• Concert Martin Mozart Müller Haydn à l’Opéra de Rouen

    Une place en loge ce jeudi à l’Opéra de Rouen, je bénéficie même d’un fauteuil avec accoudoirs étant arrivé le premier dans le compartiment de cinq personnes. M’y tiennent compagnie un couple et deux femmes seules. Dans la loge voisine ce sont deux couples et un homme seul. Tout ce monde est d’âge avancé et se félicite qu’aujourd’hui ce soit chauffé. Le concert de ce soir est intitulé Hommage à Mozart. Il mérite bien ça, Wolfgang.

    Le chef est Kaspar Zehnder, directeur musical du Zentrum Paul Klee de Berne. Lorsqu’il entre en scène on peut constater que la photo avantageuse ornant le livret programme date d’il y a un certain temps. Il lance l’Ouverture en hommage à Mozart de Frank Martin (il y a plus d’un âne, celui-ci n’est pas le Maire de Louviers), une œuvre composée pour la Radio genevoise en mil neuf cent cinquante-six, année du bicentenaire de la naissance de notre héros, puis c’est, de ce dernier, la Symphonie numéro trente-six « Linz » composée en quatre jours dans cette ville, parce que les partitions étaient restées à la maison et qu’il fallait bien jouer quelque chose.

    A l’entracte, le staff est assailli par une poignée de spectateurs. Ils se plaignent des couinements de l’estrade du chef d’orchestre. Dès qu’il bouge le pied, c’est insupportable. Je n’ai rien remarqué. Soit j’entends mal, soit j’ai pris ces couinements pour du Mozart (non quand même pas).

    Quand je regagne ma place je constate que l’estrade a disparu. Elle revient, portée par deux employé(e)s de coulisses, réparée (ou remplacée par une autre lui ressemblant étonnamment).

    Ma voisine me demande si je connais Fabian Müller qui est maintenant au programme. Dans ces compartiments, on s'adresse la parole comme dans ceux d’un train. Non, jamais entendu parler de ce musicien suisse dont l’Orchestre joue Labyrinth, une œuvre de deux mille cinq. Elle n’est pas du goût de tout le monde. Dans le compartiment d’à côté, un grincheux claironne qu’il n’aime pas qu’on l’ait obligé à écouter ça. « On devrait avoir des sifflets de la gendarmerie », ajoute-t-il. Il a failli partir. Un autre approuve. La dame qui m’a parlé dit d’une toute petite voix qu’elle, elle a bien aimé. Sa voisine lui répond que ça lui a déchiré les oreilles, ces aigus dans le violon. J’ai bien aimé également, mais ne dis rien.

    Joseph Haydn (inconsolable de la mort de Mozart) ramène le calme avec sa Symphonie numéro quatre-vingt-dix-huit en si bémol majeur, laquelle se termine par quelques notes de clavecin jouées par Kaspar Zehner.

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    Rue Martainville, le mystère est levé : dans son fournil, le boulanger, d’un coup de fusil, s’est suicidé.

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