• Concert des 50 bougies du Théâtre des Arts avec la Compagnie et l’Orchestre de l’Opéra de Rouen

    L’actuel Théâtre des Arts fête ses cinquante ans ce mardi soir, un évènement précédé d’expositions d’archives et de costumes ainsi que d’une table ronde « J’y étais » (pas moi, il aurait fallu que je naisse dans une autre famille) consacrée à la première du onze décembre mil neuf cent soixante-deux (on y donna Carmen).

    Cela sent le manque de moyens financiers mais on a quand même sorti le projecteur laser dont le rayon balaie le ciel et le tapis rouge sur lequel s’essuient les chaussures.

    Comme j’ai une place devant la scène sur une chaise non numérotée, je suis là tôt devant la porte, appuyé contre l’un des piliers. Une main se pose sur mon épaule et une voix me lance un chaleureux salut. Hélios Azoulay est là, dont je sais par Paris Normandie, lu au Socrate, qu’il est au programme avec une nouvelle composition inspirée par le monde polaire.

    La chaise atteinte, je me plonge dans le livret programme où une double page ressuscite les écrits de Roger Parment, l’exemple même du journaliste aux ordres du pouvoir, là purement descriptif du bâtiment, tandis qu’un film que peu suivent évoque en boucle la première fois au Théâtre des Arts de certain(e)s et les souvenirs d’un ancien musicien et d’employés de l’endroit.

    Le rideau levé, sous la direction de Julien Masmondet, l’Orchestre joue Mozart, l’Ouverture de Don Giovanni suivie de l’Air du catalogue interprété par le baryton-basse Julien Véronèse, l’un des quatre de la Compagnie (deux jeunes chanteuses et deux jeunes chanteurs en résidence à l’Opéra pour deux ans).

    Arrive Frédéric Roels, maître des lieux, qui excuse les élus Le Vern et Robert retenus à Paris, le second tentant d’arriver avant la fin, puis évoque Chopin à Rouen où il donna son Concerto pour piano numéro un. Ce soir, c’est Frédéric Aguessy qui est au piano pour le deuxième mouvement.

    Retour de Frédéric Roels qui narre les mésaventures de Pierre-Jean Garat venu à Rouen pour un concert durant l’époque révolutionnaire et qui y passa quelques mois en prison pour insolence. Il y composa une chanson qu’il interpréta à sa sortie, avec Boieldieu au piano. Cette Complainte du troubadour est chantée ce soir par Xin Wang, ténor de la Compagnie.

    Au tour de Saint-Saëns, Frédéric Roels parle de sa statue élevée de son vivant et Tayana Ilyin (mezzo-soprano de la Compagnie) chante Mon cœur s’ouvre à toi tiré de Samson et Dalila.

    Un membre du staff dont j’ignore le nom vient lire un extrait de Madame Bovary. Cette rêveuse est au Théâtre des Arts, l’ancien, où l’on donne Lucia di Lammermoor de Donizetti. Jenny Daviet, soprano de la Compagnie, au regard filou, en chante Regnava nel silenzio.

    Cette première partie s’achève avec le premier mouvement de L’Eté des Quatre Saisons de Vivaldi, le rapport entre ce musicien et Rouen ? Aucun, mais l’Orchestre vient de faire un cédé sans risque où figure cette œuvre (en vente au foyer exceptionnellement à douze euros en ce jour de fête).

    Après l’entracte, ça repart bien avec le retour de l’espiègle Jenny Daviet pour La Ballade de Jenny extraite de La Dame blanche de Boieldieu lequel, Frédéric Roels dixit, n’est pas qu’un pont de Rouen.

    Le seul compositeur vivant de la soirée prend ensuite la parole avec la faconde qu’on lui connaît. Il exprime les deux questions que se pose le public : « Est-ce un imposteur ou un génie ? » « Sera-ce beau ou ennuyeux ? ». « Pourquoi pas les deux » répond-il avant de broder sur les paradoxes jusqu’à presque s’enfoncer dans la neige du Grand Nord. Il a une excuse :

    -Je ne résiste pas au plaisir de pouvoir dire des choses intelligentes devant mille trois cents personnes. C’est tellement rare. Pour vous.

    Hélios Azoulay finit par diriger La Mort blanche, une création mondiale interprétée par Frédéric Aguessy, quelques musicien(ne)s de l’Orchestre, les quatre de la Compagnie et un chant enregistré peut-être réellement inuit. Ce n’est ni beau ni ennuyeux, c’est mieux que ça.

    Retour aux morts ensuite avec Liszt dont Frédéric Aguessy joue la Mort d’Isolde (d’après Wagner), suivi de Wagner (sa musique fut appréciée à Rouen avant de l’être à Paris) dont l’Orchestre donne Siegfried-Idyll et d’Offenbach dont Tatyana Ilyin et Jenny Daviet chantent la Barcarolle des Contes d’Hoffmann.

    Cette bien bonne soirée s’achève avec l’annonce du changement des fauteuils de ce vieux Théâtre des Arts l’été prochain (soupirs de soulagement dans la salle).

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    Ce mercredi douze douze douze, je ne manque pas de publier à douze heures douze.

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