• En lisant Contrebande (carnets deux mille trois deux mille cinq) d’André Blanchard

    C’est dans le désordre que je lis les carnets d’André Blanchard, terminant ce dimanche Contrebande (Le Dilettante) qui regroupe les notes allant de deux mille trois à deux mille cinq, une période qui voit l’auteur, toujours employé d’une galerie d’art contemporain à Vesoul, perdre sa mère (comme on dit).

    Au début, je retrouve le plaisir et l’intérêt de mes précédentes lectures puis je déchante un peu. Blanchard, à cet âge qui est aussi le mien dans le temps où il raconte (je suis né deux semaines après lui), est par trop dans le spleen et sa déprime le conduit à des propos ronchons et convenus, ainsi :

    Le pas au courant que je suis, surtout pour les choses bien dégueu, voit garée devant la galerie une voiture avec cette inscription sous la marque : Picasso. Ainsi les héritiers de cet oncle d’Amérique –lui la découvrit dans les arts– n’en avaient encore pas assez. Ils auront vendu son nom, et pour le foutre sur une bagnole !

    et encore :

    C’est un spectacle désolant, et blessant, celui sur lequel on tombe en cheminant par les trottoirs de la ville : des canettes en débris. Ces videurs de bière que sont les S.D.F., qu’est-ce qui leur passe par la tête, ayant éclusé, de casser : est-ce ce dépit d’avoir fini ? ou de ne pas savoir au juste à qui s’en prendre ? ou de s’être un peu plus enfoncé ?

    Il en est de même quand il évoque l’école, l’ordinateur, la banlieue. Heureusement reste le style, bien que non indemne de tics. Son habitude de parler de lui au pluriel finit par m’irriter :

    Feuilleter nous fait rabâcher.

    C’est nous prendre pour né de la dernière pluie.

    Notre lot ? En décrocher un de consolation.

    Oui, dans ces années deux mille trois deux mille cinq, Blanchard ne cesse de se plaindre, Dommage que le ciel n’existe pas, j’eusse été prioritaire., notamment de ne pas être reconnu, écrivant que si Cioran a pu avoir une telle renommée, c’est qu’il bénéficiait, lui, de la grosse machine Gallimard ; tout en reconnaissant que Pleurer sur soi, c’est se brader.

    *

    Evoquant la sortie de Messe basse en mil neuf cent quatre-vingt-quinze et d’Impasse de la Défense en quatre-vingt-dix-huit, Blanchard écrit en deux mille trois : Je fus sollicité par la télévision nationale, par Libération pour être le portrait de la dernière page, par Le Matricule des anges pour être le sujet de leur dossier, et je ne compte pas le reste, où on voulait débarquer ici, par exemple pour me tirer le portrait, comme me le demandait Monier. A tout cela j’ai répondu Niet ! et sans état d’âme, même si je me rendais compte que, là, je laissais filer le train sans moi.

    J’ai dans ma bibliothèque le numéro quatre-vingt du Matricule des anges daté de février deux mille sept, André Blanchard y figure en photo de couverture et le dossier est à lui consacré.

    L’un des avantages du train, c’est qu’il repasse.

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