• En Basse-Normandie (Barfleur)

    Ces chambres d’hôtes du Rouge Cul à Crasville étant desservies par une cuisine collective où dine encore la jeune famille à mon retour du Saint-Michel, ce n’est pas avant une heure avancée de la nuit que je peux dormir. Je n’en suis pas moins debout à sept heures ce dimanche et une demi-heure plus tard en train de déjeuner tandis que l’hôtesse me raconte sa vie, comment elle se levait à cinq heures pour aller à l’usine. Son mari ramasse le lait dans le coin avec son camion. Tous deux ont commencé à travailler à quatorze quinze ans. Ils ont construit eux-mêmes le bâtiment des chambres, trois ans de travaux. Ça rapporte bon an mal an entre mille deux cents et neuf cents euros par mois en moyenne. Cette année, ce sera plutôt moins, bien qu’il ait fait beau cet été, la terre était sèche, elle n’a pas eu de mal à défouir ses pommes de terre.

    Je redescends à Saint-Vaast et vais jusqu’au fort de la Hougue dont je fais le tour, marchant quand il le faut en équilibre sur la digue, puis en passant par Réville, me souvenant de la bonne nuit passée chez la dame aux chevaux avec celle qui ce jour est à Rouen (cette dame nous avait appris que c’est par ici que sont formés les agents secrets français, où exactement ? c’est un secret), j’arrive à Barfleur.

    Ce port est l’un de mes préférés. J’en fais moult photos puis m’attable au Café des Goélands où l’on sert le café avec un mini Carambar. La clientèle est locale, elle parle d’un été indien pour qualifier la belle journée qui commence, la première de l’automne, vingt-cinq degrés prévus.

    Une maison nommée Les Transats propose des chambres avec vue. L’aimable dame est d’accord pour m’accueillir sous les toits dans ce qui est un vrai appartement mansardé. Le prix pour un célibataire est de cinquante-cinq euros. J’y domine les bateaux de pêche au repos pour la journée.

    Pour déjeuner, je choisis Le Comptoir de la Presqu’île car « chez nous pas de surgelés » ce qui jette la suspicion sur les deux autres restaurants du port : tartare de saumon, lotte cuisinée au lard, deux verres de muscadet, vingt-six euros.

    Je fais ensuite le tour du port et m’installe sur la digue d’en face où je poursuis la lecture d’Une femme à Berlin près d’un frère et d’une sœur qui pêchent les crevettes. Le temps s’est couvert, mais il fait encore chaud. La jeune femme de mon livre, en ayant assez d’être violée par chaque Soviétique qui passe, choisit un officier comme violeur officiel afin qu’il la protège de tous les autres. C’est un Ukrainien qui dans le civil fait la collecte du lait.

    Quand je cesse de lire, j’observe sur les rochers en contrebas un homme zigouillant au couteau un énorme poisson qu’il vient d’attraper. Les goélands se battent pour la tête et les tripes.

    En fin d’après-midi, un vent frais se lève, plus d’eau dans le port, les bateaux sont sur le flanc.

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    « Belles, blondes, sauvages », ce sont les moules de Barfleur.

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    A l’angle de la rue Saint-Nicolas, près de l’église à tour carrée, une plaque : « Le peintre Paul Signac habita cette maison de 1932 à 1935. Il aimait la compagnie des pêcheurs en travaillant face à la mer et au phare de la pointe de Barfleur. »

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