• Comme un lundi

    « Un homme, armé d’un fusil à pompe, a ouvert le feu dans le hall du journal Libération, rue Béranger à Paris, ce lundi matin un peu après dix heures. L'assistant d'un photographe est blessé. » entends-je dans ma voiture ce lundi midi alors que je m’apprête à me garer derrière le café restaurant La Garenne à Franqueville-Saint-Pierre. Je pense à celle qui travaille dans l’immeuble voisin du journal où elle arrive précisément à cette heure-là, inquiet et rassuré sur son sort.

    Je n’en apprends pas plus à l’intérieur car ici pas de chaîne d’information continue mais celle du Péhému où entre deux courses des filles en maillot se dandinent autour d’une barre sur un comptoir. Bien qu’à quelques kilomètres de Rouen, à considérer la clientèle je me crois au fin fond de la Picardie. A la table voisine mange un homme portant un polo marqué d’un « Travailler me fatigue et quand je suis fatigué je ne peux pas travailler ». Sa conversation avec les deux femmes qui l’accompagnent ne tourne que sur les magasins d’usines et les villages des marques. Je déjeune d’une verrine avocat saumon, d’un curry de porc et d’un crumble à la framboise. Avec un quart de vin très moyen et un café, cela ne fait que quinze euros mais il y a peut-être une erreur dans l’addition. Je ne m’attarde pas, prends la route de Quévreville-la-Poterie où je passe en solitaire un long moment chez Détéherre ne tirant que peu de chose des six cent mille livres ici classés.

    Le soir venu, celle qui travaille à Paris me téléphone et me raconte sa journée mouvementée dans une rue envahie par les télévisions à la recherche du moindre témoignage. Ce mardi, me dit-elle, elle sera sur le chantier d’un magasin de luxe des Champs-Elysées, là où le cinglé au fusil à pompe a été vu pour la dernière fois. « Fais quand même attention à toi », lui dis-je.

    *

    Un peu enrhumé, je demande à la pharmacienne du haut de la rue de la République une boîte de Sudafed, ce médicament qui, s’il ne guérit pas, enlève au moins les symptômes et que j’utilise avec satisfaction depuis des années.

    -Il n’est plus en vente, me répond-elle.

    -Parce qu’il coûtait moins de deux euros ?

    Elle sourit et me dit peut-être.

    Je vais voir s’il en reste à la pharmacie du bas de la même rue, où l’on me dit la même chose et où l’on sourit de la même manière lorsque je demande si c’est à cause de son prix qu’il a disparu.

    L’Actifed qui fait le même usage est toujours en vente, pour bien plus cher.

    *

    Sur la porte de la boulangerie de cette même rue, une affichette en grosses lettres : « Sacrifié mais pas résigné ». Tiens, voilà la boulangère qui revendique, me dis-je, elle qui vitupérait contre les manifestations du temps de Sarkozy.

    La même affichette est apposée sur la porte de la boulangerie de la rue du Général-Leclec avec une pétition à signer par les client(e)s à l’intérieur. Cela vient de L’Union Professionnelle Artisanale, un syndicat patronal qui proteste contre l’augmentation de la Tévéha.

    Si la première boulangerie n’est pas resplendissante, la seconde est rutilante comme une pharmacie.

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