• Dans le sous-sol de l’Ubi où c’est laboratoire

    Le sous-sol de l’Ubi, lieu artistique rouennais mutualisé, rue Alsace-Lorraine, est l’endroit où s’épanouissent des apprentis artistes de toute nature et ce jeudi, en fin d’après-midi, quatre y donnent rendez-vous pour une exposition/performances sur le thème des métamorphoses.

    J’y suis à l’heure dite, buvant un café en attendant que la chose commence avec retard, quand s’assoit à ma table un quinquagénaire qui engage la conversation.

    Il est né en Tunisie, a passé sa jeunesse dans le Var où il s’est bien amusé « au temps des fleurs » et vit maintenant à Notre-Dame-de-Bondeville où il s’ennuie « au temps de pleurs ».

    -C’est à dix kilomètres de Rouen mais il faut quarante minutes pour venir en bus ou en voiture.

    Il est artiste amateur, joueur de guitare et de luth tunisien, et espère rencontrer ici de ses semblables. Il est fort marri quand je lui apprends qu’il n’y a là que des professionnel(le)s.

    Il me demande quel est mon travail. Je suis donc obligé de lui poser la même question. Electricien, me dit-il. Comme j’ai ouï dire que le bâtiment de l’Ubi a des problèmes dans ce domaine, je lui suggère d’aller faire connaître cette compétence auprès de Camille qui sert au bar, ce qu’il fait, mais quand il revient il m’avoue qu’il n’a pas travaillé dans ce domaine depuis vingt ans.

    Durant cette conversation est arrivée une vingtaine de jeunes gens, ami(e)s de celles et ceux qui doivent s’exprimer ce soir. Quand cela finit par commencer, tout le monde descend. L’une des artistes en formation annonce le programme. Il y en aura pour une heure et demie.

    Le premier à s’exprimer est un jeune homme qui fait dans l’electro devant un écran où se métamorphosent des calligraphies. Je fais le tour de l’exposition de dessins accrochés aux murs, qui ne me disent rien, puis écoute la musique un moment. Certain(e)s sont déjà remonté(e)s, une majorité, dont le guitariste amateur. D’autres peu nombreux restent et s’assoient sur le sol. Le garçon musicien semble lancé pour longtemps. Je remonte à mon tour et quitte les lieux constatant qu’une fois encore dans ce genre de manifestation la plupart des présent(e)s préfèrent boire, fumer et discuter sur le trottoir.

    *

    Au Son du Cor où je bois un café à midi, une lycéenne parlant à sa mère au téléphone : « Allo maman, je sèche les cours. (…) Bah, tu fais comme tu veux, soit tu les appelles, soit t’attends qu’ils t’appellent. (…) Bah, tu leur diras que j’ai mal au ventre. (…) Bon, je te laisse parce que j’ai envie de faire pipi. »

    *

    Même endroit, autre table :

    -Ça va bien ?

    -Bah oui, tu vois, une famille épanouie.

    Partager via Gmail Yahoo!