• Du Clos Saint-Marc rouennais au vide grenier vernonnais puis retour au Clos

                Samedi matin, il y a abondance de livres au Clos Saint-Marc. L’un des vendeurs habituellement brocanteur a cette fois sa camionnette emplie de toutes sortes d’ouvrages en plus ou moins sale état. Bizarrement, il n’a prévu aucune table pour les installer. Plié en deux, il les pose au sol sur la tranche mais en a vite marre. Il se met donc à balancer le reste. Les livres atterrissent comme ils peuvent, s’abîmant un peu plus. Le marchand de dévédés voisin se moque :

                -Alors Marco, tu es devenu intellectuel ?

                La manne attire les particuliers dans mon genre et les habituels vendeurs de livres dont Joseph Trotta qui profite de son statut pour se servir directement dans la camionnette. Plusieurs hommes fouillent dans le tas, dont les pantalons noirs se blanchissent du plâtre ou du salpêtre qui macule certains des ouvrages Je me contente de chercher avec les yeux, délaissant les titres de chez Bouquins, sales et abîmés, mais captant le Guide Bleu de la Côte Est des Etats-Unis.

                L’un des potentiels acheteurs montre sa pile au bouquiniste de circonstance et s’entend proposer un prix qui le déçoit. Il repose ces livres anciens qui auraient pu devenir les siens. Un autre en profite pour en récupérer deux ou trois. Le premier se ravise et en reprend deux dont il demande le prix. C’est toujours trop. Le vendeur énervé en ouvre un et lui dit :

                -Mil huit cent trois, ça date pas d’hier quand même !

                Pour les livres récents, malgré l’état déplorable, le prix demandé est entre deux et vingt euros, aussi est-ce avec une certaine appréhension que je demande combien pour mon Guide Bleu. Un euro, je m’en tire au mieux.

                Le lendemain dimanche, je prends la route de Vernon pendant que le jour se lève. Le vide grenier n’est plus aussi vaste que par le passé. Les vendeurs professionnels y sont moins nombreux mais les particuliers sont bien là. Hélas pour moi, il n’y a pas abondance de livres. Je trouve néanmoins le Dossier Camille Claudel de Jacques Cassar, coédité par Maisonneuve & Larose et Archimbaud, ouvrage qui contient l’intégralité des archives (lettres, documents, articles de presse) concernant la triste vie de la sculpteuse. Son prix neuf est de vingt-cinq euros, je l’emporte pour un petit euro.

                De retour à Rouen, je passe par le Clos. Les mêmes livres que la veille sont à nouveau en vente, cette fois installés sur des tables basses. Je peux vérifier qu’il n’y a rien pour moi.

    *

                Que fait un producteur d’Arte désireux de faire un reportage sur Rouen ? Il ne se fatigue pas, il téléphone à l’Office de Tourisme. Lequel, dans l’optique mercantile et passéiste qui est la sienne, lui suggère de filmer l’un des céramistes de la rue Saint-Nicolas (ils sont deux, qui dans Paris Normandie se disputent le titre de dernier faïencier de la ville). Le tournage aura lieu en septembre. Je ne serai pas là pour voir ça, mais je parie que dans le film il y aura un plan de ma ruelle faussement médiévale.

    *

                Impossible d’échapper aux Jeux Olympiques de Londres, même France Culture est infectée. Où que j’aille, j’entends le quidam spéculer sur « nos chances de médailles ». Que maudit soit ce baron de Courbertin, celui qui déclarait en mil neuf cent douze, lors des Jiho de Stockholm : « Une olympiade femelle serait impratique, inintéressante, inesthétique et incorrecte. Le véritable héros olympique est, à mes yeux, l'adulte mâle individuel. Les Jeux Olympiques doivent être réservés aux hommes, le rôle des femmes devrait être avant tout de couronner les vainqueurs. »

    Partager via Gmail Yahoo!