• Bordeaux Paris Rouen, du ciel bleu à la pollution grise

    Six heures vingt, ce vendredi matin lorsque je descends avec ma valise l’élégant escalier de pierre de l’hôtel du Parc. Je trouve le patron affalé dans l’un des hideux fauteuils de la salle de petit-déjeuner, à qui je dis bonjour et au revoir, et  vais jusqu’à l’arrêt Jardin Public du tram Cé. Trois minutes après, celui-ci me mène par les quais à la gare Saint-Jean. J’y prends un café viennoiseries chez Mac Do.

    Tandis que j’attends l’affichage de la voie de mon Tégévé, un jeune homme me propose d’acheter L’Express dont le supplément Bordeaux a été fait par son école de commerce, Lui-même, me dit-il avec un air radieux, a interrogé le sportif au nom basque en photo sur la couverture.

    -Désolé, lui dis-je, je ne suis pas de Bordeaux et je ne m’intéresse pas au rugby.

    -C’est un footballeur, me répond-il consterné.

    Deux Tégévés partent pour Paris à cinq minutes d’intervalle, l’un direct et l’autre avec arrêts à Angoulême et à Poitiers. Je suis dans le second en seconde classe. Un grand nombre d’étudiant(e)s dentistes grimpent au hasard dans les deux, ne sachant dans lequel sont leurs places. Leur voyage dans la capitale semble avoir été improvisé. J’en ai trois derrière moi, quatre devant. A ma droite, c’est un étudiant en cuisine qui descend à Angoulême.

    Difficile de croire que ces apprenti(e)s dentistes ont fait tant d’années d’étude et donnent des conseils d’hygiène buccale à leurs patient(e)s : ils parlent de séries télé ou de jeux vidéo et passent leur temps à aller au bar d’où ils reviennent avec des sodas et des bonbons.

    Heureusement à Poitiers s’installe à ma droite une étudiante asiatique qui entreprend de lire Rimbaud. Elle y renonce bientôt vu le bruit ambiant. Je discute d’Arthur avec elle, venue de Taiwan étudier le français à Poitiers par amour de la culture française. Elle va à la Sorbonne pour un examen et m’explique qu’elle aime Paris et Poitiers parce que contrairement aux villes du Japon qu’elle connaît, tout n’est pas propre et les gens ne sont pas tous polis. On parle aussi de ses chaussettes à gros pois rouges qui, lui dis-je, me font penser à Yayoi Kusama. Elle connaît bien cette artiste, à Taiwan elle s’occupait de l’organisation d’expositions et de médiation culturelle. Nous nous quittons dans le métro (gratuit pour cause de pic de pollution), elle prenant le Treize et moi le Douze.

    A Saint-Lazare, j’ai le temps de sortir de la gare avant mon second train et suis sidéré par l’atmosphère opaque sur la ville, l’équivalent de ce qu’on appelait le smog à Londres autrefois. Les passant(e)s semblent gris et accablés. Je pique-nique sur un banc place de Budapest puis bois un café à deux euros quatre-vingt-dix à L’Atlantique.

    J’arrive à Rouen au milieu de l’après-midi. La pollution y semble encore pire. Du train on ne voit même pas les hauteurs de Bonsecours.

    *

    L’une des apprenti(e)s dentistes, cherchant sur son téléphone quoi faire à Paris :

    -Ah, il y a le Salon de l’Erotisme, on pourrait y aller, ça réveillerait peut-être Kevin.

    *

    Autre occupation des apprenti(e)s dentistes, parler boutique : leur première séparation de racines, leurs difficiles extractions de molaires, leurs patients les plus chiants :

    -Je prends leur Carte Vitale, je regarde leur mutuelle et à chaque fois : Mgen.

    Autrement dit : les enseignants. Ce qui n’est pas pour m’étonner.

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