• Concert Thomas Fersen au Cent Six

    Il est dix-neuf heures ce vendredi quand je prends à pied le chemin qui mène au Cent Six afin d’y voir et entendre Thomas Fersen, ce qui m’oblige à traverser une Foire Saint-Romain effervescente. Les machines à secouer les branlotin(e)s tournent à fond. Des familles mangent du cochon à l’Ours Noir. Certains perdent leur argent dans des machines à gagner des babioles. L’odeur est à la guimauve. Passant devant le train fantôme, je m’attends à y voir le Thomas et ses camarades de jeu, mais non.

    J’arrive au hangar à dix-neuf heures trente. La file est déjà longue de celles et ceux qui attendent, toutes et tous plus jeunes que moi. Derrière un couple d’enseignants à sandouiches, je patiente dans le froid. C’est l’un des désagréments de l’endroit. Un autre est le passage par les vigiles lorsqu’il s’agit d’entrer. Un troisième est la perspective d’être debout pendant plusieurs heures, « Ah c’est con, y a pas de chaises ici » comme le dit une demoiselle. S’ajoute ce soir un quatrième désagrément : il y a une première partie (Lady Arlette), qui heureusement ne dure pas longtemps.

    Enfin, c’est l’heure de retrouver le malicieux chanteur, d’oublier les désagréments en regrettant l’absence de celle avec qui j’étais ici lors de son dernier passage. Vêtu d’un pantalon rouge clinquant, d’une chemise blanche et d’un petit chapeau, il est accompagné par des musiciens venus des années soixante et quatre-vingt dont les notes guillerettes oscillent entre la gomina et la boule à facettes. Nous sommes au vide grenier de Plouzélambre. On y trouve des chansons de son dernier album ainsi que des classiques revisitées par les cuivres et même Les Papillons ressortis du formol.

    « Merci pour la bonne soirée » salue-t-il à la fin avant de revenir seul pour une ultime chansonnette au piano. Passer une bonne soirée, c’est effectivement de cela dont je suis sûr quand je vais à un concert de Thomas Fersen.

    Il est plus de vingt-trois heures. Je traverse la Saint-Romain dans l’autre sens. Les filles y poussent toujours des cris d’effroi, non qu’elles aient peur d’un squelette mais parce qu’elles sont la tête en bas.

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    Pendant l’interlude entre Lady Arlette et Thomas Fersen, un vigile arpentant l’espace devant la scène repère au deuxième rang un handicapé en fauteuil électrique. S’ensuit une discussion que je n’entends pas, mais je devine que l’homme en fauteuil est invité à trouver place dans le lieu clôturé au fond de la salle où sont ordinairement parqués les gens de sa sorte. Il refuse. « A vos risques et périls » semble lui dire le vigile avant de se retirer.

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    Se prénommer Michel et ne pas aimer aller dans l’eau ne signifie pas forcément que l’on ait peur de se faire mordre le ver par un brochet.

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