• Concert Eisler Weill Brecht à l’Opéra de Rouen

    Le contraste est brutal entre la foule bruyante du marché de Noël que je suis obligé de traverser et le calme qui règne à l’Opéra de Rouen quand j’y arrive ce dimanche à trois heures et quart. En deux mille treize, un concert de musique de chambre mettant en avant Bertolt Brecht n’attire pas les masses (comme on disait chez les marxistes-léninistes).

    Le public est quand même en nombre acceptable quand la récitante Claire Chaufour, en pantalon rouge, dit Du pauvre B.B.

    Moi, Bertolt Brecht, jeté des forêts noires

    Dans les villes d’asphalte, quand j’étais dans ma mère, autrefois.

    La violoniste est enceinte. Trois autres jeunes femmes et trois hommes sans cravate complètent la formation nécessaire à l’exécution du Septuor numéro un d’Hanns Eisler, compagnon de route de B.B., exilé comme lui aux Etats-Unis pour fuir le nazisme et renvoyé comme lui en Allemagne de l’Est par le maccarthysme. Ce septuor composé en Amérique est fort guilleret.

    Ce n’est pas le cas du Quatuor à cordes numéro un en si mineur de Kurt Weill, autre compagnon de route, resté lui aux Etats-Unis pour être devenu Américain en quarante-trois, qui paraît un peu terne, et qui suit des textes édifiants de Brecht heureusement lus d’une façon détachée.

    Tandis que sur la scène un employé de coulisses organise chaises et pupitres, une dame, derrière moi, se demande ce que perçoit celui ou celle qui est dans sa mère.

    Claire Chaufour dit de Brecht l’exemplaire Légende de la putain Evlyn Roe trop vicieuse pour être admise au Paradis mais trop vertueuse pour être reçue en Enfer, puis Eloge de la dialectique (ça ne casse pas des briques) et place au Septuor numéro deux « Circus » d’Eisler, aussi gai que le premier.

    Tout le monde est bien applaudi à la fin et je me fade une nouvelle fois le maudit marché de Noël.

    *

    Je suis gentil avec les gens

    Je fais comme eux, je mets un chapeau dur.

    Je dis : ce sont des animaux à l’odeur très particulière,

    Puis je dis : ça ne fait rien, je suis l’un d’eux.

     

    Sur mes chaises à bascule parfois

    J’assieds avant midi deux ou trois femmes.

    Je les regarde sans souci, et je leur dis :

    Je suis quelqu’un sur qui vous ne pouvez pas compter.

    (Bertold Brecht Du pauvre B.B.)

    *

    Vaclav Havel avait raison, ce qui est bon chez Brecht, ce sont ses passages non-brechtiens.

    *

    Robert, Maire socialiste, semble certain de sa réélection. Il vient d’obliger le O’Kallaghan’s à fermer sa terrasse à vingt-trois heures. « Aucun préavis préalable, aucun entretien, aucun motif, aucun avertissement, aucune infraction, le fait du prince » écrit le propriétaire de l’établissement rouennais le plus fréquenté par les étudiant(e)s dans une pétition de protestation trop confuse que j’y mette ma signature.

    *

    Et encore Cegimmo qui me demande trois euros pour un impayé de loyer qui n’existe pas.

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