• En Basse-Normandie (Bréhal, Granville)

    Un silence absolu toute la nuit, je dors bien dans la petite chambre d’hôtes de Blainville-sur-Mer dont la ouifi est malheureusement inopérante. Au matin, le coq ayant à peine chanté, je me rends au petit déjeuner à la première heure, espérant échapper aux occupants des autres chambres situées dans le bâtiment principal. Hélas, tout ce monde arrive en même temps que moi, trois couples de retraités dont l’un avec sa fille restée au foyer. Tous en sont au dernier jour de leurs vacances et sont pressés de rentrer. Je subis stoïquement les conversations indigentes et les excès de cérémonie de l’hôtesse.

    Il a un peu plu cette nuit mais le soleil est de retour et la chaleur aussi qui m’incitent à poursuivre jusqu’à Granville. En chemin, je m’arrête à Bréhal, gros bourg où j’espère trouver la ouifi. Je m’en enquiers à l’Office de Tourisme où une dame charmante m’annonce que je n’ai pas à chercher plus loin.

    Elle m’ouvre la grande halle qui jouxte l’Office, très beau bâtiment où une table devient mon bureau.

    Ayant fait ce que j’avais à faire, je file à Granville, me gare dans le port et prends la dernière chambre libre à l’Hôtel de la Mer, quarante et un euros, vue sur quelques maisons de la ville haute. Je fais ensuite le tour de ce port où je retrouve le Marité, le trois-mâts dont la Mairie de Rouen n’a plus voulu.

    A midi, je déjeune en terrasse ombragée (vue sur le parquigne du port) au Sea & Savours (Mer & Saveurs) qui ne sert que du poisson sauvage, optant pour le menu à dix-huit euros (salade de chèvre chaud et saumon fumé, moules de Jersey marinières, profiteroles) Le vin est hors de prix Je me rabats sur la bouteille de cidre fermier à dix euros du Gaec de l’Ouëffrie à Barenton (Manche). Tout cela est fort bon et je n’ai à subir qu’un deux ans prénommé Gaspard relativement calme dont le papa (comme il s’appelle lui-même) s’occupe d’une façon excessive au dam de la maman (comme elle s’appelle elle-même) : « Laisse-le donc manger tout seul ».

    -Gaspard, tu veux goûter papa ?

    Il ne s’agit pas d’une immonde proposition pédophile mais d’une formulation approximative. Oui, Gaspard veut bien goûter ce que mange son géniteur et dans vingt-cinq ans il aura du bide comme lui.

    Je prends le café à quelques encablures Au Tout Va Bien puis vais m’asseoir sur un banc de la promenade qui domine la plage où l’on se baigne en ce jour de chaleur orageuse. J’y termine Une femme à Berlin tandis que l’eau se retire, laissant apparaitre la piscine d’eau de mer aux huit plongeoirs.

    Il est temps de grimper les escaliers que mène à la ville haute. J’en parcours le chemin de ronde jusqu’à la pointe du Roc et retour, encore une promenade qui me rappelle bien des souvenirs. Là-haut je trouve un banc qui domine le port. Au loin sont visibles Saint-Pair, Jullouville et Carolles, autres lieux de mon histoire personnelle, que je choisis de ne pas revoir. Demain, je rentre.

    *

    De la place du Casino, je lève les yeux vers cet Hôtel Michelet où je n’aurais pas été capable de reprendre une chambre, pour constater qu’il n’existe plus.

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