• En lisant Entre nous de Daria Galateria

    Publié, en mars deux mille deux, en Sicile et en français par Sellerio editore Palermo, Entre nous de Daria Galateria évoque sous forme d’anecdotes les rencontres d’écrivains italiens du vingtième siècle avec leurs homologues français. On y trouve pas mal de coquilles, dans le genre « une villa de style moresque », soyons indulgent.

    Mon exemplaire provient de chez Book-Off où il m’attendait en échange d’un euro, petit livre bleu nuit illustré d’une reproduction d’un portrait de Jean Cocteau par Moïse Kisling.

    Je suis ravi d’y croiser Paul Léautaud ainsi décrit :

    Piovene le trouva maigre, aigre, d’apparence et d’esprit XVIIIème ; un ruban de soie noire pendouille en lieu et place de la cravate, l’écrivain « inconnu » tenait à la fois de l’employé décati et vieux garçon et du noble légitimiste.

    ainsi que son ami l’abbé Mugnier :

    Comme son bien-aimé Chateaubriand, Mugnier se laissait inspirer par l’exhortation de saint Jérôme : « Esto cigada noctium », sois la cigale des nuits. Et sa soutane râpée, et son drôle de chapeau de prêtre enroulé comme un tricorne XVIIIème au-dessus du bleu enfantin de ses yeux, avec leur expression bonne et tourmentée, fut la présence la plus constante du beau monde parisien…

    Max Jacob y est savoureusement décrit :

    Nino Frank était arrivé en France en 1923 avec une malle pleine de livres ; un train parfumé de truffe blanche et un omnibus à la confiture de coing l’avaient directement déposé à Saint-Benoît-sur-Loire où Max Jacob, le plus enthousiasmant des poètes avec lesquels il fût en correspondance, lui avait réservé une cellule…

    Max prend le jeune homme sur ses genoux, le jeune homme s’écarte d’un bond comme un grillon effrayé. Max se résigne ; mais il gronde le jeune homme quand, à la messe, il prend dans le plat qu’on lui présente une poignée de morceaux de pain et se les fourre dans la bouche, en disant merci.

    Claudel assassiné en quelques lignes :

    Montanelli demande à Claudel ce qu’il pense des jeunes écrivains. « Ils m’ignorent », telle est sa réponse, qui croise le « Ils l’idolâtrent » de sa femme. Surpris, les deux époux se regardent.

    Autres pépites cachées dans le petit livre sicilien :

    Ça ne sert pas à grand-chose de connaître personnellement un auteur, commenta Prezzolini quand il lut ce que Romain Rolland avait écrit sur lui.

    C’est incroyable comme Bergson pouvait être à la mode, jusqu’en 1914, raconte Ungaretti. A ses cours au Collège de France, valets et femmes de chambre arrivaient avec des heures d’avance pour garder des places pour leurs maîtres.

    Enfin, j’y apprends la technique de Blaise Cendrars pour ne pas s’encombrer de livres, de laquelle je pourrais m’inspirer si j’étais capable d’une telle radicalité :

    Cendrars, qui voyageait beaucoup et voulait rester léger, avait l’habitude d’arracher des livres les pages qui lui plaisaient et de jeter le reste ; T’Serstevens lui demanda d’en hériter ; affaire conclue.

    *

    De cette lecture, je tire également deux mots que j’ignorais : vélocifère : « appareil de locomotion, à l'origine de la bicyclette, formé d'un siège sur deux ou trois roues, mû par appui des pieds sur le sol » (Littré) et rabdomancien qui s’avère être un synonyme de radiesthésiste.

    Il est aussi question de « crimes torbides » mais c’est un italianisme pour crimes troubles ou louches.

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