• Circuit Quai aux Livres, vide grenier de Bihorel, vide grenier de la Croix de Pierre, Quai aux Livres

    Le temps s’améliore temporairement ce dimanche à Rouen. Dès sept heures, je suis sur le quai. On y sort les livres des cartons, pas très rapidement. Parmi les vendeurs, les particuliers sont devenus infime minorité. Je trouve là essentiellement des bouquinistes professionnel(le)s ayant boutiques en ville et vendant pour un jour hors les murs, des bouquinistes ayant habituellement un stand au marché dominical du clos Saint-Marc, des bouquinistes venus d’ailleurs, d’autres faisant le métier plus ou moins clandestinement. S’y ajoutent des associations de charité. La Croix-Rouge est également présente, prête à intervenir en cas de chute dans la Seine ou de mal de tête consécutif à de la lecture sur place. Une grande tente pleine de tables où nul n’est suscite ma curiosité.

    J’arpente sans grand succès. Une dame propose trois livres de Laurent le Fabuleux dont celui qu’il a écrit en tant que critique d’art.

    -Vous êtes de la famille de Laurent Fabius ?

    -C’est ma fille qui est de cette tendance, me répond-elle

    Un professionnel propose une vente flache à moins cinquante pour cent de sept heures à dix heures. Avant sa fin je ne suis plus là, mais au-dessus de Rouen, à Bihorel. Cette année le vide grenier se tient entre supermarchés et hachélèmes. Y vendent donc plus de pauvres que de riches. J’en fais l’aller et le retour puis redescends à Rouen et me rends à pied dans le quartier de la Croix de Pierre où l’on vide aussi les greniers. En ce milieu de matinée la foule l’envahit, difficile d’y voir quoi que ce soit.

    Après déjeuner, tandis qu’arrivent les nuages, je suis de retour au Quai aux Livres, découvrant à quoi sert la grande tente : à humilier publiquement des auteur(e)s du coin qui attendent en vain acheteuses et acheteurs pour leurs livres étalés.

    La foule n’est là que pour les livres d’occasion et j’en ai quelques-uns dans mon sac.

    A l’un des stands, j’aperçois une chanteuse de ma connaissance. Je l’évite. Il y a quelque semaines, j’ai trouvé à Paris chez Book-Off une biographie d’Henri Pourrat, écrivain qu’elle apprécie et l’ai achetée à son intention. Bien contente, m’a-t-elle écrit. Nous nous sommes fixés un rendez-vous en ville pour que je lui remette l’ouvrage. Elle l’a ensuite annulé, trop prise par la sortie prochaine de son premier cédé. Quinze jours plus tard, comme elle ne me récrivait pas, je lui en ai proposé un deuxième, qu’elle a annulé une heure avant, à cause d’un imprévu. « J’attends que tu me recontactes » lui ai-je écrit. Elle ne l’a jamais fait. J’ai vendu la biographie de Pourrat au Rêve de l’Escalier.

    *

    A la Croix de Pierre, j’interroge :

    -C’est combien vos livres ?

    -Ça dépend.

    -D’accord. Merci. Au revoir.

    *

    Parmi mes achats : Passage de l’Odéon de Laure Murat (Fayard), évocation des librairies d’Adrienne Monnier et de Sylvia Beach, Médecin des dames (Editions de la Différence), essai sur ces docteurs mondains à clientèle féminine présents notamment dans la littérature fin dix-neuvième début vingtième et le numéro soixante-treize/soixante-quatorze de la revue Le Pont de l’Epée (mil neuf cent quatre-vingt-un) dont le dossier est consacré à Conrad Moricand, l’astrologue qui en fit voir à Henry Miller (cette dernière achetée cinquante centimes aux anarchistes de L’Insoumise).

    Partager via Gmail Yahoo!