• En lisant Je déballe ma bibliothèque de Walter Benjamin, tout en reconstituant la mienne

    Hasard du moment, je lis ou plutôt relis (cette fois en prenant quelques notes) Je déballe ma bibliothèque de Walter Benjamin, ouvrage publié chez Rivages dans la Petite Bibliothèque, regroupant divers textes consacrés aux livres, le premier donnant son titre à l’ouvrage, lequel est sous-titré « Une pratique de la collection », tandis que j’occupe l’essentiel de ma journée à reconstituer la mienne, après en avoir ôté les livres que je veux revendre.

    Si Walter Benjamin déballe la sienne, c’est qu’elle est dans des caisses suite à un déménagement. Je déballe ma bibliothèque. Voilà. Elle n’est donc pas encore dressée sur les étagères, le léger ennui du classement ne l’a pas encore enveloppée. D’autres déménagements suivront, volontaires d’abord, forcés ensuite. Benjamin, pourchassé par les nazis, devra abandonner ses livres. Il  se suicidera à la frontière entre la France et l’Espagne, le vingt-six septembre mil neuf cent quarante.

    Dans Je déballe ma bibliothèque, Walter Benjamin se remémore les façons dont il s’est procuré les livres qu’il sort des caisses :

    … compte parmi les plus beaux souvenirs du collectionneur l’instant où il a bondi au secours d’un livre auquel il n’avait peut-être jamais consacré une pensée dans sa vie, à plus forte raison un souhait, parce que le livre en question restait ainsi délaissé, abandonné sur le marché libre et que lui l’achetait, comme dans les contes des mille et une nuits le prince peut acheter une belle esclave, afin de lui rendre la liberté. Pour le collectionneur de livres, en effet, la vraie liberté de tous les livres se trouve quelque part sur ses propres rayons.

    Propos qu’il poursuit dans le deuxième texte intitulé Pour collectionneurs pauvres :

    … la production croissante de livres, en accélération constante jusque très récemment, a eu pour conséquence que s’est glissée, entre les livres anciens mis dans le commerce par la librairie spécialisée et les livres nouveaux de la librairie d’assortiment, une troisième catégorie intermédiaire bien discrète, dont presque personne ne s’occupe et qui attend sans la moindre défense le collectionneur prêt à leur donner asile : ce sont les livres vieillis.

    Tout cela, on le trouve dans les voitures à livres, dans les rayons de soldes des grands magasins, où s’empilent les volumes à 45 ou 95 pfennigs, dans les papeteries des villes de province et qui sait, veut-on bien jeter un œil, peut-être même dans sa propre bibliothèque.

    Les textes qui suivent recensent les marottes de l’amateur de livres que fut Walter Benjamin : Livres de malades mentaux pris dans ma collection, Romans de servantes du siècle précédent, Ce sur quoi nos grands-parents se cassaient la tête (essai sur les livres à rébus), Vue perspective sur le livre pour enfants, Abécédaires d’il y a cent ans, Jouets russes. Le volume s’achève par la Liste des écrits lus, recension faite par l’auteur, comprenant mil sept cent douze entrées (les numéros un à quatre cent soixante et un n’ayant pas été conservés).

    Une partie de la bibliothèque de Walter Benjamin sera retrouvée en Union Soviétique après la Guerre. Seule sa collection de livres pour enfants restera intacte puisque captée par son ex-femme au moment du divorce et emmenée par elle en Italie.

    Que deviendra ma bibliothèque le jour où je n’y serai plus ? C’est une question que je pose régulièrement et davantage depuis que celle qui me tient la main envisage de s’installer durablement à New York.

    *

    Parmi toutes les façons de se procurer des livres, la plus glorieuse, considère-t-on, est de les écrire soi-même. Walter Benjamin (Je déballe ma bibliothèque)

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