• De la Fête de la Musique à La Rose des Vents

    Effervescence au Son du Cor ce vendredi midi, Fourneyron, Ministre, déjeune à la crêperie d’en face, protégée par son garde du corps. Suspendant un instant ma lecture, je m’amuse à voir les consommateurs anarchisants du troquet fascinés par cette image du pouvoir. La semaine dernière, la même Ministre, protégé par le même garde du corps, déjeunait au P’tit Bec mais je fus le seul à la voir y entrer. Peut-être a-t-elle décidé d’évaluer chaque restaurant de la rue Eau-de-Robec dans le but d’élargir son domaine de compétence et un jour passer de Ministre des Sports à Ministre de la Gastronomie.

    Lorsqu’elle ressort, remontant la rue à pied, protégée par son garde du corps, on en revient au programme du jour : la préparation de la Fête de la Musique. Le nombre de fûts de bière rentrés ici est impressionnant. Le groupe musical retenu, la fanfare La Vashfol, est évidemment de ceux qui donnent soif. La Fête de la Musique est avant tout celle des cafetiers.

    Le soir venu, j’y goûte peu, n’ayant pas l’esprit à ça, quelques chansons irlandaises devant Le Central, rue du Bec, où sous un chapiteau nain a pris place un trio de musicien(ne)s puis Swingrass, autre trio, de bluegrass, au bout de ma ruelle, que j’entends aussi bien de chez moi les fenêtres ouvertes.

    Samedi, à dix heures vingt, arrive celle qui vient de Paris. La pluie nous empêchant de déjeuner au jardin, nous optons pour le restaurant. A midi, nous sommes à La Rose des Vents, rue Saint-Nicolas, où nous mangeons bien, plats composés, desserts élaborés, avec une bouteille de sancerre un peu chère, entourés de bobos entre deux âges, certains avec enfants sages, d’autres avec chiens en forme d’intestin.

    Avant qu’elle ne reparte à Paris, profitant d’une vague éclaircie, nous prenons le thé dans le jardin dont plus personne ne semble s’occuper. Plates-bandes envahies par les herbes, pelouse non tondue, il a vraiment mauvaise mine. Elle l’égaie d’un lancer de bulles puis me raconte que cette semaine elle a échappé au pire, travaillant dans un magasin de luxe sous un échafaudage qui s’est effondré pendant qu’elle était partie s’acheter à manger.

    Le soir venu, je renonce au concert gratuit d’Arno aux Bakayades du Grand-Quevilly, pas envie d’y aller seul, et le dimanche matin point de vide grenier, l’été commençant comme a été le printemps, froid et pluvieux.

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    Mardi dernier, au Son du Cor, une fille raconte à sa copine qu’elle s’est réveillée nue dans son lit, des petites étoiles dans le cerveau, s’étant fait baiser par elle ne sait qui. La seule chose dont elle est sure, c’est qu’elle était bourrée à la fin d’un concert de l’Armada. Elle ne se souvient même pas d’avoir parlé à quelqu’un là-bas. Elle ne sait pas si elle été droguée, n’a pas voulu porter plainte pour viol, prend un traitement de précaution contre le sida, n’a rien dit à son copain, ne semble pas plus choquée que ça, sa copine non plus.

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    Jeudi dernier, au même endroit, un garçon raconte à son copain que, rentrant bourré d’une fête à quatre heures du matin, il s’est fait agresser par deux mecs au bout de la rue. Ils l’ont fait tomber et lui ont piqué son portefeuille. Il ne se souvient pas de leurs têtes, mais lui a passé une partie de son dimanche à porter plainte, bien qu’il ne trouve pas ça grave, il n’avait qu’un euro cinquante sur lui, sa carte bancaire arrivait à expiration, sa carte d’identité de même et son portefeuille était vieux et usé.

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