• Concert Sibelius Grieg Lindberg Nielsen à l’Opéra de Rouen

    -Vous êtes vraiment toujours tout seul, me dit la dame aux cheveux blancs ce jeudi soir alors que j’attends l’ouverture de la salle à l’Opéra de Rouen.

    -Oui, vous aussi, non ?

    -C’est vrai, je me demande pourquoi.

    Elle repasse un peu plus tard alors que je suis en conversation avec l’homme au chapeau, qui ne l’a pas sur la tête ce soir, signe qu’on est quand même au printemps.

    -Vous voyez que je ne suis pas toujours tout seul.

    Elle s’éloigne, un peu perturbée.

    Aujourd’hui, je suis le Cas Vingt-Sept en corbeille pour les Symphonies scandinaves. Quatre compositeurs nordiques sont au programme : Sibelius, Grieg, Lindberg et Nielsen. On a repoussé les murs du plateau pour que Luciano Acocella et son Grand Orchestre puissent trouver place. C’est un concert à six contrebasses.

    J’observe le monde qui entre et qui trouve siège avec l’aide des placeuses et placeurs. Une dame accompagnant un homme à canne se plaint d’une barrière qui empêchait le stationnement sur la place réservée aux handicapé(e)s. Elle se vengera à la sortie. Peut-être que la musique adoucira ses mœurs.

    Cela commence par Finlandia de Jean Sibelius, une bonne entrée en matière suivie du Concerto pour piano en la mineur d’Edward Grieg. Le pianiste, c’est Maurizio Baglini, un fluet jeune homme plutôt rock’n’roll qui emporte l’adhésion et fait montre de beaucoup de souplesse lors des saluts. En bonus, il offre l’Intermezzo du Carnaval de Vienne de Robert Schumann.

    Après l’entracte, on reprend avec Chorale (sur le choral de Bach Es ist genug) de Magnus Lindberg (« né en cinquante-huit, dit une dame de derrière, ça va être du moderne »), du bon encore, et pour finir c’est la longue et mouvementée Symphonie numéro quatre « The Inextinguishable » de Carl Nielsen, grosse machine à deux jeux de timbales (notre timbalier habituel étant doublé par un quasi sosie, même coiffure, mêmes lunettes, même stature, même souci obsessionnel de ses peaux). Luciano Acocella sort de là groggy, il y a de quoi. Côté public, c’est l’enthousiasme et le plein d’applaudissements pour les musicien(ne)s et leur chef.

    Je repars très content et sous le parapluie. La solide drache qui accompagne mon retour est tout à fait raccord avec l’inextinguible musique nordique offerte ce soir par l’Opéra de Rouen.

    *

    Aimables placeurs et charmantes placeuses. Presque plus personne ne leur donne de pourboire.

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