• Cinq vide greniers pour un ouiquennede et pour pas grand-chose (Poses, Heudebouville, Romilly-sur-Andelle, Saint-Aubin-Epinay, Saint-Jacques-sur-Darnétal)

    C’est sans celle qui se réserve pour son anniversaire que je passe ce premier ouiquennede de mai riche en vide greniers.

    Le samedi, j’explore celui de Poses au bord de la Seine où rien n’est pour moi. Au retour, je fais le détour par chez ma sœur et lui échange des pots à confiture contre des pots de confiture.

    Le dimanche, je mets le cap sur Heudebouville où l’on est accueilli par les immondes affiches du Parti de la fille Le Pen. L’une d’elles montre une péquenaude déclarant « On est chez nous », elle est surmontée d’un « A bas le racisme anti blanc ». Je ne sais si ces affiches ont été collées en vue de l’affluence prévue ce jour. Ce qui est sûr, c’est que désormais plus personne ne les décolle. Le Maire d’Heudebouville est un Noir.

    Le vide grenier est installé sur deux places herbeuses à chaque extrémité du village et dans la longue rue principale qui les relie. Je m’épuise à la parcourir, d’autant que de très nombreux emplacements y restent vacants. De plus, je ne vois apparaître que de la daube en matière de livres, aussi je n’y reste pas. Mon dépit est partagé par d’autres cherchant autre chose qui déclarent que « C’est la misère ».

    Par la jolie route qui longe la Seine (Connelles et ses falaises), je rejoins Romilly-sur-Andelle et me gare à mon habitude hors du village près de l’église. Allant à pied vers les écoles et La Poste, près desquels se tient le déballage, je suis surpris de la faible animation dans les rues au point que je crains de m’être trompé de date, mais non, le vide grenier est là, plus intéressant que le précédent mais bizarrement déserté par les acheteuses et les acheteurs. Aucune concurrence pour l’achat des livres, mais parmi ceux-ci aucun qui me fasse défaut.

    Je repars par la côte Jacques-Anquetil, plus facile à grimper en voiture qu’à vélo, et me dirige au jugé vers Saint-Aubin-Epinay. A Montmain, après avoir évité une famille de canards traversant la rue (que d’enfants chez cette volaille), j’avise un autochtone portant une baguette sous le bras à qui je demande mon chemin. Il me répond à la normande :

    -Il va tout droit. Au rond-point, il tourne à gauche et il y s’ra.

    Comme il doit me juger lent à la comprenette, il me répète son explication trois fois.

    J’y suis. Je me gare à l’entrée et rejoins le vide grenier par un chemin longeant le ruisseau à sec (il n’est en eau qu’en cas d’orage). Là, on trouve foule d’acheteuses et d’acheteurs mais dans la marchandise pas davantage de quoi me plaire.

    Par la côte au muguet, frôlant l’hôtel restaurant L’Epinoy en me souvenant de la nuit passée là l’année de la clavicule cassée avec celle qui doit arriver mardi, je rejoins Saint-Jacques-sur-Darnétal. La route est encombrée de voitures garées des deux côtés. Je suis obligé de me garer loin et dois marcher longtemps avant d’atteindre le terrain du déballage. Il est onze heures. Toutes les familles sont dehors (que de petits canards). Je fouille dans les livres, mais commence à être fatigué. Il est temps de rentrer. Remontant la dernière allée, j’entends l’un disant à un autre :

    -C’est de l’ancien ça. Quand tu commences à en acheter, c’est que tu penches du mauvais côté.

    *

    Je n’aurai pas été loin dans la lecture de l’épais livre de Laurence Sterne, La Vie et les opinions de Tristram Shandy. Abandonnée samedi après-midi à la centième page (sur neuf cents), cette ode à la digression, pour virtuose qu’elle soit, m’a ennuyé. Une seule phrase notée sur mon petit carnet : Hélas nanti de tant de voilure, le pauvre Yorick ne portait pas une once de lest.

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