• Concert Colasanti et Beethoven (avec Philippe Entremont) à l’Opéra de Rouen

    Une chaise au premier rang avec vue sur le clavier du piano, c’est mon choix ce jeudi soir à l’Opéra de Rouen et celui d’une femme qui s’installe à ma droite puis d’un jeune couple qui y dépose manteaux et écharpes avant de retourner au bar.

    -N’hésitez pas à être agressifs avec ceux qui voudraient prendre nos places, nous demandent-ils.

    Aucun risque, nous sommes en territoire civilisé. J’ai dans ma poche quelques bonbons à la menthe au cas où mes poumons, victimes des particules fines, voudraient me faire tousser. Je me plains assez de celles et ceux qui le font à longueur de concert pour éviter de les imiter. Je lis ce que dit le livret programme de Philippe Entremont. Je n’étais point encore né que celui-ci gagnait des concours de premier ordre après avoir été l’élève de la pianiste Marguerite Long. Ensuite, il n’a jamais cessé, jouant à ses débuts sous la direction de Stravinsky, de Milhaud ou de Bernstein, donnant au fil des ans plus de six mille concerts, devenant lui-même chef d’orchestre et dirigeant dans le monde entier, enregistrant pléthore de disques.

    Ce soir, Ludwig van Beethoven est à l’honneur, même si son nom figure en beaucoup plus petit que celui de Philippe Entremont. Avant qu’il soit joué, l’Orchestre, sous la direction de Luciano Acoccela, donne Cede pietati, dolor (Le anime di Medea) de Silvia Colasanti, pièce contemporaine à l’énergie débordante, bien applaudie.

    Le piano Steinway loué chez Berlioz au Havre est roulé sur la scène. Arrive Philippe Entremont en queue de pie et rosette à la boutonnière. Il s’installe sur son siège, teste les pédales, se laisse porter par les premières notes du Concerto pour piano numéro un de Beethoven puis ses doigts se lancent tandis que sa bouche chantonne sans bruit. Je n’en perds ni des yeux ni des oreilles. A l’issue, il est acclamé, faisant plusieurs allers et retours entre la coulisse et la scène avec Luciano Acocella, jusqu’à ce qu’il se jette sur l’instrument pour un bonus en solo prenant de court le maestro qui va se cacher parmi les musicien(ne)s. De chaleureux applaudissements saluent ce supplément.

    A l’entracte, on se pose deux questions : de quel musicien, ce supplément et quel âge peut-il donc bien avoir. Un homme compétent donne la réponse à la première : Chopin. Pour la seconde, chacun fait un calcul qui mène à plus ou moins quatre-vingts.

    Au retour, le couple à écharpes et manteaux n’est plus là pour fêter le bicentenaire de la Septième Symphonie de Ludwig van (donnée pour la première fois le huit décembre mil huit cent treize à Vienne). Luciano est à son affaire, dirigeant ça sans partition, et l’Orchestre assure jusqu’à satisfaction unanime du public.

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    Recherche faite, Philippe Entremont aura quatre-vingts ans le sept juin prochain.

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    Le début du deuxième mouvement de la Septième de Beethoven, une belle musique d’enterrement.

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