• Concert Roussel, Debussy, Ravel, Ibert à l’Opéra de Rouen

    Qu’importe qu’il n’y ait pas de musique impressionniste, c’est sous le titre La Harpe impressionniste que l’Opéra de Rouen fait ce lundi soir son devoir de participation au Festival de Fabius. Les victimes sont encore une fois Debussy et Ravel et les moins connus Ibert et Roussel.

    Au guichet où je retire ma place m’est offert le numéro Un du luxueux « magazine éphémère » Normandie Impressionniste édité par les Presses Universitaires de Rouen et du Havre. Il est consacré au « Théâtre des Arts de Rouen au temps de Claude Monet ». Je le lis en attendant l’ouverture des portes. Il y est surtout question de Wagner mieux reçu à Rouen qu’à Paris (antienne), ce qui me fait penser aux deux anciens abonnés de l’Opéra de Rouen, grands admirateurs de ce compositeur, devenus récemment parents en Suède d’un garçon, le jour même du deux centième anniversaire de naissance du musicien.

    Je suis en fond de corbeille, devant les éclopés des loges qui comparent leurs fractures, un peu loin pour de la musique de chambre. Peut-être est-ce pour cela que je n’accroche pas trop à la première partie sans harpe : Elpénor d’Albert Roussel suivi du Quatuor de Claude Debussy.

    Un homme à micro l’a annoncé avant le concert, une artiste plasticienne ayant eu un grand succès lors de son exposition à l’Hôtel de Bourgtheroulde (le cinq étoiles de la ville) est présente à l’entracte pour « une performance ». Elle s’appelle Sophie Reulet, sort de chez le coiffeur, porte un dos nu, un djine moulant bien coupé, des chaussures à lanières et à hauts talons, très Jouvenet Bois-Guillaume, et manie le pochoir et la bombe de peinture comme on fait dans le Street Art. Son support est une galette d’affiches décollée dans la rue. C’est qu’elle a découvert le travail de Villeglé (n’y a pas compris grand-chose, apparemment). « Par nature très respectueuse des règles établies, Sophie Reulet ose par la peinture être audacieuse, ne plus se contenir, ne plus se contraindre, ne plus subir les règles.» explique le livret programme. Le résultat de tant d’audace est un banal portrait de musicien dit impressionniste, signé au pochoir « Official Bill Stealer ». Frédéric Roels, Directeur, qui l’a invitée, est tout sourire. A part une dame partie au début de la « performance » parce qu’allergique au gaz et moi-même qui ai l’impression d’avoir assisté à un interlude musical par Richard Clayderman, je ne vois là que gens contents l’applaudissant.

    Place à la harpe, aux doigts de Constance Luzzati, entourée des musicien(ne)s de l’Orchestre nécessaires pour jouer Habanera de Maurice Ravel, Entr’acte de Jacques Ibert, Sérénade d’Albert Roussel et Introduction et allegro pour quatuor, flûte, clarinette et harpe de Maurice Ravel, cette dernière composition étant partiellement bissée à la demande d’un public plus enthousiaste que moi, il y a toujours un moment où cet instrument, la harpe, me donne l’impression d’être dans un salon de thé.

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    C’est Pauline Guilmot, « journaliste travaillant surtout pour la presse étrangère », qui signe le texte de présentation de ce concert de circonstance en une langue rugueuse imperméable à l’humour : « On ne sait pourquoi, Roussel mentionne que sa partition Sérénade opus 30, créée le 15 octobre 1925 par le Quintette Instrumental de Paris, s’exécute « comme on lit un contrat de notaire »… Parfois, il faut avouer que les compositeurs s’égarent en parlant de leurs œuvres. »

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    Deux qui sont bien aussi, ce sont Joann Elart et Yannick Simon, du département de musicologie de l’Université de Rouen, quand ils écrivent en éditorial du premier numéro du magazine éphémère à propos de Monet admirateur de Wagner (il a assisté à la présentation de Lohengrin au Théâtre des Arts de Rouen le sept février mil huit cent quatre-vingt-onze) : « S’il n’était pas mort quelques jours auparavant, le peintre aurait pu assister aux quatre épisodes de La Tétralogie représentés au cours du trimestre de l’année 1927. »

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