• De Terrasses en Balcon du Jeudi

    En ce jeudi de chaleur, vers treize heures, de la terrasse du Son du Cor où je bois un habituel café me parviennent les cris de la dispute d’un jeune couple dans l’immeuble voisin. Que ce soit elle qui crie le plus fort ne prouve pas qu’elle ait tort. Sur le terrain de boules une scène installée rappelle aux passant(e)s que c’est aujourd’hui jour de concert « festif, populaire et gratuit ».

    A dix-huit heures trente, je suis place de la Cathédrale pour ouïr et voir, devant la Brasserie Paul, Eskelina Svanstein, chanteuse suédoise s’exprimant en français et avec sa guitare. Cette cheftaine me rappelle le pire des années soixante-dix, pas étonnant qu’elle soit programmée devant le café le plus bourgeois de Rouen. Elle chante celui qui danse comme un dieu mais dort sur des cartons et le lit d’Emilie dans lequel, audace suprême, elle est entrée. Cette chanson hygiénique me fait vite fuir et comme il est trop tôt pour Yidaki Jug Band devant le Son du Cor, je passe par le Café Perdu devant lequel s’exprime Nono Futur, une contre programmation baptisée le Balcon du Jeudi. Il en est aux balances, pour lesquelles je reste, puis vais voir ce Yidaki Jug Band, un garçon d’Evreux qui fait band à lui tout seul. Chanteur et joueur de lapsteel, guitare et didjeridoo, il ne me retient pas davantage qu’un morceau.

    Je retourne au Balcon et, en attendant que Nono ait fini sa bière, entends discuter son public de rockeurs. Il est question des études des enfants, qui sont ce qu’il y a de plus important, heureusement les leurs ont les félicitations tous les trimestres. Un cloune triste porteur du ticheurte des Dogs revient du bar avec deux bocks. Le répertoire de Nono Futur est toujours le même, bien que ce soir il se soit rebaptisé Nouméa von 88, une fine allusion à Tahiti 80 qui joue aux Terrasses place Saint-Marc à vingt et une heures dix. Il attaque toujours Sarkozy mais n’envoie plus personne se faire enculer. Il serait temps qu’il écrive une chanson bien méchante sur Hollande. Son surmoi doit l’en empêcher.

    Après Nono, au Balcon, c’est La Chute, duo à maigre chanteuse. Je laisse tomber avant la fin de la première chanson et rejoins la place Saint-Marc où il y a foule. Le groupe sur scène, où les lumières sont à fond bien qu’il fasse jour, doit être le parisien We Are Match, « electro-pop tricolore ». Ça ne m’intéresse pas. J’observe la foule en vêtements d’été. Il me semble que jamais filles et garçons (surtout eux) n’ont été plus mal habillés. Beaucoup de ces garçons sont des néo barbus. Nos seulement ils s’embrassent les uns les autres mais maintenant, en plus, ils se congratulent chaudement les yeux dans les yeux. Où ont-ils attrapé ça ? En regardant des séries ? Je cherche la caméra du film dans lequel ils jouent en permanence.

    Bientôt, en ayant marre, je rentre. Un message m’attend sur mon répondeur. C’est la propriétaire de l’appartement d’à côté, victime d’un dégât des eaux. Il se pourrait que ça vienne de chez moi.

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