• Concert Second Floor Orchestra et BB Brunes à l’Armada de Rouen

    Lundi soir, je reprends le chemin qui mène au bout du quai. Comme il y a moins de monde que le ouiquennede, je peux rester sur le quai bas jusqu’au bout, subissant tous les cent mètres un groupe de musique andine à vous dégoûter de la flûte de pan. Des immobilistes que certain(e)s voient pour la première fois de leur vie complètent l’animation (« Je crois que si tu mets une pièce, il va bouger »). Pour le reste, ce ne sont que gargotes à prix exorbitants et marchands de tout : tu viens voir des bateaux à voiles de militaires et tu repars avec la dernière Renault, un épluche-légumes et un abonnement à l’Humanité.

    De nombreux voiliers n’ont pas franchi le pont Flaubert, et non des moindres, notamment le toujours animé mexicain. De même les bateaux de guerre modernes, dont le plus volumineux a pour nom Le Monge, navire blanc chargé de surveiller les lancements de missiles et de fusées. Il gâchera la vue lors du départ des bateaux dimanche matin, à moins qu’il ne parte le premier.

    Arrivé au bout du bout, je rebrousse et bifurque vers la scène de concert sur laquelle un groupe de rock local inconnu s’exprime en avant programme devant un public restreint. C’est l’un des gagnants d’une sélection du Deux Cent Soixante-Seize, organisme né de la copulation de l’Eure et de la Seine-Maritime.

    Je me place au même endroit que la première fois où je retrouve le jeune couple, venu cette fois sans la maman. En première partie, c’est Second Floor Orchestra, groupe local assez réputé, à lunettes noires, faisant de la musique pop rock à l’anglaise. J’en connais le chanteur (distrait ces derniers temps, quand on se croise, il ne me voit pas). Ce soir, il a du mal à soulever le public, n’arrive pas à faire taper dans les mains au-delà des premiers rangs, répète qu’il est content d’être là, parle trop de son album à vendre, semble finalement presque s’excuser d’occuper la place avant les BB Brunes et omet de présenter ses musiciens (il ne le fait jamais, m'écrira-t-il plus tard, "nous sommes un groupe").

    Je regrette de n’avoir pas dit oui à celui qui est passé distribuer des bouchons d’oreille. Sous prétexte que c’est rock and roll, le son est dangereusement fort et mon oreille droite souffre. C’est encore pire quand arrivent ceux qu’attendent quarante mille personnes, ces BB Brunes qui semblent chanter en français et dont le lideur dès la première ritournelle se transforme en dictateur : « Allez tout le monde saute ». La masse moutonnière saute en l’air. Quant à moi, je saute en marche, me carapatant pendant la deuxième chanson, au milieu de laquelle le BB Brunes somme une nouvelle fois le public de s’exécuter : « Allez tout le monde saute ». Je sais désormais ce que sont les BB Brunes : de la daube pour branlotin(e)s.

    *

    L’après-midi, je lis au Son du Cor L’Obscène Madame D suivi de Le Chien, deux nouvelles signées Hilda Hist, écrivaine brésilienne (L’Arpenteur Gallimard), sans en retenir autre chose que ceci :

    Libitina avait une amie, Jacinta, qui ne pouvait jouir qu’avec les curés. Elle allait se confesser avec une de ces petites blouses, en soie, transparentes, sur les épaules, un châle par-dessus. Elle se collait le buste contre le grillage de bois du confessionnal. Lesdits péchés étaient rapportés de façon posée, en salivant, avec quelques petites larmes au coin de l’œil, et quels détails ! Libitina racontait que les malheureux curés perdaient tout contrôle. L’un d’eux passait les doigts par les trous du grillage et titillait frénétiquement les bouts de seins de Jacinta. Laquelle devenait de plus en plus molle et c’est tout juste si elle ne s’affaissait pas sur les marches du confessionnal. Après cela la sacristie.

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