• En lisant Le cheval est une femme comme une autre, anthologie de Jean-Louis Gouraud

    Entre deux nuages, je lis Le cheval est une femme comme une autre, ouvrage publié sous le nom de Pauvert (mais pas par lui) en deux mille un, une anthologie due à Jean-Louis Gouraud,  regroupant deux cents textes de cent cinquante auteur(e)s ayant écrit sur le cheval, cet être d’une extrême féminité, (…/…) également symbole de virilité, de vigueur, de fougue amoureuse. L’introduction de l’anthologiste est précédée d’un avant-propos photographique de Michèle Le Braz, alternant courbes féminines et courbes chevalines, et d’une préface de François Nourrissier qui fait appel à sa mémoire :

    Je me rappelle une dame de haute élégance qui expliquait ainsi son goût des cavalcades en Camargue, sur de rustiques petits chevaux de là-bas, sellés selon l’usage du pays : »Mon cher, trois orgasmes en une promenade… »

    Je note de-ci de-là, de façon un peu cavalière.

    D’un certain Robin de la Meuse dans ses Mémoires d’un galopin (Les Ecuries, Paris-Moscou) :

    Le cheval n’est pas

        un homme

    La femme n’est pas

        un homme

    Donc le cheval

       est une femme

    Du poète Piron :

    Les dévotes beautés qui vont baissant les yeux

    Sont celles plus souvent qui chevauchent  le mieux

    Et de Jean-Pierre Digard dans son roman Ekwo (Phébus) :

    Souvent, la nuit, Melda quittait sa couche en catimini et allait rejoindre Ekwo, le cœur battant d’impatience et de crainte que ses hennissements ne réveillassent quelqu’un. Là, elle pressait sa joue et ses seins contre le flanc de l’animal, tandis que ses mains caressaient le relief élastique des muscles du poitrail, de l’épaule et de la cuisse, s’attardaient sous la chaleur de la crinière, effleuraient la peau soyeuse des naseaux et de l’intérieur de la cuisse. Ses doigts et la pointe de ses seins percevaient alors des frémissements de la peau qui démentaient l’impassibilité de l’étalon.

    Je croise aussi dans cette anthologie la renommée Bodil Joensen dont on trouve sur Internet (comme on dit) les extraits de films où on la voit copuler avec toutes sortes d’animaux (Enfant, j’aimais beaucoup les animaux. Mon premier amant fut un chien.) et le mystérieux Henri de Canterneuil dont Jean-Louis Gournaut dit « Probablement un pseudonyme. Son livre, Des femmes et des bêtes (tome 2), ne porte aucune adresse… ».

    Je possède ce dernier livre, assez mal écrit et décevant, et j’en sais bien plus que Gouraud sur Henri de Canterneuil. Derrière ce nom aristocratique se cachait celui de Gérard Beziat, connu sous le nom de Jehan Jonas, auteur compositeur interprète, qui eut une petite gloire dans les années soixante/soixante-dix avec ses chansons à texte puis une deuxième vie comme auteur de romans pornographiques autoédités, avant de mourir d’une tumeur au cerveau à l’âge de trente-cinq ans.

    *

    Egalement dans cette anthologie, sous la plume de Louis-Charbonneau-Lassay, auteur de l’ouvrage intitulé Le bestiaire du Christ (Desclée de Brouwer), une invitation à faire un tour dans une église de la région havraise :

    L’emblématique du Christianisme, aussi, quand elle prit le cheval en mauvaise part en fit une image de Satan, le seigneur de tout mal… (…/…)

    Cela explique les créations étranges de l’art roman qui montrent l’homme-cheval et la femme-jument dans la série figurée des démons de vices capitaux. Une sculpture de l’église de Montivilliers, au diocèse de Rouen, nous offre un des plus beaux exemples de ces monstres lubriques.

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