• Cathédrales Un Mythe Moderne au Musée des Beaux-Arts de Rouen et Yo Gee Ti de Mourad Merzouki à l’Opéra de Rouen

    Ayant reçu l’élégant carton d’invitation noir qui donne le droit de découvrir en avant-première l’exposition Cathédrales Un Mythe Moderne au Musée des Beaux-Arts de Rouen, je m’y rends vers quinze heures ce jeudi et trouve sur place celles et ceux que je m’attendais à y voir, pour qui l’exposition est faite, membres de cette bourgeoisie locale qui n’aime rien davantage que les œuvres d’art historiques, patrimoniales, présentées de façon thématique et pédagogique.

    Goethe et Victor Hugo, Cologne et Paris, du mobilier et des ustensiles religieux, le tout dans une lumière inspirée, il y a heureusement dans ces premières salles une petite Esméralda un peu excitante due à Charles Steuben. Suivent les pierres et les gargouilles, dans une salle où des employés fixent les derniers cartels, avec un incongru Monstre de Notre-Dame de Chagall, pas du tout dans l’ambiance. Sous la verrière, en transition, sont présentées des maquettes de flèches.

    Dans l’autre partie, Monet est en gloire avec ses Cathédrales de Rouen (outre la locale, trois venues de Paris), dont le sujet n’est justement pas le bâtiment qu’elles montrent mais la lumière sur celui-ci, ce que n’a pas compris son camarade en impressionnisme Sisley avec ses trois Eglises de Moret. On passe ensuite de Redon à Rodin ou l’inverse puis chez les Symbolistes avec un Moreau et la Guerre arrive. Un grand tableau, sans cartel pour me dire de qui, montre un tas de gravas avec un texte peint sur la toile : « La Cathédrale d’Arras pendant la guerre, tableau interrompu par la chute d’un obus de gros calibre, le 20 Mai 1916 ». J’aimerais savoir comment le peintre s’en est sorti. La Modernité est éclairée davantage et montre pas mal d’œuvres que je classe dans la catégorie des horreurs, signées Delaunay, Feininger, Friesz, Marquet, Luce ou Le Sidaner. On y trouve toutefois les regardables Cathédrale de Limbourg d’Helmuth Macke (cousin d’August et peignant comme lui), Notre-Dame de Pablo Picasso et La Cathédrale de Nicolas de Staël.

    Une brochure en noir et or accompagne le carton d’invitation. On ne peut y lire la présentation de l’exposition, mais une succession de tribunes offertes aux différentes entreprises privées et publiques la finançant. Elles s’y félicitent de leur générosité. Inutile d’espérer qu’un jour prochain le Musée des Beaux-Arts de Rouen s’émancipe de la chape de localisme qui l’affecte depuis plusieurs années.

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    Le soir venu, au premier balcon de l’Opéra de Rouen, je suis bien placé pour assister à Yo Gee Ti, chorégraphie de Mourad Merzouki, Directeur du Centre Chorégraphique National de Créteil, donnée par sa Compagnie Käfig et des danseuses taiwanaises. Le livret programme parle de tissage et de métissage, ceux du hip hop et de la danse contemporaine d’Asie. Dès l’apparition de la troupe, cela tisse et cela métisse en effet en une chorégraphie pleine d’invention avec effet miroir soutenue par une musique adéquate. Au bout d’une heure dix, conquis comme la plupart, j’applaudis chaudement.

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    Vendredi matin, revenant du Rêve de l’Escalier par la rue du Gros, je vois surgir de la rue de la Champmeslé, face à moi, un jeune coureur à pied entièrement nu et épilé. Il file, offrant l’image de ses fesses blanches à des piétons aussi surpris que moi. L’un d’eux émet une hypothèse audacieuse :

    -Ce doit être un étudiant en médecine.

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