décoration de la maison. Quand même, en fouillant bien, je trouve Le Con d’Irène d’Aragon (Le Petit Mercure) et Nuits aux bouges de Mac Orlan (Les Editions de Paris).

    Une dernière pile de livres m’attire, en équilibre sur des chaussures. Dès que j’y touche, l’un tombe. Je le ramasse. Sa propriétaire prétend que je l’ai abîmé, ce que je conteste, ajoutant :

    -De toute façon, qui irait acheter un livre sur la confiture ?

    -Mais vous êtes vraiment…

    Elle ne trouve pas le mot.

    *

    Pendant ma semaine bas-normande, les gens de l’Agglo ont enfin réussi à enterrer les bacs à ordures de la rue de la République. Le voisinage n’a guère mis de temps pour déposer des sacs poubelles à côté.

    *

    Une nouvelle fois, l’agence immobilière Cegimmo me taxe de trois euros pour retard de loyer. Une nouvelle fois, j’indique à la secrétaire que mon loyer prélevé automatiquement ne peut jamais être en retard. Une nouvelle fois, elle me promet que je serai remboursé à la fin du mois.

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