• Concert Elisa Jo et Asaf Avidan à l’Armada de Rouen

    Aller seul à un concert de l’Armada quand on y est allé bien accompagné les deux dernières fois, c’est triste. Néanmoins, je mets le pied dehors ce samedi soir pour voir et ouïr Elisa Jo et Asaf Avidan, l’une des affiches prometteuses de cette édition dont la programmation ne semble pas à la hauteur des précédentes. Je me souviens du concert de Bashung avec celle qui est ce soir chez ses parents et de celui des Rita Mitsouko avec celle dont j’ai reçu ce matin une lettre attentionnée. Bashung est mort et la moitié des Rita aussi.

    Arrivé sur le quai haut, j’observe un moment une soixantaine de personnes qui tentent d’entrer dans un bus Vingt et Un. Certaines restent sur le trottoir. Je descends sur le quai bas où l’on pourrait se croire en Bretagne car sur la Seine voguent les vedettes de Bréhat et de Perros-Guirec. Les voiliers militaires sont à quai bien plus loin. Quand je m’en approche, il devient impossible d’avancer dans la foule compacte. J’ai l’impression qu’il y a encore plus de monde qu’en deux mille huit. Je prends la contre-allée derrière les anciens bâtiments portuaires devenus cafés, saunas et autres, et finis par arriver au-delà du Hangar Vingt-Trois (devant celui-ci les fourgons de Céhéresses).

    Je me place assez loin de la scène. Près de moi se tient un jeune couple venu là avec sa mère à elle. Sortir avec sa copine et sa mère, cette génération est décidément étonnante. Le public n’est pas encore très nombreux quand Elisa Jo entre en scène avec ses trois musiciens. Elle a changé depuis ses débuts à l’Almendra où j’avais pu l’écouter et lui parler. Devenue professionnelle, elle a gagné en assurance et son registre s’est élargi. Je la réentends avec plaisir enchaîner ses chansons cependant que le monde arrive. A la fin de sa prestation, elle annonce vingt mille personnes.

    Pendant le changement de matériel, j’en apprends un peu plus sur la mère de ma voisine. Elle est institutrice de maternelle. Elle raconte au copain de sa fille qu’une de ses élèves de trois ans est arrivée un jour à l’école avec un badge de la Manif Pour Tous.

    -Je le lui ai fait enlever en lui expliquant que c’était dangereux, qu’elle pouvait se piquer avec. Le soir, je l’ai redonné à sa mère en lui disant que ça n’avait pas sa place à l’école. Le lendemain, elle a inscrit sa fille en école privée.

    Je ne sais rien d’Asaf Avidan, présenté par l’animateur de France Bleu Haute-Normandie comme un Israélien ayant vécu en Jamaïque devenu artiste suite à une déception sentimentale, aussi suis-je bien surpris par sa voix aigue et rauque et rapidement séduit. Autour de moi, on semble le connaître et comme d’habitude les appareils photo sont de sortie pour fixer l’image. Comme d’ici il paraît tout petit sur le plateau, la plupart photographient les écrans géants, images au carré en quelque sorte. Asaf Avidan est accompagné de deux musiciens dont un batteur un peu azimuté et de deux musiciennes choristes à belle voix et beau physique, une brune, une blonde. La nuit tombe, nuages noirs à gauche, orangés à droite.

    Quand il revient pour le rappel, c’est avec One Day qui semble être son grand succès, lequel est filmé par des milliers de présent(e)s, Nous sommes un paquet à cette heure, quarante mille, peut-être davantage. Quand il s’agit de quitter les lieux, c’est un peu compliqué mais tout le monde est d’un calme exemplaire.

    J’avance assez loin avant de me trouver une place sur le quai pour le feu d’artifice. Celui-ci se fait attendre exagérément et me semble assez faible. Une nouvelle fois, il faut se dégager de la foule. L’un trouve que l’Armada, c’est bon pour la cohésion de la ville. Un autre est perdu et s’accroche à son téléphone :

    -Mais, moi aussi, je suitais là à dix heures et demie.

    Il est minuit et demi quand je me mets au lit, ce qui n’autorise que peu de sommeil quand on a prévu de se lever à cinq heures.

    *

    Quasiment personne ne reste indifférent au retour des militaires et de leurs bateaux. Certains semi comateux du Son du Cor semblent même ragaillardis. C’est comme si on leur avait fait une piqûre d’eau de mer.

    *

    En revanche, une qui n’est pas contente, c’est la vendeuse d’une des boulangeries que je fréquente. Je la vois habillée en marin et lui demande :

    -L’uniforme est obligatoire ?

    -Pour toute la semaine, me répond-elle. C’est le chapeau que j’aime pas. Il m’énerve.

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