• Déjeuner au café La Liberté entre deux visites de librairies parisiennes

    Ce mercredi, un train ponctuel m’emmène à Paris où après avoir fureté chez Boulinier, Gibert Joseph, Gibert Jeune et le Book-Off de la Bastille, je choisis de déjeuner à La Liberté, un bar d’aspect attrayant du Faubourg Saint-Antoine, près de l’hôpital du même saint, vitrines peintes Corto Maltese, affiches Têtes Raides et autres groupes locaux. Les deux serveurs pourraient passer pour des clients. Parmi ceux-ci quelques têtes de Johnny Cash mais on y lit L’Equipe et on y dit que si tout le monde achetait français il n’y aurait plus de problème. Je choisis les lasagnes aux fruits de mer et épinards (dix euros) et demande si la maison sert le vin en pichet.

    -Non, c’est au verre ou alors à la ficelle, on vous apporte la bouteille, vous buvez ce que vous voulez et vous ne payez que ce que vous avez bu.

    Je demande ce qui est le plus intéressant pour le client.

    -La ficelle. Le verre d’Edelzwicker est à deux cinquante, la bouteille à quinze, vous buvez ce que vous voulez et on fera le calcul, ce sera mieux pour vous.

    Arrive donc sur ma table une bouteille d’un litre d’Edelzwicker de la maison Henry Fuchs, producteur indépendant à Ribeauvillé, qui me rappelle de si bons moments là-bas. Au cours du repas, j’en bois trois verres, ce qui représente à peu près le tiers.

    Au moment de payer on me demande combien de verres j’ai bu.

    -Trois.

    -Bon alors, ça fera sept euros cinquante.

    Je proteste, rappelle qu’on m’avait dit que cela me coûterait moins cher que si je commandais au verre. Celui des deux qui m’a menti nie avec une belle assurance. Si j’avais bu toute la bouteille oui, ça m’aurait coûté moins cher, mais là non, c’est ce qu’il m’aurait dit, jure-t-il.

    -Okay, lui dis-je, je paie les trois verres et je vais prévenir vos futurs clients afin qu’ils ne se fassent pas avoir comme moi, Internet, ça peut servir à ça.

    Il change alors d’attitude et me dit que je ne dois que deux verres. Je sors assez mécontent de la liberté avec laquelle on use ici d’une grosse ficelle pour taxer le client de passage, me promettant de n’y pas revenir.

    En face se trouve la seule Mona Lisait encore en fonction, je vais m’y calmer. L’endroit a été racheté par son gérant, un homme sympathique qui s’occupe seul des deux niveaux. On n’y trouve malheureusement pas tout ce qu’on trouvait ailleurs, dans les quartiers intellectuels. A l’étage se tient une exposition de Miyako Ito, des dessins et une sculpture qui rappellent trop Bellmer mais sont agréables à regarder.

    Il me reste à passer au Book-Off de l’Opéra puis à me poser un bon moment Chez Léon en attendant le train du retour. Sur ma table : Histoire de Guillaume, cocher de Caylus (Zulma), Eugénie Guillou, religieuse et putain (textes, lettres et dossier de police) (Pauvert), Lettres à Nora de James Joyce (Rivages poche) et Visage d’un dieu inca de Gérard Manset (L’Arpenteur/Gallimard).

    Je lis ce dernier et en suis fort déçu. Ce qui se veut un témoignage en forme d’hommage sur sa rencontre avec Alain Bashung n’est qu’un encensement de lui-même. Il a si peu à dire sur Bashung qu’il remplit des pages avec d’autres, des gens aussi intéressants que Pierre Lescure, Antoine Gallimard, le critique Bayon, Philippe Djian, Julien Clerc. Pire, c’est très mal écrit, exemple : J’entends le portable, l’extirpe comme un scarabée noir et ovoïde. Cette voix rapide, toujours pressée, concise : ma fille. Et que dit-elle, tandis que le véhicule de la photogravure vient me prendre tandis que je quitte un déjeuner étrangement morne face à des lieux où je suis souvent passé, rêvant à la Charente… Tandis que, tandis que. Un conseil Gérard, contente-toi de faire des chansons.

    *

    Chez Book-Off Bastille, une trentenaire :

    -Bonjour, est-ce que vous avez le résumé du Rouge et le noir.

    -Le résumé non mais on a Le Rouge et le noir.

    -Je voulais juste le résumé.

    *

    Jeudi matin, retour de l’Intermarché de la place Saint-Marc, j’ai l’œil attiré par la boulangerie de la rue Martainville qu’aiment fréquenter beauzarteux et beauzarteuses. Elle est fermée. Devant stationne une voiture de la Police. Les commerçant(e)s d’à côté ont un air consterné. Le mystère reste entier.

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