• Concert Liat Cohen, Natalie Dessay, Helena Noguerra, Agnès Jaoui à l’Opéra de Rouen et lecture de Quelques jours au Brésil d’Adolfo Bioy Casares

    Du monde à l’Opéra de Rouen, il y en a ce dimanche après-midi pour le deuxième passage des quatre femmes du Rio-Paris : Liat Cohen à la guitare, Natalie Dessay, Helena Noguerra et Agnès Jaoui au chant. Il s’agit donc de musique brésilienne, pour laquelle j’ai peu de goût, deux robes rouges et deux robes noires.

    La première partie est consacrée à Heitor Villa-Lobos, la seconde aux chansons populaires dont certaines bien connues et d’autres pas. La guitariste est experte et les voix des chanteuses se marient fort bien, de même que leurs personnalités.

    Natalie fait la virtuose, Helena la charmeuse, Agnès la plaisanteuse : « Merci d’être venus partager avec nous le côté dépressif des Brésiliens ». Finalement, je passe une bonne après-midi brésilienne avec notamment la redécouverte de la chanson de Moustaki Les eaux de mars.

    Cette incursion de l’Opéra de Rouen dans le domaine de la variété (comme on disait) s’achève par une partielle ovation debout.

    *

    Lundi après-midi, à l’intérieur du Socrate, le temps ayant fraîchi, je lis Quelques jours au Brésil d’Adolfo Bioy Casares (Christian Bourgois Editeur), court journal d’un voyage que l’écrivain argentin fit dans ce pays pour une réunion du PEN Club en mil neuf cent soixante. Il espère y revoir Ophelia, une très jeune Brésilienne croisée lors d’un précédent voyage fait en Europe avec sa femme Silvina Ocampo du vendredi cinq janvier au samedi vingt-cinq août mil neuf cent cinquante et un (période où j’étais occupé à naître) :

    Un matin où je déjeunais dans la salle à manger du bateau, Opheliña passa près de moi et, avec une étonnante lenteur, elle s’effondra. On m’expliqua qu’elle s’était évanouie « par amour de moi ».

    Il n’ira pas bien loin avec elle :

    Au Bois, elle m’embrassa à pleine bouche. Soudain, elle me repoussa pour me demander :

    -Tu ne ferais pas ça avec une petite fille, Bioy ?

    Je la laissais me convaincre. Je savais, malgré tout, qu’elle n’était pas aussi jeune que je l’avais cru au début.

    De ces embrassades Bioy Casares ne retire qu’une angine qui le cloue au lit pour deux semaines et une adresse à Rio pour un jour la revoir.

    Il lui écrit donc en mil neuf cent soixante et durant son séjour à Rio, où il s’ennuie avec ses semblables du PEN Club, espère un mot d’elle qu’il n’aura pas, trouvant seulement réponse à son retour à Buenos Aires :

    « Vieux porc, corrupteur de mineures, tu ne m’attraperas pas. Ophelia. »

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